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Projets de programme

Cohérence, liberté, exigence

Caroline Rousseau

12 mai 2015

Mon impression générale est positive et cela pour plusieurs raisons que je vais rapidement décliner par la suite :
la cohérence
la richesse et la liberté
l’exigence

  • La cohérence entre la nouvelle version du socle commun et les programmes ; de la logique du curriculum avec les cycles 3 et 4 qui ne sont pas «  découpés  » en années ; de l’intégration des disciplines qui n’avaient pas d’enseignant propre mais existaient bel et bien comme, après l’Histoire des Arts, l’enseignement laïc et moral ou encore le parcours de formation et d’orientation.
  • La richesse et la liberté plus de choix laissé à l’enseignant quant aux œuvres étudiées notamment ; des thématiques riches et larges ; des questionnements qui n’imposent pas mais ouvrent au contraire à la formation critique, à la culture, à l’expression de soi, qui permettent de faire plus de liens avec la société dans laquelle vivent et vont agir les élèves ; la volonté de créer plus d’appétence pour la lecture et la culture en leur donnant du sens, en créant des liens non artificiels, en les inscrivant dans un ensemble où tout se tient.
  • L’exigence le cadre défini : objectifs, compétences attendues en fin de cycle, axes de progressions ; la volonté d’être dans l’agir pour chaque connaissance et compétence à construire véritablement ; des objectifs exigeants pour une fin de scolarité obligatoire, dans l’optique de laisser aller ensuite l’élève avec le bagage démocratique et républicain nécessaire, ses valeurs ; des genres littéraires qui s’entremêlent et ne suivent plus la chronologie mais les thématiques, donc permettent de revenir sur un genre étudié deux ans plus tôt sous un autre angle, avec plus de maturité.

Une critique et des propositions

Le calendrier est peut-être un peu court pour s’approprier les nouveautés des cycles et les mettre en place en équipe. Évidemment, dans la logique du curriculum, on change tout d’un coup, et non pas année par année comme avant.

Ceci dit, les programmes n’entrant en vigueur qu’à la rentrée 2016, cela nous laisse un trimestre, des vacances d’été fois deux et une année scolaire entière pour, déjà, y réfléchir et essayer, utiliser l’établissement et la classe comme laboratoires géants.

Pour ce faire, correctement j’entends, dans les meilleures conditions possibles, on en revient aux concertations :
À quand une vraie semaine entière de post-année scolaire (après le Brevet, les élèves sont libérés) et une vraie semaine entière de pré-rentrée (pourquoi pas à cheval sur août et septembre, pour faire consensus) pour imaginer, créer, décider, s’organiser ? Pour les équipes disciplinaires qui vont avoir besoin d’établir une progression commune dans le cycle 4, puisqu’il n’y a plus de «  découpage  » par année ?
À quand une heure blanche tous les 15 jours pour la concertation indispensable, tout au long de l’année, des équipes pour les multiples liens et projets interdisciplinaires à construire, mettre en place, suivre et évaluer ?

Si le ministère n’a pas le courage de nous l’imposer, seuls de trop rares établissements prennent ces initiatives, les établissements qui fonctionnent déjà par projets nécessitant ces concertations.
Comme dirait Michèle Amiel, si les acteurs de l’établissement n’ont pas la volonté de se saisir de ces entrées pédagogiques, ne sont pas en demande d’heures de concertation, celles-ci seront désertées et donc inutiles, quand on sait en plus les contraintes d’emploi du temps que cela suppose… Toutefois, il ne s’agit plus là d’initiatives individuelles, d’innovations ponctuelles : le «  socle nouveau  » (comme dirait cette fois mon Inspectrice) et les nouveaux programmes 2016 nous demandent officiellement de travailler ainsi ! Il faut donc nous en donner les moyens.

Reste également la question du Diplôme national du brevet. Modifié il y a peu, le DNB s’est quelque peu rapproché de l’esprit de socle avec les questions et le choix entre deux sujets de rédaction. Or, cela ne semble pas encore suffisant au regard des réformes et nouveautés :
un contrôle continu uniquement ? Mais le passage d’un premier examen officiel est aussi une bonne chose en fin de scolarité obligatoire…
une épreuve interdisciplinaire sur dossier ? en plus des 4 épreuves existantes ? au choix avec une présentation et/ou un entretien dans une langue étrangère étudiée et choisie ?
une modification supplémentaire des épreuves existantes ?
plus d’oral ?

Caroline Rousseau
professeure de français dans un collège des Yvelines

La consultation sur les programmes de collège est ouverte sur le site mis en place par le ministère de l’Éducation nationale.

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