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Recension parue dans le N° 415 de juin 2003

L’apprentissage de la lecture. Fonctionnement et développement cognitifs

Jean Ecalle et Annie Magnan, Armand Colin (Collection U), 2002.

6 juin 2003

Chacun se croit autorisé à émettre des avis sur l’apprentissage de la lecture, de fustiger la « méthode globale » ou de vouer aux gémonies les ennemis de l’innovation... et à produire des ouvrages qui ne sont en fin de compte que des rationalisations de préjugés. Le livre de Jean Ecalle et Annie Magnan adopte une tout autre approche. Deux spécialistes de la psychologie cognitive du développement y passent en revue avec rigueur des recherches récentes sur l’apprentissage de la lecture, les unes expérimentales, d’autres conduites en contexte scolaire. Ils apportent ainsi des éclairages sur des questions aussi controversées et importantes que le développement des habiletés phonologiques et leurs liens avec la lecture, le développement des processus de reconnaissance des mots écrits, les prédicteurs de réussite en lecture-écriture, lecture et surdité, les effets des méthodes, les effets des contextes et des représentations enfantines de la lecture...
Ce livre de référence est à consulter plutôt qu’à lire linéairement ; un index y aide. Autant dire qu’il serait impossible d’en résumer le contenu, car son intérêt tient à la précision des synthèses de recherches qui y sont présentées. On peut cependant y repérer quelques fils rouges.
Les travaux disponibles montrent le rôle central des habiletés phonologiques en lecture, qu’il s’agisse de compréhension ou de reconnaissance de mots. Mais les modèles théoriques d’inspiration connexionniste - ceux qui rendent le mieux compte actuellement de l’ensemble des données - n’opposent pas voie directe (c’est-à-dire l’accès direct au sens d’un mot dans le lexique mental du lecteur) et voie indirecte (c’est-à-dire l’assemblage phonologique). Ils insistent au contraire sur l’interactivité de divers processus et sur l’activation simultanée d’informations phonologiques, orthographiques et sémantiques dans la reconnaissance des mots écrits. Ainsi, affirment les auteurs dans leur conclusion, le débat entre les approches idéo-visuelle et phonique paraît désuet et dénué de tout fondement théorique. Les recherches centrées sur les effets respectifs d’une méthode phonique et d’une méthode idéo-visuelle sur diverses compétences liées à la lecture-écriture ne fournissent d’ailleurs pas de résultats tranchés.
Un autre fil concerne la nécessaire rencontre de recherches venues d’horizons disciplinaires divers. Les connaissances antérieures des enfants jouent en effet un rôle majeur dans l’apprentissage. D’où l’importance par exemple du contexte familial et éducatif et de « l’exposition à l’écrit ». Certains modèles théoriques exposés dans l’ouvrage mettent l’accent sur l’analogie et donc sur le rôle des traitements implicites. Il est donc extrêmement probable que tous les enfants ne s’y prennent pas de la même manière pour apprendre à lire et qu’il ne peut pas y avoir une seule méthode adaptée à tous les élèves.
Signalons aussi la remarquable préface de Jean-Émile Gombert. Un ouvrage très utile donc, à faire figurer en plusieurs exemplaires dans toutes les bibliothèques d’IUFM...

Jacques Crinon