À écouter plusieurs interventions, on a peut-être des raisons d’être pessimiste et amer. Rien de nouveau sous le soleil, nous dit Jean-Paul Delahaye : on trouve bien des circulaires qui encouragent à un vrai accompagnement des élèves, depuis... Jules Ferry. Et finalement une mise en œuvre médiocre, qui prend la forme aujourd’hui d’une externalisation des problèmes des élèves en difficulté. Auparavant d’ailleurs, Jean Houssaye avait plongé l’assistance dans la morosité : la pédagogie de « soutien », qui donne bonne conscience et permet de changer un peu pour ne rien changer semble avoir tué « la pédagogie différenciée ». Ce à quoi Françoise Clerc répondra dans sa conclusion que l’on peut aussi dire « la pédagogie différenciée est morte, mais vive la pédagogie différenciée, dont l’accompagnement peut être un héritage, s’il est paradigme nouveau et nouvelle approche ! »
Les dispositifs divers mis en place ces dernières années ont été passés au crible, aussi bien des pédagogues et praticiens comme André Ouzoulias, Agnès Paon ou Jean-Michel Zakhartchouk, que par des responsables syndicaux (intervention de Michelle Olivier, du SNUIPP) ou associatifs (intervention de Christophe Paris, de l’AFEV). Et l’évocation de l’expérience finlandaise par une chercheuse a suscité curiosité... et envie. Anne-Charlotte Keller, maire-adjointe qui nous accueillait a bien mis en avant les enjeux politiques forts de ces questions et a incité non à la désespérance, mais au combat pour une autre politique éducative.
Mais ce qui peut-être a le plus donné aussi des raisons d’un optimisme raisonné, mais réel, ce sont les témoignages d’expériences dans les ateliers et les échanges souvent passionnants qui ont suivi. Ici un PPRE qui part vraiment des besoins des élèves, là, en primaire, un « journal des apprentissages » qui permet une appropriation progressive plus forte des compétences nécessaires. Là encore, le récit d’interventions de parents d’élèves ou de l’action de maitres E.
Ce foisonnement de pratiques donnera, sans aucun doute, une publication de grande qualité.
Le colloque s’est prolongé par l’assemblée générale du CRAP-Cahiers pédagogiques, où ont été discutés les projets du mouvement pour les prochains mois. Un dynamisme fort, marqué par le grand nombre d’adhésions qui a suivi l’annonce des mauvais coups ministériels l’été dernier contre le CRAP.
On peut parier que le thème de l’accompagnement... accompagnera la réflexion du CRAP ces prochains mois.
Jean-Michel Zakhartchouk
Florilège de quelques propos tenus lors du colloque
« La pédagogie de soutien permet de « prouver » que le système scolaire dans le mode simultané fait ce qu’il faut pour évoluer, elle aménage, alors qu’il aurait fallu changer la pédagogie dans la rupture. Le changement intégré dans l’institution ne permet pas le développement de la pédagogie différenciée dont l’institutionnalisation de la pédagogie de soutien a signé la mort. »
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