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Une présentation du rapport-bilan sur les innovations et l’article 34.

L’actualité éducative du n° 496 - mars-avril 2012

Innovation : comment faire mieux ?

Interview d’Yves Reuter

Le rapport bilan d’Yves Reuter sur les innovations et l’article 34 a eu un fort impact médiatique et politique. Qu’est-ce qu’un mouvement pédagogique comme le nôtre doit retenir de cette étude ?

Le rapport que nous avons remis au Haut Conseil de l’Éducation sur les expérimentations liées à l’article 34 de la loi de 2005 interroge, entre autres, les relations entre expérimentations, innovations et mouvements pédagogiques. C’est sur ce point spécifique qu’à la demande des Cahiers pédagogiques, je souhaite apporter quelques précisions à partir de quatre entrées.

Pas si nouveau

Nous avons ainsi pu constater que nombre d’expérimentations soumises, retenues, si elles rompent avec l’ordinaire des fonctionnements des acteurs et des établissements où ceux-ci exercent, et si elles sont présentées et ressenties comme des innovations, constituent souvent des variations pédagogiques attestées depuis longtemps dans nombre de lieux de l’Éducation nationale ; c’est le cas par exemple du travail en groupe, du fonctionnement en équipe, des ateliers d’écriture, etc. Si, de fait, expérimenter saurait difficilement se réduire à produire du radicalement nouveau, un tel écart entre expérimentation et innovation ne peut qu’interroger.

En second lieu, nombre d’expérimentations se proposent de « desserrer » les modalités organisationnelles classiques, perçues comme des freins à l’aide aux élèves, qu’il s’agisse des horaires et des rythmes, de la répartition des élèves en classes intangibles ou encore des formes évaluatives les plus courantes. Si, de fait, expérimenter saurait difficilement se réduire à reproduire du traditionnel, une telle nécessité de rupture avec les fonctionnements dominants ne peut qu’interroger.

Désillusion parfois

Pour nombre d’expérimentations encore, nous avons pu constater une nette désillusion à l’issue du projet. Il nous est apparu que c’était surtout le cas pour celles qui étaient menées par des enseignants nouvellement engagés dans une démarche de changement. Cela nous a semblé pouvoir s’expliquer par une illusion initiale selon laquelle le projet était susceptible de régler de manière rapide et quasi intégrale les problèmes rencontrés. Nous n’avons, en tout cas, retrouvé ni cette illusion, ni cette désillusion dans le cas d’expérimentations menées par des innovateurs chevronnés. Et, de fait, si on ne peut attendre de nouveaux venus l’expérience des plus anciens, un tel déficit de transmission ne peut qu’interroger.

Enfin, les données disponibles ont fait apparaitre l’importance de la pédagogie comme levier d’action omniprésent dans le corpus des expérimentations. Cela à l’opposé de nombre de discours politico-médiatiques qui fleurissent en France. Et si, de fait, un tel écart entre les discours médiatiques et les réalités du terrain ne sont pas rares, cela ne peut cependant qu’interroger les raisons d’une telle stigmatisation du pédagogique.

Que dire en conclusion de ces remarques, par trop cavalières ? D’une part, que les expérimentations s’appuient peu sur ceux qui seraient pourtant les plus à même de les étayer (outre les recherches), à savoir ceux qui les pratiquent et les pensent depuis longtemps. Il y a là une déperdition de savoirs, de compétences et d’expériences qui interroge la politique menée, la formation des enseignants et l’économie du système. D’autre part, il convient de souligner que pour faire fonctionner l’école, il est nécessaire, dans nombre de cas, de rompre avec les fonctionnements établis, ce qui est, ici encore, mis au jour dans nombre de recherches, défendu dans les discours de mouvements pédagogiques et expérimenté avec des effets intéressants.

On est ainsi, en France, dans une situation doublement paradoxale où l’institution crée des dispositifs susceptibles de déroger aux pratiques courantes, afin de pouvoir continuer à fonctionner tout en marginalisant de plus en plus ceux qui expérimentent ces dispositifs depuis longtemps et sont susceptibles d’accompagner ceux qui souhaitent s’y engager.
Comprenne qui pourra.

Yves Reuter
Theodile – Cirel (E.A. 4354)


Références

On ira lire avec profit le rapport complet, http://bit.ly/z38Smo qui se termine en développant ces dix propositions pour améliorer la mise en œuvre de l’article 34 :

  • clarifier le(s) dispositif(s) et les attentes qui leur sont attachées ;
  • construire les moyens d’une véritable évaluation du dispositif ;
  • améliorer les échanges entre niveaux ;
  • mettre en place des outils performants ;
  • améliorer les fonctionnements académiques ;
  • donner les moyens aux équipes ;
  • développer la formation des enseignants ;
  • reconnaitre l’importance de la pédagogie ;
  • assouplir les fonctionnements rigides ;
  • valoriser et valoriser encore.