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Je ne suis pas un coach !

Par Laurence Juin


« L’enseignant est un coach ». Je lis, j’entends depuis quelque temps ce terme qui tendrait à remplacer celui de professeur et qui en ferait un synonyme. L’étymologie de ce mot anglais nous renvoie au mot français « coche », issu de ce cocher qui fouettait les chevaux pour qu’ils fassent avancer plus vite la voiture. Aujourd’hui, le coach est un sélectionneur ou un entraineur qui cherche à améliorer les performances d’un sportif pour lui faire gagner des compétitions.

L’enseignant est-il un coach ? Doit-il entrainer ses élèves vers le meilleur ? Meilleure note, meilleur examen, meilleur résultat ? Aujourd’hui, l’élève se trouve noté, ordonné, évalué dans une classe aux allures d’équipe, poussé vers la mention au baccalauréat pour obtenir le meilleur classement, qui le fera entrer dans la meilleure école. Si on se restreint à ces objectifs (qui sont pourtant colossaux), l’enseignant, effectivement, est un coach. Il apprend à bien poser son pied pour courir plus vite et atteindre la ligne le premier. Il apprend à intensifier, à améliorer ses compétences, ses pré-acquis, ses capacités, son attitude, pour gagner et pour être le premier.

Je suis enseignante, cette « personne qui dispense des connaissances relatives à une discipline », selon mon dictionnaire. Je suis cette pourvoyeuse de savoirs. En cours de géographie, j’apprends à mes élèves ce qu’est une métropole : une agglomération polarisante à la tête d’un réseau urbain. En cours de français, je leur explique que Vercors a utilisé la métaphore pour évoquer la Résistance dans sa nouvelle Ce jour-là. Il s’agit bien là de savoirs relatifs à la discipline que j’enseigne. J’apporte un savoir supplémentaire et complémentaire à ceux que l’élève possède déjà dans cette discipline et dans les autres.

Mais au fur et à mesure de la scolarité de l’élève, on tend à ne donner à l’école qu’une vocation de passation d’examen. En 3e, l’objectif de l’école est de faire obtenir le brevet à l’élève. Dès son entrée au lycée, l’objectif est de lui faire obtenir son baccalauréat. Dès lors, l’enseignant se mue en coach : apprendre à tenir cette course de fond vers la ligne d’arrivée. Le savoir n’est plus qu’un moyen d’obtenir un examen. Si l’enseignement ne se résume plus qu’à un coaching, qu’en est-il du bagage savant de l’élève ? Au-delà du formatage de l’élève (je leur apprends à tous à poser correctement leurs pieds sur la ligne), c’est le nier en tant qu’individu savant, ne pas lui permettre de s’individualiser, ni de se développer personnellement et intellectuellement.

Tout est dans la nuance entre les deux expressions « avoir son bac » et « avoir le niveau bac ».

Ne nions pas l’importance de l’examen à réussir. L’enseignant peut alors être un coach.

Ne nions pas l’importance de la connaissance. Le coach n’est que rarement enseignant.