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L’actualité de la recherche, n° 558 - Les élèves migrants changent l’école

L’approche orientante en Belgique

Laure Endrizzi


L’approche orientante, on la croyait circonscrite au Québec et voilà qu’elle affleure, près de nous, en Belgique francophone, avec le Pacte pour un enseignement d’excellence.

L’approche orientante (AO), née dans le giron québécois au début des années 2000, est contemporaine des réformes qui ont introduit les compétences dans la scolarité primaire et secondaire. Elle oppose une conception de l’orientation basée sur l’émancipation des élèves à une orientation plus autoritaire qui gère des flux. Elle met en tension une éducation aux choix des élèves (et de leur famille) et des décisions prises à partir des performances scolaires par les enseignants.

Un principe d’action

Dans l’AO, le parcours d’études est «  vocationnel  », il ne perd jamais de vue la réalisation de soi ni la construction d’un projet professionnel. Et l’école se doit d’intégrer à son propre projet cette visée orientante comme un principe d’actions gouvernant quasiment tous les autres, articulé autour de trois piliers : l’infusion (intégration des références au monde professionnel et formation du sentiment d’efficacité personnelle au sein des enseignements disciplinaires) ; la collaboration (concertation de l’ensemble des acteurs et partenaires impliqués dans l’environnement éducatif, y compris les parents) ; la mobilisation (encouragement d’une attitude motivée qui met l’élève en état de projet).

L’enjeu est celui de la promotion d’une école inclusive, dirait-on aujourd’hui, qui endosse au quotidien la responsabilité de former des citoyens dotés de compétences décisionnelles tout au long de la vie, capables de garder, tant que faire se peut, la maitrise de leur parcours.

Utopique ? Peut-être, mais le Québec a fait de cette approche orientante la clé de voute de son système éducatif il y a plus de quinze ans (cf. brochure À chacun son rêve, 2002, rééditée en 2013). Et la Belgique francophone lui a, semble-t-il, emboité le pas avec son Pacte pour un enseignement d’excellence, officiellement lancé en 2017. Même si la référence à l’AO dans les textes belges est plus diffuse, l’ambition commune porte sur une meilleure prise en compte de l’hétérogénéité des élèves à l’échelle du système, dès les premières années, toujours dans la perspective d’une intégration sociale réussie des adultes qu’ils et elles deviendront.

En Belgique francophone, la réforme, étalée sur plus de dix ans (2017-2029), se veut en effet systémique. Elle combine rénovation de la gouvernance scolaire et modernisation de l’enseignement, et instille une remise en question de l’orientation à trois niveaux : la mise en œuvre d’un tronc commun polytechnique et pluridisciplinaire, de l’enseignement primaire au secondaire inférieur, résistant à la hiérarchisation des matières et prônant un accompagnement individualisé pour tous ; le développement d’une approche éducative de l’orientation, intégrée aux enseignements disciplinaires, favorisant des partenariats plus étroits entre professionnels de l’enseignement et de l’orientation et encourageant la mobilisation des élèves dans leur projet personnel et professionnel ; une nouvelle organisation des transitions au sein du système éducatif, garante d’une meilleure continuité entre primaire et secondaire et entre secondaire et supérieur, ambitionnant de réduire de moitié la pratique du redoublement, et proposant un ensemble de passerelles pour aller de l’enseignement professionnel à l’enseignement général et vice versa.

Cette philosophie orientante n’est pas une invention du Pacte cependant. Elle prend racine dans une série d’expérimentations engagées dès 2009 à l’initiative de la province de Hainaut et accompagnées pas à pas par l’Institut d’administration scolaire de l’université de Mons : six écoles pilotes puis une généralisation sur quatre ans aux autres établissements du Hainaut ; un parti pris des chercheurs de privilégier la coconstruction d’outils orientants pour toutes les parties prenantes (directeurs, enseignants, conseillers d’orientation et parents) et de les mettre à disposition en ligne [1] ; puis diffusion depuis 2014 à d’autres provinces désireuses de s’engager (province du Brabant Wallon, province de Liège, etc.).

On voit bien, avec cette lente transposition de l’AO québécoise dans les interstices du système décentralisé belge, que l’orientation dépasse largement le cadre d’actions des conseillers psychomédicosociaux. Ce que nous apprend aussi cette histoire, c’est que le travail de maturation vocationnelle au sein des disciplines est possible, qu’il est bénéfique aux élèves concernés, y compris sur leurs résultats scolaires, et valorisant pour les enseignants engagés.

Signe que les idées qui fédèrent les acteurs de terrain peuvent cheminer jusqu’aux responsables politiques, le Pacte pour un enseignement d’excellence semble vouloir donner une meilleure assise à l’AO à l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Rendez-vous dans dix ans pour voir comment cette intention se sera actualisée.

Laure Endrizzi
Chargée d’études, service Veille et analyses à l’IFÉ-ENS de Lyon


Pour aller plus loin

À propos du Pacte d’excellence belge : https://tinyurl.com/vjvxl5b - https://tinyurl.com/ugbywry

Damien Canzittu, Penser et agir l’orientation au XXIe siècle : de l’élève au citoyen engagé, éditions Qui plus est, 2019.

Damien Canzittu, Marc Demeuse, Comment rendre une école réellement orientante ?, De Boeck, 2017.

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