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Par ici les sorties

Hors les murs

Avant-propos par Michèle Amiel et Monique Ferrerons


Pourquoi a-t-on besoin, parfois, de sortir de l’école pour mieux enseigner, apprendre ?
Pour remonter dans le temps, rappelons qu’un des points forts des classes nouvelles de 1945, c’était « l’étude du milieu  », c’est-à-dire l’ouverture de l’école sur l’extérieur. Aujourd’hui plus que jamais l’école est un des endroits où l’on apprend, mais pas le seul, et elle doit prendre en compte tout ce qui se passe au-delà de ses murs.

Les sorties organisées par le monde enseignant, c’est bien le moins, ont des objectifs ! De socialisation, de citoyenneté ou d’apprentissage. Dans ce dossier, les témoignages passionnés sont nombreux et relèvent même parfois de l’acte de foi. Les acquis des élèves ne semblent pas faciles à mettre en évidence sur chacun de ces champs, pour justifier le bienfondé de ces sorties.

Les sorties, par la rupture qu’elles permettent, bousculent les certitudes, créent un espace pour le questionnement des élèves. Mais sortir, est-ce aussi travailler, ou la sortie ne serait-elle que la partie attractive du travail scolaire fait intramuros ? La sortie n’est-elle qu’un moyen de relancer la motivation ?

Les sorties culturelles semblent indispensables : l’école n’est-elle pas dans sa mission, lorsqu’elle guide tous les élèves dans des lieux qu’ils pourront continuer à fréquenter toute leur vie (théâtre, musée, etc.) ? C’est in situ que chacun peut s’approprier les pratiques culturelles : apprendre à lire une œuvre d’art, accéder à la compréhension des spectacles vivants.

La sortie convoque l’élève dans sa globalité, avec ses sens, pas seulement la vue et l’ouïe comme en classe, mais aussi son toucher, son odorat ainsi que sa sensibilité et son affect, ce qui pourrait expliquer que les sorties laissent souvent des souvenirs extraordinaires, de ceux qui restent des années après dans les mémoires de nos élèves. Plus, en tout cas, que les cours ordinaires.

Sortie que l’enseignant considère comme ratée ou apothéose d’une année scolaire, l’engagement est colossal, dans la phase de préparation, dans le déroulement, dans le suivi : de l’organisation pédagogique à la recherche de financements, aux relations internes et externes (direction, parents, élèves, collègues, conseil d’administration, collectivités de rattachement, mécènes), à la prise en compte des textes officiels considérés parfois comme un carcan, la charge de travail est telle, les risques inhérents à ce type d’activité si forts (mise en danger relationnelle ou physique) que beaucoup réfléchissent à deux fois avant de se lancer. Lorsque cela se passe différemment, avec réflexion du conseil pédagogique, discussion dans les équipes de préférence pluridisciplinaires, débat au sein du conseil d’administration, intégration dans le projet d’établissement, les difficultés dans les choix restent les mêmes mais sont partagées collectivement : la prise en charge des élèves qui ne partent pas, des élèves perturbateurs, le financement des accompagnateurs, l’aide aux élèves handicapés, l’éventuel retard pris dans l’avancée du programme.

Convenons qu’à ce jour, les enseignants sont autodidactes dans ce domaine, et imaginons comment la formation pourrait aider à développer des compétences nécessaires dans ce champ si complexe et exposé que celui des sorties scolaires.

Soulignons enfin à quel point il paraitrait essentiel que l’administration, du ministère jusqu’aux chefs d’établissement, facilite et encourage l’organisation de telles sorties, au lieu de les considérer comme une source de dépenses et de tracas. C’est le meilleur de l’école qui s’y joue. Alors oui, sortons !