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Recension parue dans le N° 439 de janvier 2006

L’École, lieu de citoyenneté

François Galichet, ESF éditeur, Pratiques et enjeux pédagogiques, 2005

4 janvier 2006

À quelles conditions l’école peut-elle devenir un espace d’apprentissage de la citoyenneté ? À travers des étayages nombreux et accessibles, l’auteur nous invite à une conceptualisation de cette idée de citoyenneté et à l’émission de diverses hypothèses quant la possibilité de son éducation dans le champ scolaire.
Il désigne la citoyenneté comme une démarche consciente et délibérée, d’adhésion à une collectivité dont on décide de partager les valeurs et les formes d’organisation. Elle implique la primauté de l’intérêt commun sur tous les intérêts particuliers. Il la distingue de la socialisation qui caractérise plutôt un ensemble d’attitudes inconscientes, acquises plus ou moins précocement, qui structurent la relation de l’individu à autrui selon un certain nombre d’habitus. La socialisation démocratique correspond alors au souci, en toutes circonstances, de ne pas imposer autoritairement son point de vue, à la capacité de participer à une discussion ou à une délibération entre égaux, à la tolérance et au respect des différences. L’éducation à la citoyenneté viendrait donc prolonger et préciser au plan politique et discursif ce que la socialisation démocratique installerait au plan des comportements et des attitudes. Trois modèles de la citoyenneté sont détaillés : le modèle identitaire qui est l’expression d’un vouloir vivre ensemble, le modèle de la participation à la souveraineté correspondant à la participation à l’exercice du pouvoir sous toutes ses formes et le modèle de la vigilance critique qui tend à une prise en charge active des problèmes liés à la vie collective dans tous les domaines. Ces trois modèles ne peuvent fonctionner que si le désir de parler a surgi chez ceux qui se trouvent rassemblés. Or, comment susciter cette émergence ?
La sécurité, ou plutôt le sentiment de sécurité, apparaît comme la condition première d’un tel pacte social. La fonction primordiale des institutions sociales et pédagogiques est donc d’établir ce sentiment par une confiance à priori. Cinq conditions tendraient à la développer : l’existence de régularités spatiales et temporelles, la mise en place de rituels, la conscience pour chacun d’appartenir à plusieurs communautés qui s’articulent et se recoupent sans se confondre, la possibilité d’exprimer ses conflits, tensions et angoisses et l’exercice partagé du pouvoir.
Se pose alors le problème pour l’enseignant du passage d’une autorité « traditionnelle » à une autorité « institutionnelle » qui le voit déléguer une partie de ses pouvoirs pour faire émerger progressivement un contrat fondé sur des règles démocratiquement élaborées et discutées. C’est cette délégation qui assure la sécurité de par cette possibilité en dernière instance d’en revenir à une autorité magistrale. Cette attitude est également accompagnée par une éthique pédagogique guidée par le postulat d’éducabilité, le devoir d’imagination, l’exigence de convivialité et la volonté d’égalité.
Minutieusement, F. Galichet montre que la seule pratique qui échappe aux diverses ambivalences autour de la citoyenneté est la relation tutorale. S’y découvre peu à peu, pour tous ceux qui s’y sont engagés, tout un arrière-plan d’activités, de relations humaines, de découvertes et d’expériences qui débordent de toutes parts.

Sylvain Connac