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Editorial du n° 508, novembre 2013

Haro sur l’école

Par Patrice Bride


Voilà bien une idée saugrenue : augmenter le temps passé à l’école pour les élèves du primaire. Quelle mouche a piqué le ministre ? Les enfants ont tellement mieux à faire en rentrant chez eux : regarder à leur aise des programmes télévisés à haute valeur culturelle, fréquenter les réseaux sociaux pour y développer des relations riches et subtiles, jouer à des jeux vidéos enchanteurs pour se distraire d’un monde pas toujours rose. On sait bien que tout cela les occupe souvent jusqu’à tard dans la nuit, et qu’ils ont besoin de dormir le mercredi matin et le weekend. Eh bien non, le ministre a décidé de leur imposer du pensum scolaire supplémentaire, au risque de les épuiser, de les confier à d’improbables animateurs, au risque de mettre en péril les finances publiques. Quel scandale !

On hésite tout de même à en rire. La question ici n’est pas de défendre le ministre dans une guéguerre politicienne face à l’UMP si novatrice en matière de temps scolaire, ou aux prises avec des revendications syndicales légitimes. C’est la place de l’école dans l’éducation des enfants qui doit être défendue : si c’est un endroit où ils s’épuisent à des tâches rébarbatives, mieux vaut, certes, qu’ils y aillent le moins possible ; si l’on en fait un lieu partagé pour maitriser les langages, découvrir les cultures, développer une vie collective, l’école peut devenir le centre des activités éducatives des enfants.

Notre dossier du mois le montre : guider les élèves dans un monde saturé d’informations pour construire des savoirs assimilés demande du temps, de l’accompagnement par des adultes compétents. Les enfants n’apprennent pas tout seul devant les écrans. En matière d’éducation, on ne peut se contenter de déclarations grandiloquentes, de renvois aux calendes grecques ou d’exigences de résultats immédiats. Il ne s’agit pas d’attendre que la réforme du temps scolaire produise des effets magiques en quelques semaines parce que le ministre a agité sa baguette ; il s’agit de construire collectivement une école où les enfants auront le temps d’apprendre et de vivre ensemble.

Les diatribes contre l’école qui fatigue et qui coute cher laissent la porte ouverte à Facebook et GTA 5. Ce n’est pas notre ambition de pédagogues.