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Finalement, il y a quoi dans le Coran ?

Rachid Benzine et Ismaël Saïdi. Éditions La boite à Pandore, 2017

12 février 2018

Difficile pour un enseignant aujourd’hui de ne pas s’intéresser au « fait religieux » et de ne pas disposer de quelques outils de réflexion concernant particulièrement l’Islam. Il ne s’agit pas d’être expert en théologie, mais d’avoir une vision un tant soit peu complexe d’une religion qui fait beaucoup parler d’elle, suscite fantasmes et clichés qui souvent rassemblent paradoxalement ceux qui la diabolisent et ceux qui se prétendent les Gardiens du Temple (si on ose utiliser cette expression !)

Aussi l’ouvrage de dialogue entre un grand érudit pourfendeur de tout fondamentalisme, Rachid Benzine et son interlocuteur qui joue davantage un rôle de faire-valoir, est-il précieux. Agréable à lire (malgré quelques lourdeurs dans ce qui est censé rendre vivant et amusant le dialogue) et surtout étayé de nombreux exemples tirés de l’Histoire et des textes religieux, ce livre est un puissant antidote aux idées reçues. Rachid Benzine d’ailleurs n’hésite pas à aller sur le terrain, notamment auprès des jeunes pour porter un message d’ouverture et de tolérance bien comprise.

En neuf chapitres, on aborde les questions souvent posées autour du Coran, avec souvent l’idée présente en couverture « c’est pas ce qu’on m’avait dit » et surtout le souci constant de re-connexion du texte sacré avec son temps, son contexte et l’importance de la traduction (le mot « Djihad » désignant avant tous les efforts fournis par exemple) . R.Benzine rappelle que « ce qui est écrit dans le Coran parle en termes du quotidien à des gens de la terre faisant partie d’une société de survivance. ». Il montre aussi combien Muhammad était avant tout un homme de la « négociation » et du compromis et non de la violence systématique ; malheureusement, les « hadiths » le « déshumanisent pour en faire une sorte de héros inaccessible ». Il déplore que, alors que l’interdiction de certains produits était l’exception dans le Coran, « avec le développement du marketing halal, c’est l’interdiction qui est devenue la règle ». C’est lorsqu’on refuse toute historicité qu’on absolutise par exemple les règles sur le port du voile ou de consommation d’alcool, ou la façon de parler des autres religions. Quant au mot« Islam », R.Benzine conteste la traduction par « soumission » alors qu’il s’agit d’entrer dans une forme d’alliance avec Dieu, de se mettre sous sa protection. « C’est un thème fondamental du Coran, qui renvoie à la hantise de perdre la piste, une hantise inscrite dans l’ADN des gens du désert. »

Pour les auteurs, le livre peut être un puissant outil pédagogique pour exercer l’esprit critique et l’ouverture culturelle, comme c’est déjà le cas en Belgique où il est utilisé pour la formation des maitres.

https://bx1.be/news/finalement-il-y-a-quoi-dans-le-coran-ismael-saidi-et-rachid-benzine-repondent/

Une belle réponse aux lamentables imprécations de certains intellectuels médiatiques ou de politiciens indignes, et une tentative de briser le « mur anthropologique », ce « mur invisible qui est composé de toutes nos habitudes » à travers un voyage singulier dans l’Arabie du VIIe siècle pour mieux comprendre l’Islam de notre temps.

Jean-Michel Zakhartchouk