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L’actualité de la recherche - N° 519

Il n’y a plus de jeunesse !

Rémi Thibert

Difficile de définir «  les jeunes  » : l’Europe considère qu’ils ont entre 14 et 25 ans, la recherche les situe entre 18 et 35 ans, alors que les politiques publiques qui les concernent s’arrêtent à 26 ans en France. Quelles autres caractéristiques leur attribuer ?

Le jeune est souvent assimilé à l’étudiant, à tort. Il existe en effet une vraie fracture au sein de la jeunesse entre ceux qui poursuivent des études (même courtes) et ceux qui s’arrêtent au niveau V ou IV. On a pu le voir lors de l’analyse du vote des jeunes en France aux dernières élections présidentielles, puisque ceux qui n’ont pas poursuivi d’études ont plus massivement voté pour l’extrême droite.

La jeunesse se définit plutôt alors par rapport à l’âge adulte. Pour passer d’un état à l’autre, cinq critères sont en général retenus : sortie du système scolaire ; premier emploi ; départ du domicile parental ; vie de couple et premier enfant. Les différences nationales sont très importantes, en fonction des cultures et des histoires, mais aussi de la situation économique et de la volonté politique des différents pays.

Pessimisme et mauvaise image

Il n’est qu’à voir les qualificatifs qui accompagnent le mot «  jeunesse  ». L’expression «  jeunesse en difficulté  » est presque devenue un pléonasme. Elle peut être en difficulté parce qu’il faut l’aider à s’insérer lorsqu’on met en avant les difficultés sociales, ou parce qu’il faut la canaliser lorsqu’on met en avant la population des quartiers difficiles.

La jeune génération se perçoit comme une génération sacrifiée. La littérature parle de génération perdue, déclassée ou encore maltraitée. En France, on met par exemple en avant la baisse du niveau de vie des trentenaires qui atteint les 17 % depuis 1984. Ceci explique pourquoi la jeunesse française, comme les jeunesses japonaise, polonaise, anglaise ou encore italienne, fait preuve de pessimisme. Le marché de l’emploi lui est largement défavorable, l’insertion professionnelle puis la carrière tout entière s’en trouvent affectées. Mais le pessimisme n’est pas la règle partout. Les jeunes se montrent très optimistes dans des pays tels que la Chine, l’Inde, le Danemark, les États-Unis, l’Estonie, la Finlande ou la Suède.

Pourtant, si la jeunesse est mal vue, elle reste quand même un idéal pour les adultes. Autant la jeunesse était un état qu’on souhaitait quitter rapidement pour pouvoir prendre ses responsabilités pendant la majeure partie du XXe siècle, autant c’est aujourd’hui un état que l’on quitte à regret. On veut rester jeune, paraitre jeune. La culture jeune s’impose à tous, nourrie et véhiculée par les outils et usages numériques, tant et si bien que culture populaire et culture jeune tendent à se rejoindre.

Jeunes et adultes : pas si différents

Malgré l’incompréhension de la société que l’on peut noter à l’égard de la jeunesse, il apparait que jeunes et adultes ne sont pas si différents, notamment au niveau des valeurs, qu’ils partagent largement. Le travail et la famille sont les principales valeurs pour les jeunes comme pour les adultes. C’est plus l’appartenance nationale que la classe d’âge qui détermine et fait varier les valeurs. Et c’est davantage au sein d’une même classe d’âge que les valeurs divergent, chez les jeunes comme chez les adultes. Une exception toutefois : dans tous les pays, les jeunes sont cependant plus ouverts aux autres cultures que leurs ainés. Cette ouverture s’explique sans doute notamment par les usages numériques croissants.

Génération Z

Une spécificité des jeunes nés entre 1995 et le début des années 2000, qui sont en train d’arriver progressivement sur le marché du travail, vient peut-être contredire l’image que l’on a de la jeunesse. Il s’agit de la génération Z, qui n’a connu que le monde tel qu’il est aujourd’hui, baigné par le numérique, instable, précaire. Cette génération a grandi avec une généralisation du terrorisme dans le monde et n’a pas la nostalgie d’un temps plus ancien, qu’elle n’a pas connu. Tout lui apparait donc possible, elle se montre très optimiste et aborde les relations à autrui de manière radicalement différente. Cela se ressent à l’école, mais aussi dans le monde du travail, obligeant les adultes à remettre en question les organisations hiérarchiques et les relations de pouvoir. L’hyperconnexion de cette génération chamboule les relations humaines. Pour certains, la génération Z risque d’accélérer la phase de transition qu’est le passage à l’âge adulte.

Rémi Thibert
Chargé d’étude et de recherche, service Veille et analyses de l’IFÉ (ENS de Lyon)

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