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L’actualité éducative du N°401 - Février 2002

Homophobie à l’école

Par Sylvie Premisler, enseignante et Daniel Picarda, conseiller d’éducation.

Le 16 juin dernier un collectif d’associations (Sida-Info-Service, Aides, Ligue des Droits de l’Homme, SOS-Homophobie, Act-Up) organisait un colloque sur « l’homophobie à l’école ». Le CRAP-Cahiers Pédagogiques était invité à participer à une table ronde en compagnie de sociologues et de chercheurs en sciences de l’éducation.

La demande des gays et des lesbiennes est forte et les témoignages accablants. Pourquoi l’école, censée assurer l’intégrité de tous les élèves et personnels, laisse-t-elle se développer en son sein de véritables situations de harcèlement, de maltraitance ? Pourquoi ce lieu, supposé former au vivre-ensemble, est-il synonyme de souffrance, d’invisibilité pour les jeunes homosexuel (le) s ? Pourquoi l’insulte homophobe mêlée au sexisme est-elle souveraine sur les cours de récréation, sans déclencher de véritable travail éducatif ? Alors que la société française a globalement cessé de stigmatiser l’homosexualité, pourquoi ce thème n’est-il toujours pas abordé dans les programmes, dans les manuels ? Pourquoi ceux qui se risquent à l’évoquer se font-ils encore taper sur les doigts ?

Pourtant, la mise en place de nouveaux lieux de concertation dans les établissements secondaires (Conseil de la vie lycéenne ou Heures de vie de classe), l’apparition de nouveaux enseignements (ECJS) et de nouveaux dispositifs pédagogiques (Parcours diversifiés, PPCP, TPE), dont un des objectifs est de permettre d’étudier les transformations de la société, sont autant d’opportunités qui devraient permettre d’aborder l’orientation sexuelle. À condition de pouvoir instaurer dans chaque établissement, dans chaque classe les règles de respect nécessaires. À condition aussi que ce thème ne reste pas à la périphérie des savoirs et des dispositifs d’apprentissage !

Car il ne suffirait pas d’ajouter ici une nouvelle entrée à la liste déjà longue des discriminations contre lesquelles l’école nous demande de lutter (le bilan de l’école dans sa lutte contre le racisme et le sexisme est souvent décrit comme désastreux !). Des avancées peuvent être faites si on accepte de regarder de plus près la construction des identités, des genres, de remettre en cause ces catégories de pensée. Si l’on accepte aussi de dire que l’école n’est pas la famille, et que, fondamentalement, nous y sommes pour y apprendre la séparation.

Tout est encore à faire. Quelques enseignants et chefs d’établissement ont aujourd’hui rejoint le collectif d’associations pour mettre sur pied un programme de formation dans les IUFM.

Sylvie Premisler, enseignante et Daniel Picarda, conseiller d’éducation.