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N° 539, Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée

Fonction : coordinateur d’équipe

Mickaël Dufour

Force de proposition pour l’établissement, ressource pour les collègues, discours et objectifs communs présentés aux élèves, la fonction de coordination, c’est un bénéfice pour tous.

Dès mon entrée dans l’Éducation nationale en tant qu’assistant pédagogique dans un collège classé «  ambition réussite  », je me suis investi dans les différentes instances de l’établissement.

Une fois mon concours obtenu, j’ai eu un poste fixe dans un autre établissement au sein duquel la fonction de coordinateur de discipline était tournante. À la suite de la mutation d’un collègue, j’ai pris sa succession et j’occupe cette fonction depuis quatre ans maintenant.

Puis le chef d’établissement de l’époque m’a proposé la fonction de coordinateur d’histoire des arts et, depuis cette année, celle de coordinateur EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires).

Des relations fonctionnelles

Avec les collègues de l’équipe d’histoire, mais plus largement avec les collègues des autres disciplines, il n’y a aucun lien de type hiérarchique. Mes attributions de coordinateur sont fonctionnelles : je me suis fixé comme objectifs d’être une personne ressource, d’apparaitre comme une force de proposition et de faciliter la communication entre les différents personnels de l’établissement. Ces objectifs sont avant tout issus d’un choix personnel, présentés ensuite à l’équipe de direction, qui les a approuvés. Quant aux collègues, la présentation leur a suffi pour obtenir leur accord.

Néanmoins, il arrive quelquefois qu’il faille prendre des décisions concernant l’équipe, toujours de façon collégiale afin de dégager un consensus. Par exemple, lors de la réalisation de la répartition de services, je commence par demander les souhaits des collègues (quels niveaux ? heures supplémentaires ou non ?), puis j’élabore une proposition, qu’ils peuvent modifier. Néanmoins, comme c’est le cas cette année, un de nos collègues est en sous-service : il a fallu lui en expliquer la raison, obtenir son accord pour compléter son service avec de l’aide personnalisée, comme étant celui d’un moindre mal. Cette volonté de trouver une voie médiane me permet de parler au nom de l’équipe aux autres membres de la communauté éducative et de porter, voire de défendre, une position commune et non une idée personnelle. Cela a donc plus de poids dans les discussions : lors du choix des thématiques d’EPI par niveaux, j’ai dû défendre la position de l’équipe d’histoire sur le respect de la chronologie, obligeant d’autres disciplines à modifier leur progression. À titre d’exemple, les collègues de lettres ont dû intervertir deux séquences afin de travailler sur la Première Guerre mondiale dès la rentrée de septembre.

J’ai proposé à l’équipe de réfléchir à des échanges de pratiques. Ayant découvert en stage le travail en ilots bonifiés, je l’ai présenté aux collègues volontaires lors d’une réunion organisée en lien avec le principal adjoint. Après leur avoir montré le fonctionnement de ces ilots, ainsi que quelques exemples de pistes d’activités pédagogiques, la réunion s’est poursuivie par des échanges de type questions-réponses ou de prises de position, ce qui a permis à chacun d’adopter ou non cette façon de travailler avec les élèves.

Face à la quantité de travail induite par les changements de programmes, tant en EMC (éducation morale et civique) qu’en histoire-géographie, j’ai suggéré aux collègues de l’équipe de mutualiser notre tâche : chacun d’entre nous est en charge de la préparation des cours d’un niveau et, en tant que coordonnateur, je centralise et rediffuse les propositions que chacun est libre de reprendre à son compte. Il est à noter que tous les collègues de l’équipe ne participent pas à ce groupe de travail. Deux d’entre eux sur cinq préfèrent construire les séances seuls à partir des textes officiels et des manuels scolaires.

Quelles relations avec la hiérarchie ?

Cette fonction de coordinateur de discipline et d’histoire des arts puis d’enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) me conduit à travailler avec l’équipe de direction de l’établissement, mais aussi avec l’inspecteur d’académie en charge du bassin. Les deux principes fondamentaux sont la confiance et l’autonomie. Dès qu’ils m’ont proposé cette fonction, je leur ai proposé une lettre de mission précisant les objectifs que je me fixais, mais aussi les moyens que je comptais mettre en œuvre pour y arriver, toute action nécessitant l’accord explicite de la direction. Concernant l’histoire des arts, je m’étais engagé à préparer l’épreuve orale comptant pour le DNB (diplôme national du brevet), à informer les collègues et les élèves des modalités d’évaluation, à créer des temps d’entrainement pour les élèves volontaires. Pour cela, j’ai pu, avec l’accord de ma direction, organiser un conseil pédagogique et intervenir dans toutes les classes de 3e. Bien entendu, certains points de la grille d’évaluation ont été discutés, voire précisés, afin que nous puissions garantir l’égalité des élèves devant l’examen.

Les personnels de direction de mon établissement sont toujours disponibles pour discuter des aspects pédagogiques, règlementaires mais aussi pratiques des différents projets à mettre en place. Ce dialogue apporte un autre regard, pas seulement celui d’un professeur, et donc permet d’appréhender la mission de coordinateur de façon plus globale.

Des bénéfices pour tous

J’ai une vision plus complète de la prise en charge des élèves et des façons de travailler pour les faire réussir. En effet, ma légitimité dans cette fonction de coordination repose sur le fait d’être une force de propositions pour les collègues. Pour cela, je me dois de lire les textes officiels et de les mettre en application, comme lors de la mise en place de l’épreuve orale d’histoire des arts ou de la nouvelle épreuve orale du DNB cette année. Je reste ainsi informé et réfléchis aux multiples aspects du métier de professeur.

J’apparais comme une personne ressource à qui on peut poser des questions, soumettre des propositions concernant les sujets dont j’ai la charge (modalités d’évaluation de l’épreuve orale du DNB, mise en place des EPI). Dans ce cas, il me revient d’apporter une réponse et ainsi faire avancer la réflexion.

Pour l’équipe de direction, avoir des coordinateurs revient à déléguer la mise en place de certains projets et bénéficier de regards différents, pédagogiques. Par exemple, après discussion, il nous est paru pertinent que la grille d’évaluation des épreuves orales (histoire des arts notamment) soit élaborée par des enseignants avant validation du chef d’établissement, les principaux bénéficiaires étant les élèves. Il est possible de leur présenter des projets globaux dans lesquels les professeurs sont perçus comme suivant le même but, tout en gardant leurs spécificités liées à leur discipline.

Lors de la mise en place des EPI et de leur évaluation, les élèves ont pu bénéficier d’un discours et d’une présentation unique, leur apportant une vision plus précise permettant d’éviter les imprécisions, voire les informations contradictoires.

Cette volonté d’un discours commun leur a donc permis d’appréhender de façon plus sereine l’épreuve orale qui a été présentée, expliquée et travaillée quasiment dès le début de l’année scolaire.

Mickaël Dufour
Professeur d’histoire-géographie-EMC, coordonnateur EPI, collège Anatole-France de Sin-le-Noble

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Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée
Prendre des initiatives, engager un processus de décision, animer une équipe, mettre en place une innovation, etc. Est-ce le domaine réservé du directeur d’école, de l’IEN, du chef d’établissement ? Au bout du compte, l’augmentation du pouvoir dans un établissement autonome, c’est celle du chef ou celle des personnels.

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