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L’autorité enseignante - Approche clinique

Bruno Robbes. Champ Social Editions, 2016.

9 mai 2017

Bruno Robbes poursuit ses travaux sur l’autorité éducative, pour notre plus grand intérêt. Après ses deux précédents ouvrages sur le sujet, il est l’auteur d’une nouvelle ressource dans laquelle il explore l’autorité à partir du point de vue de seize enseignants, de la maternelle au lycée, exerçant en éducation prioritaire.

Pour collecter leurs avis, il a procédé à une série d’entretiens cliniques à partir desquels il a pu faire ressortir une synthèse des discours. Nous accédons ainsi à une actualité de ce que pensent et expriment des enseignants d’expériences diverses en matière d’autorité, autour de thèmes comme la nostalgie, l’autoritarisme, les peurs, la transmission des savoirs, les influences, la relation aux parents et aux collègues, etc. Pour celles et ceux qui rêvent d’entrer dans une salle de profs pour écouter ce qui se dit en matière d’autorité, le panel apporté par l’approche clinique de B. Robbes est savoureux.

L’autorité est directement mise en lien avec un principe d’augmentation, de celui qui l’exerce et de celui sur qui elle s’exerce. On entend par augmentation un processus d’autorisation de soi qui s’apparente fortement à de l’émancipation et de la réalisation de soi. Ainsi, une autorité ne serait pas un pouvoir parce que là où elle oblige, un pouvoir contraint. Dans une relation d’autorité, un élève a son mot à dire : le respect des règles et le rapport au savoir correspondent à l’acceptation qu’ils peuvent contribuer à son évolution personnelle. Un élève reconnait en l’enseignant la compétence de l’aider à grandir, dans le respect de son être. Ce serait pour cela qu’une autorité ne peut ni se déléguer (au risque de la perdre) ni être imposée par l’extérieur (sous peine de n’être que de façade).

Une autorité ne pourrait donc être qu’éducative, c’est-à-dire véhiculant trois caractéristiques : un équilibre entre une asymétrie générationnelle et de la symétrie dans le rapport aux règles, une relation d’influence de l’enseignant sur l’élève et une reconnaissance de la légitimité de l’enseignant par l’élève.

L’autoritarisme, basé sur de la domination-soumission, serait un abus d’autorité. L’autorité évacuée, entendue comme le refus de toute situation conflictuelle, s’assimilerait plutôt à une carence d’autorité. Les témoignages de l’ouvrage explorent fortement une doxa en éducation : l’autorité charismatique. Il en ressort qu’elle correspond bien à un idéal professionnel mais que chacun n’y reconnait aucune réalité : elle n’aurait pas été observée sur le temps et ne s’appuierait sur aucun repère tangible. Au final, chercher à baser ses relations sur du charisme équivaudrait à une mise sous emprise des élèves, avec pour conséquence fâcheuse de les empêcher de penser et réfléchir par eux-mêmes.

Bruno Robbes teste ainsi une hypothèse de recherche précise : le rapport d’un enseignant à l’autorité dépend à la fois de son histoire personnelle et de ses expériences pédagogiques. La démarche qu’il emploie, en lien notamment avec celle de Mireille Cifali, me semble bien mettre à jour cette hypothèse d’une relation intime à l’autorité. En plus, elle rend complémentaire les apports de la pédagogie quant à la nécessaire mise à distance des phénomènes passionnels et pulsionnels dans la relation aux élèves et aux classes. En somme, construire une autorité éducative passerait par une écoute de notre subjectivité (chacun développant une autorité qui lui correspond) alliée à des organisations de classe qui permettent à chacun d’évoluer par soi-même.

Sylvain Connac