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Une école juste ? L’égalité des chances en débat

Introduction et présentation du colloque

Intervention de Florence Castincaud, rédactrice en chef des Cahiers pédagogiques


Le Crap-Cahiers pédagogiques se réjouit de vous accueillir.
Nous remercions tout particulièrement Mme Monique Canto-Sperber, directrice de l’ENS, et tout le personnel de l’ENS pour leur accueil dans ces locaux.
Et le Conseil Régional d’Ile-de-France, et en particulier M. Jacques Bonnisseau, chargé de mission aux politiques éducatives pour la réussite de tous.
Nous souhaitons la bienvenue à tous et saluons, en les remerciant de leur présence, nos invités des différents syndicats, organisations et associations.

Chacun de nous ici, ce matin, mesure l’épaisseur du thème que nous avons choisi pour ce colloque : « une école juste »... Même assortie du traditionnel point d’interrogation qui donne un peu de modestie à l’entreprise, la formule attire et intimide à la fois, et ouvre la porte à des questions qui ont toujours été au cœur de la réflexion et de l’action de ceux qui veulent que l’école progresse.

Reconnaissons d’emblée, au moment où nous nous mettons au travail, que les mots sont des pièges. L’égalité des chances est inscrite au cœur des valeurs démocratiques mais c’est une expression ambiguë, un slogan politique qui justifie la méritocratie, un « label » appliqué à des actions disparates et sans cohérence. Il se fonde sur l’individualisme et nie les déterminismes sociaux qui transforment les victimes en coupables. Il a pour but d’élargir la base de recrutement des élites dirigeantes, pas de partager le pouvoir. Dans ce cas l’idée d’égalité des chances est bien sûr à comprendre comme une mise en compétition de concurrents inégaux pour maintenir les inégalités...

Nous avons repris pourtant cette formule pour notre colloque, parce qu’elle est partout employée. Nous proposons de la mettre en débat, parce que malgré ses ambiguïtés elle dit quelque chose de ce à quoi nous voudrions aboutir. Nous proposons donc de l’interpréter et de la travailler dans le sens de la démocratisation de l’école.

Tel est bien aussi le sens du dossier que nous venons d’éditer sur le même thème (N° 467 des Cahiers, « Egalité des chances ou école démocratique ? »). Il explore les dessous de ce slogan mais propose aussi des modes de travail multiples pour sortir du fatalisme.

Ces pistes, voilà longtemps que le Crap, avec d’autres mouvements, les explore et les arpente. Rappelons-en quelques-unes.

La différenciation pédagogique
Il a fallu d’abord expliquer qu’il ne s’agissait pas de préparer 25 cours pour 25 élèves, mais de se demander comment chaque élève d’une classe, jusqu’à celui qui patine le plus pour le moment, peut trouver son compte dans le temps de l’école.

L’aide
Aider, un mot qu’il a fallu interroger avec une nécessaire suspicion ; aider ou empêcher d’apprendre ? C’était le thème de notre N° 436 en 2005, un dossier rapidement puisé.

L’évaluation
Une question récurrente, un des verrous des changements à l’école, on le sait bien. Dossiers des Cahiers et ateliers pendant les Rencontres ont régulièrement reposé la question, qui revient avec l’avancée de la réflexion sur les compétences.

Le décrochage et le raccrochage
Marginal, le décrochage ? Non, on le sait bien. Les phénomènes de décrochage, mais aussi les structures qui s’inventent pour raccrocher les décrocheurs, interrogent notre école.

L’accueil du handicap
L’évolution des mentalités conduit à appliquer le droit commun aux enfants et adolescents handicapés. L’accueil de ces nouveaux élèves suscite à leur égard une attention croissante mais inégale. On est encore loin d’une intégration réussie, comme en témoigne le dossier récent des Cahiers.

Plus récemment, l’engagement dans le socle commun et les compétences
Pour nous c’est une chance pour l’école. Face à une école un peu en panne et perplexe par rapport à une forme scolaire héritée du 19ème siècle, c’est une chance de se dire qu’au fond il y a une voie qui n’a pas encore été explorée dans le système scolaire français.

Choisir la réussite de tous plutôt que la seule méritocratie nécessite ainsi de promouvoir des dispositifs qui soient de véritables mesures innovantes. Pas si simple !
Rappelons pour terminer ce que dit François Dubet : « la légitimité de l’école vient moins des valeurs sacrées qui la couronnent que de la justice qu’elle produit. » Cela demande du travail et beaucoup de modestie. Puissent ces deux jours y contribuer avec vous tous. Bon colloque.


Action financée par la Région Île-de-France

Photographies de Laurent Nembrini