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Recension parue dans le N°426 de septembre-octobre 2004

Guérir de son enfance

Jacques Lecomte, Odile Jacob, 2004, 382 pages, 25 €.

14 septembre 2004

Si cet ouvrage ne concerne qu’indirectement l’école, il n’en reste pas moins passionnant pour tout enseignant, pour tout éducateur. L’auteur développe de façon concrète et vivante ce que recouvre le concept de « résilience » dont le succès n’est pas, selon lui, qu’une « mode passagère ». À partir d’entretiens, mais aussi de témoignages écrits les plus divers d’anciens enfants abîmés par le malheur ou les maltraitances, J. Lecomte montre la fécondité de cette idée de retissage de liens avec l’aide, l’accompagnement d’un « tuteur de résilience » qui peut être un adulte, mais pas nécessairement. On est plus d’une fois ému à lire ces beaux récits de personnes qui « s’en sont sortis » (mais jamais totalement, jamais définitivement) parce qu’un jour quelqu’un leur a fait prendre conscience de leur valeur, les a déculpabilisés et les a amenés vers d’autres horizons. Bien entendu, l’expression « un jour » est un raccourci ; il s’agit bien souvent d’un long processus, avec des hauts et des bas, mais qui donne de l’espoir. Notons qu’un chapitre est consacré au rôle possible des enseignants. On se trouvera conforté dans notre croyance en l’importance des aspects éducatifs du métier et dans les vertus du nécessaire optimisme. J. Lecomte montre les limites du « professionnalisme » lorsqu’il signifie dogmatiquement mise à distance et évitement de toute affectivité. Par ailleurs, il évoque des dispositifs comme les classes relais ou les ateliers de prévention de la violence où l’on s’efforce également de guérir des blessures et de réconcilier des jeunes d’abord avec eux-mêmes.
Un livre utile donc, qui met en garde contre les erreurs possibles, les dérives, qui sait être nuancé et ouvert à la complexité et qui s’achève par un souhait : l’émergence d’une psychologie des aspects positifs de l’existence, face à la « psychopathologie », à la psychologie du malheur. C’est dans cette perspective qu’a été créé d’ailleurs l’Observatoire international de la résilience présidé par Boris Cyrulnik (http://www.observatoire-resilience.org).

Jean-Michel Zakhartchouk