Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Improbable débat


Paroles du CRAP

Improbable débat

Le bureau du CRAP, le 10 septembre 2003.

13 septembre 2003

Le « grand débat » sur le système éducatif, tout le monde ou presque l’appelle de ses vœux. Mais qu’entend-on vraiment par là ? Quand une idée apparaît comme aussi consensuelle, on peut avoir des doutes sur ce qu’elle recouvre. S’agit-il de calmer les enseignants, de les « écouter » pour mieux éteindre leur flamme revendicatrice ? S’agit-il de faire semblant et d’imaginer un dispositif sophistiqué pour faire passer une certaine conception de l’école déjà définie d’avance ?

On aimerait croire, au Crap-Cahiers pédagogiques, qu’une vraie discussion sur les finalités et les missions de l’école va s’engager. On aimerait penser que toutes les opinions pourront s’exprimer, mais surtout qu’elles ne seront pas juxtaposées et qu’il y aura confrontation, faits à l’appui, sans qu’un discours idéologique bétonné vienne empêcher la vraie discussion démocratique.

On a des doutes pourtant. Lorsque par exemple on écoute le ministre lors de ses déclarations récentes.

D’un côté, il évoque la nécessité du débat, proclame que rien n’est arrêté, que tout est ouvert.

De l’autre, que fait-il concrètement ?

Il supprime l’évaluation en début de cinquième (qui avait à peine un an d’âge) et évoque le redoublement comme solution, au lieu de lancer une réflexion sur ce que pourrait être une vraie évaluation au service des apprentissages et sur la nécessité de vraiment mettre en place par exemple les cycles dans le primaire, ce qui n’a jamais été fait.

Il remet en cause les dispositifs innovants, en les minorant, en les marginalisant (à la rigueur, on peut les conserver, mais seulement à titre facultatif) tout en semant la confusion. Les TPE [1] et l’ECJS [2], les IDD [3] et l’aide individualisée sont considérés comme équivalents, ce qui est une manière de leur faire perdre tout sens véritable. Toute l’énergie employée par des équipes volontaires et dynamiques se trouve niée. Le ministre ironise sur le trop grand nombre de réformes, au lieu de considérer l’évolution historique des formes d’enseignement dans laquelle s’inscrivent ces dispositifs. Les enseignants les plus conservateurs applaudissent, mais bien d’autres sont découragés et démotivés, alors même que ces dispositifs commençaient à porter leurs fruits (d’ailleurs, la circulaire de rentrée reconnaissait que les IDD « avaient fait la preuve de leur efficacité »). Le ministre flatte démagogiquement les enseignants en évoquant leur trop faible pouvoir dans l’établissement et notamment leur trop faible place dans les conseils de discipline. Au lieu de remettre en vigueur des dispositifs intéressants comme l’heure de vie de classe qui a été quasiment enterrée, il attire l’attention sur la composition d’une instance qui, si elle est nécessaire, n’est pas la meilleure manière de résoudre les problèmes posés par les élèves. Ce n’est sans doute pas là le problème numéro un et la clé du « retour à l’autorité » ! On peut éventuellement discuter de la proportion entre parents, élèves et enseignants, mais insister lourdement là-dessus ne peut apparaître que comme dérisoire manœuvre pour « plaire » aux professeurs, alors même qu’il faudrait travailler sur d’autres pistes, dans la voie de la responsabilisation de tous les acteurs, du travail d’équipe et du projet d’établissement.

Notons encore que pour le ministère, le métier d’enseignant, surtout dans le secondaire, semble davantage conçu comme un « art » ; la conception qui ressort des écrits des ministres est celle d’un métier assez individualiste. Tout au contraire, il faudrait promouvoir le travail en équipe et avancer dans la « professionnalisation » du métier. Enseigner est certes un art, mais aussi un métier qui s’apprend (d’où l’importance d’une formation qui ne soit pas qu’initiale) et qui se pratique en équipe, dans une dimension collective qui apparaît si peu actuellement.

Au-delà des prises de position de rentrée, il y a le souhait répété de révision de la loi d’orientation de 1989. Pour nous, même si l’on peut réviser cette loi, bien entendu, son esprit doit être sauvegardé, car son message essentiel est que l’école est faite pour les élèves, à la fois dans un but d’instruction et d’éducation, ce qui nécessite sa transformation.

Sur toutes ces questions, il y a bien matière à débat citoyen. Et il s’agit bien d’un débat social, d’une certaine façon amorcé en mai-juin dernier. Malgré nos craintes, nous y participerons, en espérant justement pouvoir faire entendre d’autres voix que la petite musique du retour en arrière ou que les slogans réducteurs. Les militants du CRAP-Cahiers pédagogiques ont sans aucun doute un rôle à jouer dans les instances de débat, et d’abord dans les établissements pour éviter ce que certains appellent sans doute trop vite une « mascarade » et pour permettre une appropriation réelle des questions d’éducation par tous...


[1Travaux personnels encadrés.

[2Éducation civique, juridique et sociale.

[3Itinéraires de découverte.