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Irresponsabilité


C’est le mot qui vient à l’esprit en lisant les dernières « propositions » du Ministère concernant la formation des maitres (ce qu’on appelle mastérisation), propositions qui risquent fort de se transformer en décisions définitives. En effet, en reprenant presque intégralement les premiers projets de Xavier Darcos, sans tenir compte des protestations du monde universitaire, des diverses recommandations (rapport Filâtre, rapport Marois, position de l’Académie des Sciences), les ministères Chatel et Pécresse ont validé des réformes qui vont aboutir à une véritable destruction de la formation professionnelle des enseignants.
Alors que le malaise, au sein du monde enseignant s’accroit, qu’il faut faire face à de si nombreux défis (la difficulté à maintenir l’attention en classe, les incivilités qui touchent des secteurs jusque-là préservés, l’impérieuse nécessité d’élever le niveau de maitrise des savoirs et en particulier de la langue française…), la solution qui nous est livrée sans aucune argumentation c’est plus de savoir universitaire, moins de pédagogie, moins de réflexion sur le métier, moins de travail collectif et d’allers-retours théorie-pratique. Ne parlons pas de la sélection sociale accrue pour l’entrée dans le métier, du fait de l’allongement de la période d’études universitaires si difficiles à financer pour bien des familles, qui va elle aussi accroitre les barrières entre enseignants mal préparés à un métier de plus en plus complexe...
La disparition de facto des IUFM, la coupure aggravée entre la formation pour le premier degré et le second degré alors que la mise en œuvre du socle commun devrait au contraire inciter à les lier davantage, la fin des mémoires professionnels, des groupes de stagiaires transversaux dans le secondaire qui leur permettaient de prendre du recul par rapport à leur discipline, le renforcement caricatural d’épreuves purement académiques dans les concours, que de gâchis !
Tout cela prépare pour nos futurs collègues des débuts dans le métier terriblement difficiles, et par contre coup pour leurs élèves, pour les établissements. Comme pour « l’aménagement de la carte scolaire », des rapports ne manqueront pas dans quelques mois de constater les effets délétères de telles mesures. Inutile de les attendre pour se mobiliser, d’abord en se positionnant clairement, plus que ne l’a fait en particulier jusqu’à présent le syndicat majoritaire du second degré. Il est urgent d’entendre davantage le Haut Conseil de l’éducation, promoteur d’un référentiel de compétences de l’enseignant qui reste une boussole utile pour un métier qui s’apprend et évolue au fil des ans.
Nous avons proposé de nombreuses pistes, notamment dans notre hors-série « formation », en particulier pour accompagner au mieux les enseignants débutants dans les établissements. Il va nous falloir bien de la solidarité et de l’esprit d’équipe pour pallier à cette échelle une formation initiale au rabais. Pour l’heure, il nous faut dénoncer haut et fort une conception ahurissante du métier d’enseignant : laisser croire qu’il suffit de maitriser des connaissances universitaires pour transmettre des savoirs et éduquer, de la maternelle au lycée, est un mensonge éhonté, un déni de la pédagogie lourd de conséquences

Jean-Michel Zakhartchouk


Quelle formation pour les enseignants ?
Dossier coordonné par Sylvie Grau - 222 pages - Hors-série numérique édité au format PDF

Il nous revient à nous, acteurs de terrain, de continuer à monter des projets, à nous former, à fédérer des équipes, à analyser les enjeux de nos choix pédagogiques et didactiques. C’est pourquoi ce dossier s’adresse à chacun de nous, car être enseignant c’est de toute façon être aussi formateur, formateur déjà de sa propre pratique. Il propose des réflexions de chercheurs et de nombreux témoignages de praticiens.

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