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N° 527 - Neurosciences et pédagogie

#Jedessine

Cécile Blanchard

Que faire des mètres cubes de dessins d’enfants arrivés à la rédaction de Charlie Hebdo après l’attentat ? Il y en a eu plus de 10 000 : « Pas question de les laisser dans des cartons », assure Agathe André, ancienne journaliste à Charlie Hebdo et présidente de Dessinez, Créez, Liberté, association cofondée par Charlie Hebdo, SOS Racisme et la Fédération indépendante et démocratique lycéenne. Il y a donc un livre, sorti le 7 janvier 2016, et une exposition itinérante et gratuite, à partir de fin janvier.

Le livre #Jedessine comprend 150 dessins, accompagnés de textes de Boris Cyrulnik, car, précise Agathe André, dessiner, «  c’est un premier pas vers la résilience  ». Les dessins sont classés en huit thèmes : «  Soutenir Charlie  », «  Liberté de conscience  », «  Liberté d’expression  », «  Valeurs de la République  », «  L’engagement  », «  L’égalité  », «  Le refus du terrorisme  », «  La création  ». L’exposition reprend presque tous les dessins du livre. Itinérante, dix villes devraient l’accueillir en 2016, en commençant par Angoulême, au moment du festival de la BD. C’est le réseau Canopé qui s’occupe du routage des panneaux mobiles vers les mairies ou médiathèques qui les accueilleront.

interventions en classe

Le projet bénéficie en effet d’une convention triennale avec les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture, assortie de dotations financières. En réponse aux demandes des enseignants d’outils et de temps dédiés pour aborder ces drames, l’exposition est conçue comme complémentaire d’interventions en classe, autour d’une quarantaine de dessins choisis avec l’enseignant pour créer le débat. Ces interventions sont adaptées selon l’âge, avec trois tranches : 8-13 ans, 13-16 et 16-18.

Il est prévu deux temps : un premier en petits groupes avec deux ou trois dessins à décrypter, pour apprendre à lire une caricature, un dessin de presse. Puis, un temps en plénière avec tous les élèves, autour de quelques dessins un peu plus problématiques ou ambigus. Elle se clôt sur une invitation des enfants à continuer à créer, dessiner, débattre, en lien avec la plateforme participative qui sera lancée par France Télévision, sur laquelle il sera possible de déposer de nouveaux dessins.

Bien sûr, les classes où ont lieu les interventions vont aussi voir l’exposition. Elles y trouvent un panneau intitulé «  Parlons-en  », avec des dessins pour amorcer le dialogue sur des sujets plus sensibles. «  Ce sont des dessins dont on ne saisit pas trop le point de vue de l’auteur, ou carrément racistes, ou prônant la peine de mort  », explique Agathe André. La visite se fait avec une médiation. Sinon, ce panneau est replié, pour ne pas laisser les enfants seuls face à ça.

De son côté, Canopé a mis en ligne un ensemble de fiches ressources à destination des enseignants : sur la liberté d’expression, la caricature et le dessin de presse, les valeurs de la République, la citoyenneté et l’engagement, le traitement médiatique d’évènements phares de l’actualité, la radicalisation et le complotisme et le tabou du meurtre. Le réseau a aussi le projet d’organiser des formations sur ces thématiques.

«  Le projet, c’est d’aider les enfants à comprendre la complexité du monde  », dit Agathe André. «  Les dessins des plus petits disent l’impact de l’information en boucle, le traumatisme, la confusion. Des mômes qui dessinent des assassinats, ce n’est pas rien.  »

Cécile Blanchard

Références
Site de Canopé : https://www.reseau-canope.fr/je-dessine.html
Site participatif de France Télévision : https://www.francetv.fr/temoignages/dessinez-creez-liberte/

Sur la librairie

 

Neurosciences et pédagogie
Les neurosciences provoquent des polémiques. Pour certains, elles représentent une menace pour une vision humaniste de la pédagogie. Pour d’autres, elles produisent des résultats évaluables qui feraient office de preuves. Est-on condamné à cette logique binaire ?