Où va l’école au Québec ? Heurs et malheurs d’une réforme centrée sur les compétences
Trois fois grand comme la France (1600000 kilomètres carrés) et pratiquement dix fois moins peuplé (7000000 habitants), le Québec est une province francophone du Canada. Il a en charge l’éducation scolaire et s’appuie sur une organisation très décentralisée avec un ministère dont la taille n’a rien à voir avec celle de notre rue de Grenelle. Nous expliquerons rapidement les parcours et institutions scolaires (Danielle Ferré) mais nous nous sommes surtout intéressés dans ce dossier à la réforme qui repose sur l’approche par compétences. Pourquoi ce choix ? De fait, malgré son image de laboratoire pédagogique, le système scolaire québécois est resté marqué par la
prégnance de l’enfant dans le primaire et celle des disciplines dans le secondaire jusqu’à la fin du XXe siècle. Sous l’influence du monde de l’entreprise et de la formation, le constat a été fait que les connaissances ne se suffisent plus en elles-mêmes. Les employeurs publics et privés attendent un savoir-faire en situation, ce qui se traduit par les références à l’entrepreneuriat
(Rino Levesque). Le ministère a donc décidé, au milieu des années quatre-vingt-dix, l’étude et le lancement d’une réforme centrée sur l’approche par compétences, en les subdivisant en disciplinaires et transversales. Quelques spécialistes européens de l’éducation, comme Philippe Perrenoud ou Philippe Meirieu [1], ont été consultés. Malgré de vifs débats, le choix de
tout miser sur les compétences a conduit à une mise en oeuvre progressive à l’école primaire puis différée dans le secondaire.
Aujourd’hui, certaines évaluations montrent, chez les élèves en début de secondaire, un recul de la maîtrise du français qui, dans une société fortement interculturelle, est la pierre angulaire de la construction d’un système fondé sur la langue. Cependant, elles montrent aussi que les élèves travaillent mieux en équipe et par projet, qu’ils font plus facilement des recherches et sont moins anxieux. Dans ce dossier sur l’école au Québec, la place nous manque pour donner la parole à tous et nous nous situons résolument dans le camp du changement, même si nos références bibliographiques et sitographiques permettent au lecteur de se faire une opinion nuancée sur les réussites et les dérives d’une réforme faite à marche forcée
(Isabelle Claude et Diane Miron). Nous soulignerons enfin le lien fort que les tenants de la réforme établissent entre les compétences et l’approche orientante (Marcelle Gingras et Jean- Marie Quiesse), une façon de rappeler que les élèves vont à l’école pour la quitter et entrer dans le monde de l’emploi et du travail.
Sommaire
- Une école à parcours multiples, par Danielle Ferré
Description d’un système où la fameuse formule de « l’élève au centre » ne semble pas un vain mot...
- Aimer l’école... à Coeur-Vaillant, par Rino Levesque, Robert Boudreau et Lara Langlais
Est-ce un mirage ou une réalité quand les enfants d’une école publique à caractère fortement multiculturel et avec un indice de pauvreté important se disent heureux de venir y apprendre ? Une illusion, d’entendre de nombreux garçons affirmer ne plus vouloir rater de jours d’école... même lorsqu’il fait une tempête de neige ? Pourquoi, régulièrement, des enfants en difficulté d’apprentissage deviennent en quelques mois des jeunes dynamiques et déterminés à apprendre et à réussir ? Quel est donc le secret de l’école primaire publique Coeur- Vaillant de la ville de Québec ?
- Regard sur la réforme, par Isabelle Claude
Et si l’on demandait aux enseignants ce qu’ils en pensent ? L’opinion est plutôt partagée entre la volonté de faire progresser l’école et le doute devant la complexité inhérente à toute réforme, à tout « renouveau ».
- Faire avec et ne pas aller contre, par Manon Desjardins et Chantal Raymond
Notre réforme scolaire est très controversée. Elle s’appuie sur les principes du socio-constructivisme, selon lesquels l’élève est maître de ses apprentissages, l’enseignant agissant comme un guide. Quelques-uns y croient, certains sont sceptiques et d’autres n’y adhèrent en rien.
- Des parents favorables au changement, par Diane Miron
Au Québec, le rôle des parents est plus évident qu’en France. Leur présence dans les commissions scolaires et leur influence en font des partenaires respectés et soucieux de l’intérêt général.
- L’élève, premier agent de son développement, par Jean-Marie Quiesse
Un des objectifs de la réforme québécoise est apprendre aux jeunes à être les agents de leur orientation dans une société en recherche de cohérence. Comment y parvenir dans une école traditionnellement marquée par le découpage des disciplines scolaires ?
- Une école où chaque parcours est singulier, par Hélène Belzil
L’école Rosalie-Jetté de la Commission scolaire de Montréal est un cas particulier parmi les écoles secondaires publiques : c’est l’unique école au Québec destinée exclusivement aux filles enceintes et aux mères adolescentes de 12 à 18 ans.
- La culture, une dimension indispensable, par Héloïse Côté et Véronique Chappuis
En quoi l’intégration de la dimension culturelle à l’école peut-elle être un vecteur de changement pour une meilleure réussite des élèves ? Au Québec, comme en France, des pistes ont été ouvertes.
