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Harcèlement et cyberharcèlement à l’école

Jean-Pierre Bellon et Bernard Gardette, ESF éditeur, 2013

18 décembre 2014

Le sous-titre de cet ouvrage, «  une souffrance scolaire  », nous dit combien en France le harcèlement est encore une singularité dans le vaste domaine de la violence à l’école.

Après des années de déni, en 2011, les pouvoirs publics français admettent l’existence et la gravité d’un problème qui, chez certains de nos voisins européens, était pris en charge depuis plus de vingt ans. Et en novembre 2013, le ministre Vincent Peillon dresse un plan qui se veut vigoureux contre le harcèlement et nomme dans chaque académie un «  référent  » pour piloter et coordonner les actions prévues.
Pour l’heure on en est là.

Mais l’ouvrage de J.-P. Bellon et B. Gardette est indispensable pour comprendre la profondeur et l’actualité cruelles du phénomène. Appuyé sur de nombreuses enquêtes et recherches scientifiquement conduites, il donne une image sociologique et statistique de cette violence faite aux élèves : toutes les études convergent pour dire que 10 % d’élèves en France sont victimes du school bullying, harcèlement à l’école, et ceci compte non-tenu de sa version moderne et électronique, le cyberbullying, le cyberharcèlement, lequel ajouté ou non au premier crée des souffrances spécifiques et tout aussi dévastatrices.

Le harcèlement à l’école est défini comme «  une somme de petites agressions, physiques ou psychologiques, perpétrées sur la durée par un ou plusieurs agresseurs à l’encontre d’une élève se trouvant dans l’incapacité de se défendre dans ce contexte précis  ». Quelles agressions ? Elles sont de cinq formes : les moqueries, les insultes, les coups, l’exclusion du groupe, la dégradation d’affaires. Les plus répandues sont les atteintes verbales (moqueries, surnoms, insultes) et la mise à l’écart.
Se référant à de nombreuses études américaines, les auteurs nous donnent les traits caractéristiques des protagonistes du harcèlement.

Ainsi les harceleurs sont assez peu portés à l’empathie, mais capables de s’imposer au sein d’un groupe par leur charisme. Ils sont habiles à déceler les petits travers et les faiblesses de leurs camarades pour les tourner en dérision et les dominer.

Concernant les victimes, on constate qu’elles sont généralement isolées au sein de leur classe ou de leur établissement et n’ont pas ou peu d’amis dans leur école.

Un autre groupe de protagonistes du school bullying : les témoins et spectateurs. Leur rôle est divers. Ils peuvent être des supporters du harceleur qu’ils encouragent par leurs rires voire par leur participation directe, ou bien des défenseurs qui se portent aux côtés de la victime au moment de l’agression et lui apportent soutien et réconfort. Mais on observe que les défenseurs sont toujours en plus petit nombre que les supporters ou les témoins passifs…

Cependant l’essentiel de cette étude va porter sur le cyberbullying, né du ventre des ordinateurs, d’internet, des téléphones portables. Et ici le phénomène est mondial et devient exponentiel avec l’apparition des outils de communication sophistiqués qui sont autant de nouveaux terrains de jeux pour les adolescents… Le cyberharcèlement est défini «  comme le fait d’utiliser les technologies d’information et de communication pour porter délibérément atteinte à un individu de manière répétée dans le temps  ».

Avec la mise sur le marché des smartphones (l’iPhone d’Apple est sorti en 2007) qui se sont généralisés à partir de 2010-2011, la jonction entre le téléphone et l’ordinateur s’est faite. Les adolescents par le biais des SMS illimités, des sites de partage d’images (DailyMotion, You Tube), des blogs, des réseaux sociaux (Facebook, Twitter) ont eu en mains de nouvelles armes pour harceler sur un terrain beaucoup plus vaste et quasiment sans limites… De la moquerie sans trop de conséquences à la photo de fin de soirée diffusée à son insu sur les réseaux sociaux, les atteintes morales à la personne sont ici multiples. Et 20 % des élèves déclarent avoir rencontré «  quelques soucis  » ou avoir subi des «  conséquences très importantes  » par le cyberharcèlement qui n’est d’ailleurs pas exclusif du harcèlement scolaire classique.

Enfin les auteurs mettent l’accent sur une des pires agressions de cyberharcèlement qui peut menacer l’adolescence : le sexting. Il s’agit de «  l’envoi ou de la réception d’images (photos, vidéos) sexuellement explicites ou suggestives par l’intermédiaire d’un téléphone portable » Ces images sont ensuite distribuées par le biais des réseaux sociaux, des messageries instantanées ou des courriels. Et de telles agressions ont conduit parfois des jeunes au suicide…

L’ouvrage se termine très utilement par une réflexion sur les approches éducatives et juridiques pour lutter contre ce type de violence scolaire. Et on y donne les orientations pour construire des plans locaux de prévention qui peuvent désormais s’articuler avec les mesures prises au plan national.

Raoul Pantanella