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N°393 : Accompagner, une idée neuve en éducation, coordonné par Monique Lafont

L’accompagnement, une grande aventure...

Editorial


Ces vingt dernières années, l’introduction de la problématique du projet d’établissement et du projet personnel de formation a eu pour conséquence la prise en compte de l’histoire du sujet, non seulement dans sa projection dans l’avenir mais au sein de l’acte de formation. La nouvelle problématique à laquelle les enseignants, les formateurs, les chercheurs sont confrontés aujourd’hui est de rechercher les modalités d’articulation entre les temps courts ceux de la classe, des programmes, des stages et les temps longs qui sont ceux du développement. Réussir cette articulation est aujourd’hui un défi posé aux chercheurs et aux praticiens. L’échec de l’orientation scolaire et professionnelle est souvent dû à l’incapacité des individus à mettre en place des conduites de gestion du temps qui articulent l’organisation du futur et la restructuration du passé. La plupart des sujets en difficulté ne peuvent de ce fait accéder à un minimum d’autonomie et de cohérence. Ils vivent soit en dépendance vis-à-vis de leur passé, soit en référence à un futur sur lequel ils ne peuvent imaginer avoir une quelconque influence.

Les accompagner c’est leur permettre d’imaginer un devenir d’eux-mêmes, corollairement un devenir d’autrui, et comme le propose Jeanne Moll, d’avancer solidairement sur le chemin d’une plus fine compréhension de l’humain sans cesser de se cogner à leurs propres limites.

En réponse aux évolutions parfois brutales du système éducatif, l’accompagnement apparaît en rupture avec les pratiques traditionnelles de l’enseignant et du formateur. Le dossier qui suit est l’occasion de faire l’état des lieux des dispositifs existants, de clarifier le concept, de l’outiller afin de le mettre à la disposition du plus grand nombre possible des acteurs de terrain.

Cette pratique convient à la prise en compte de la complexité des projets pédagogiques ou de formations : projets d’établissements, projets de cycles, projets pluridisciplinaires au collège et au lycée, projet personnel de l’élève, projet professionnel de l’enseignant et du formateur. Sa nature entraîne des changements de représentations dans le domaine de la conception de la formation et de l’exercice de la responsabilité. Le modèle couramment admis est celui de la classe ou du stage, animé par un enseignant ou un formateur qui abandonnent la scène après une ou plusieurs séances, laissant parfois leurs publics dans l’incapacité de construire les réponses à leurs questions. L’accompagnement vient combler ces interstices, ces béances qui rendent souvent inefficaces les plus brillantes prestations qui ne se donnent pas les moyens de leur mise en œuvre.

À quelles compétences est-il fait appel ?

En premier lieu, pour l’accompagnateur, il est question de savoir se taire et écouter. Ce passage de la bouche à l’oreille constitue l’une des premières valeurs de l’accompagnement. Exigence d’extériorité, mais aussi d’engagement dans la durée vis-à-vis d’une personne ou d’une équipe. Cette permanence, cette éthique de l’accompagnateur se doublent de compétences en analyse systémique et en analyse de pratiques. Le problème reste d’envisager les limites de son expertise car il ne peut traiter à fond de toutes choses mais doit en connaître assez pour être crédible.

Dans cette dynamique l’enseignant ou l’élève accompagnés franchissent le pas d’une logique de projet individuel à une logique de formation en équipe. Le chef d’établissement est appelé à penser la formation sur le long terme, en plan pluriannuel relié au projet d’établissement. Ce dernier devient lieu de vie. La substitution d’une logique d’organisation mécaniste à une logique de « respiration biologique » favorise l’installation de structures qui permettent la relation : heure de vie de classe, contrat de vie lycéenne, groupes de paroles pour les enseignants...

Ainsi l’accompagnement interroge-t-il toutes les anciennes façons de penser la formation et les modes d’organisation du système. Il favorise une transformation structurelle sans pour autant la maîtriser à lui seul. L’accompagnement fait naître un nouveau paradigme où sont pris en compte la temporalité, la relation (plutôt que le rapport) à autrui, l’intersubjectivité, le transfert et l’implication, la mémoire affective vécue. Cette démarche comprend aussi un positionnement éthique : il suppose une réciprocité entre des partenaires reconnus comme « autres » et témoignant entre eux d’une altérité qui s’oppose à la volonté de toute-puissance. L’accompagnement s’intéresse à des cas et permet d’approcher la notion de terrain clinique. Il est intelligence de la particularité et de la singularité.

Pourtant, dans la mesure où il répond à une demande, subsiste toujours une ambiguïté quant au statut de l’accompagnateur. Tantôt celui-ci jouit d’une plus grande autorité et compétence, tantôt ceux qui accompagnent apparaissent comme des disciples et des suiveurs. Jacques Ardoino fait remarquer que les questions de pouvoir et d’autorité ne peuvent donc être totalement évacuées de ce type de relation.

On peut souligner enfin que l’accompagnement interpelle le projet global d’éducation en remettant en cause la hiérarchisation immuable basée sur la détention du savoir. Parce qu’il cherche le développement des capacités critiques pour le plus grand nombre, en reliant chacun à l’universel et au particulier, il constitue probablement un instrument novateur de lutte contre l’inégalité sociale.

Monique Lafont, responsable du département recherche et formation de formateurs UNAPEC (Union nationale des associations des parents d’élèves de l’enseignement catholique).