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N° 509 Ce qui fait changer un établissement

L’alchimie des molécules peut-elle redynamiser un collège ?

Thierry Braillon

Comment refaire venir les familles dans un collège dont la population est très défavorisée ? Comment réinstaurer une mixité sociale ? Comment changer l’image et modifier le ressenti des familles en créant un pôle d’excellence en sciences ?

Notre collège a longtemps été victime d’une mauvaise réputation dans le quartier. Beaucoup de familles ne voulaient pas inscrire leurs enfants, car il y avait trop de «  faits divers  ». Certains parents avaient eux-mêmes été élèves dans ce collège et gardaient un mauvais souvenir, voir parfois des souvenirs de violence. Le collège n’est pas classé RRS, mais il est en territoire CUCS (Contrat urbain de cohésion sociale) pour la ville de Lyon. La cité-jardin de Gerland et quelques immeubles d’à côté concentrent une population très défavorisée. C’est un tiers de la zone de recrutement du collège.

Le collège souffrait de la vétusté des locaux, mais la réhabilitation qui a duré de juin 2007 à septembre 2009 a contribué au changement d’image.
En même temps que le collège a été réhabilité, il a donc fallu trouver des leviers pour attirer les élèves au collège et endiguer la fuite vers les établissements privés voisins. Il y avait des aides pour les élèves en difficultés, mais rien pour les meilleurs élèves. L’inspecteur d’académie m’a aidé en me donnant un financement de dix-huit heures sur un poste «  espoir banlieue  ». En retour je devais construire un dispositif.

Le collège et ses atouts

Lors de réunions avec les équipes pédagogiques, nous sommes partis du constat que le collège était entouré d’entreprises travaillant sur la biotechnologie. L’ENS Sciences étant à quelques rues, la création d’un «  pôle d’excellence scientifique  » est devenue une évidence. Il a été mis sur pied en septembre 2008, en présence de chercheurs de l’ENS.

Destiné à des élèves motivés et sélectionnés, ce pôle veut promouvoir et faire aimer la culture scientifique. Plus précisément, des objectifs spécifiques ont été définis :

  • prendre conscience de l’omniprésence des sciences dans notre quotidien ;
  • enrichir sa culture scientifique pour mieux comprendre le monde qui nous entoure et pouvoir ainsi décider et agir en tant que citoyen responsable ;
  • améliorer la prise d’initiative et l’autonomie de nos élèves.

Pour les élèves de 3e, il s’agissait également de susciter des vocations, de donner l’envie d’une orientation dans une filière scientifique, de consolider et d’approfondir des acquis afin d’améliorer les résultats dans les disciplines scientifiques pour appréhender plus sereinement le passage en classe de 2de.

Des résultats positifs

  • L’approche des familles n’est plus la même. Les familles ne disent plus «  nous n’irons pas à Rosset  », mais «  Il faut aller voir et se faire sa propre opinion  »
  • La matinée portes ouvertes en novembre permet de convaincre quelques familles.
  • Le bouche-à-oreille qui nous était jusqu’alors négatif a à présent tendance à s’inverser : les parents d’élèves défendent le collège auprès des familles qui gardaient un mauvais ressenti.
  • Le nombre de demandes d’inscription en 6e au «  Pôle sciences  » a doublé en quatre ans. Les familles sont déçues lorsque leur enfant n’est pas sélectionné.
  • La plupart des élèves disent à leurs parents qu’ils aiment leur collège et leurs enseignants.
  • Nous avons un taux d’évitement qui a réduit de huit points.
  • Malgré les réticences de certains collègues enseignants à la création du dispositif, ceux-ci ne peuvent que constater à présent que nous n’accueillons plus tout à fait les mêmes élèves. Les mentalités ont changé en salle des professeurs.

Ce changement n’a pu s’opérer qu’avec la contribution de l’équipe enseignante et plus particulièrement grâce aux six enseignants qui ont créé «  le Pôle Science  ». Ils avaient six personnalités bien différentes, mais ils ont appris à travailler ensemble, échanger leurs idées et construire des progressions en gardant un côté ludique pour les élèves, mais aussi une transmission des savoirs à la hauteur des exigences scientifiques.

Ils ont su donner gout des sciences aux élèves. Ils ont su tisser des liens et chaque année, à la soirée de clôture du «  pôle science  », nous ne pouvons qu’être émus par tous les travaux réalisés par les enseignants et les élèves. Les parents sont fiers de voir leur enfant expliquer des expériences scientifiques. Ils se rendent compte de tout le travail accompli…

Au final, je dirais que c’est autour de ce projet que s’est construite la nouvelle image du collège Gabriel Rosset. Bien évidemment, ce Pôle Science ne fait pas tout… Il a fallu notamment effectuer un grand travail au niveau de la vie scolaire : recruter des assistants d’éducation sérieux et responsables, inculquer la culture de l’écrit et de la communication, afin d’avoir un cadre solide et strict nécessaire à toute avancée. Il a fallu également aider les élèves les plus en difficulté, créer des dispositifs de soutien, être attentif à une mixité des niveaux et des comportements dans les classes.

Le Pôle science a donc été le fer de lance dont le collège avait besoin pour convaincre enseignants, parents et élèves de la possibilité de progresser. Sans négliger le reste ni occulter les problèmes du quotidien, il a permis de créer la dynamique nécessaire au changement d’image que nous souhaitions.

Thierry Braillon
Principal du collège Gabriel Rosset à Lyon

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