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Former envers et contre le genre

Isabelle Collet, Caroline Dayer (dir.), De Boeck, Raisons éducatives, 2014, 298 p.

17 février 2015

Isabelle Collet et Caroline Dayer ont coordonné la rédaction de cet ouvrage dont l’organisation et la typographie sont agréables, en faisant appel à de nombreux auteur-e-s suisses, français, françaises pour traiter des enjeux et des paradoxes de l’éducation-formation en regard avec le concept de genre.

L’objectif est de faire le point scientifique sur ce que le genre signifie et sur la façon dont il travaille le domaine de l’éducation dans ses pratiques. Des contributions variées et complémentaires rendent particulièrement riche cet ouvrage dont l’intérêt est de fournir à la fois des outils théoriques, méthodologiques et des exemples concrets de recherche en éducation-formation.

Commencer par la fin donne vraiment envie de lire chacune des contributions pour ce qu’elles offrent à la réflexion. C’est Nicole Mosconi qui a été sollicitée pour la postface de l’ouvrage. Elle aborde les aspects politiques de l’éducation à l’égalité des sexes dont on sait les résistances qu’elles rencontrent actuellement. À propos du principe de l’égalité elle nous rappelle qu’il existe « un courant critique et radical (qui) s’insurge contre les inégalités et revendique la transformation des normes de sexe  », mais pour beaucoup d’entre nous des résistances ou des craintes demeurent aussi bien chez les personnels que chez les élèves.

Nous trouvons particulièrement efficace l’introduction pour sa présentation des différentes notions utilisées dans le cadre des études genre et en sciences de l’éducation tels que « rapport socio-sexué au savoir », « égalité des chances », « curriculum caché ». Toute la première partie permet également d’embrasser l’épistémologie et l’histoire de la construction du concept de genre. Le cheminement réflexif des auteur-e-s ayant participés à l’élaboration de la construction de cette « catégorie d’analyse » comme outil critique de la société trouve sa place dans cette histoire récente.

L’enjeu des conceptrices de Former envers et contre le genre est de faire preuve de créativité dans la présentation des recherches pour permettre aux lecteurs et aux lectrices de déjouer les paradoxes que les débats sociétaux et politiques ont fait émerger et qui ont des impacts directs sur toutes les questions de formation et d’éducation. Comment former avec le genre ? Comment bien former sans reconduire des logiques de discrimination ? Après avoir, dans une première partie, théorisée le genre utile dans les pratiques éducatives des formations (E. Fassin, C. Dayer, F. Fassa), la seconde et la troisième partie développent des résultats de recherches, d’études, à partir de situations concrètes tant en Suisse qu’en France. On trouve des exemples variés de recherche s’inscrivant dans les disciplines différentes (linguistique, histoire, éducation sportive) et des thèmes originaux comme le corps, le rire, les injures. Sont également abordées des sphères éducatives éclectiques comme la famille à travers la biographie d’Angela Davis la philosophe, le scoutisme suisse et tous les degrés de l’enseignement en regardant aussi bien des élèves du primaire que dans le domaine de la formation professionnelle.

Le genre est bien une question politique qui se cristallise dans le monde éducatif lui même troublé par les doutes suscité par le genre. Lire ce livre, c’est décanter les interrogations qui nous bousculent.

Geneviève Pezeu