Un voisin si différent
Présenter et se représenter l’organisation politique et sociale belge est une expérience très perturbante pour un Français. Pour comprendre ce pays très proche géographiquement et, pour une partie, linguistiquement, il faut renoncer à nos modèles où les pouvoirs s’exercent de manière hiérarchique sur des entités homogènes. Dès qu’on entre un tant soit peu dans les rouages de la société belge, on se trouve tout à coup à des lieues de nos représentations habituelles.
La Belgique est un pays fédéral comprenant trois « communautés » et trois « régions » qui coexistent dans les institutions alors que, répondant à des critères différents, ces ensembles ne se recouvrent pas. En l’absence d’homogénéité entre les éléments qui la forment, les décrets pris par les différentes instances peuvent alors entrer en concurrence sans qu’aucun ordre de préséance ne puisse les départager.
Une compréhension du système éducatif belge passe par un décryptage de cette organisation politique qui heurte nos rationalités quelque peu jacobines.
Il est par exemple indispensable d’avoir en tête que :
- le mot « communauté » renvoie à une appartenance linguistique ;
- le mot « région » renvoie à un territoire ;
- une des « communautés » (la germanophone) n’a pas de territoire propre ;
- une des « régions » (celle de Bruxelles) relève de deux « communautés » (flamande et wallonne).
Après avoir brièvement présenté le pays et son système éducatif et nous être attardés sur les rapports complexes entre le privé et le public, entre religion et laïcité, nous avons choisi de braquer le projecteur sur une question qui, dans tous les milieux de la communauté francophone, apparaît comme LE problème de l’éducation, à savoir : la pénurie d’enseignants. Cette question qui est moins lancinante en France pourrait bien devenir aussi notre problème principal dans très peu de temps.
Pour finir nous donnerons un très bref aperçu de ce qui nous paraît être les « points chauds » du système éducatif belge.
Nous avons décrit ce qui se passe dans l’ensemble de la Belgique, mais nous avons mené l’enquête auprès d’interlocuteurs francophones. Ce parti pris en agacera sans doute certains, mais il ne pouvait être question en un dossier si court de prétendre à une comparaison entre les deux communautés sans se laisser entraîner sur le terrain d’une rivalité réelle mais vite caricaturale. La communauté française de Wallonie Bruxelles (CFWB) puisque tel est son titre en matière d’éducation sera donc privilégiée.
Les textes qui suivent ont été nourris par des entretiens avec des personnes travaillant dans le système éducatif belge : madame Myriam Tonus pour le « réseau libre » catholique, monsieur Jean Steensels pour le « réseau officiel » de CFWB1, monsieur Michel Vrancken pour le syndicalisme, sans compter de nombreuses personnes qui ont bien voulu répondre à mes interrogations dont Martine Loiseau, la correspondante des Cahiers pédagogiques en Belgique.
Sommaire
- Lexique franco-français
- Le pays
- L’organisation de l’enseignement
- Le « pacte scolaire »
- Morale et religion, par Martine Loiseau
- L’École et les syndicats
- École sélective et pénurie d’enseignants
- Dualisation scolaire, dualisation sociale
Entretien avec Myriam Tonus, chargée de mission au secrétariat général de l’enseignement catholique (Segec)
