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Billet du n° 518 - Enseigner, former : écrire

Fermeté et douceur font mieux que force ni que rage

Michèle Amiel


Lorsque Vincent Peillon a commencé à mobiliser sur la refondation de l’école, les pédagogues se sont dit : « Enfin un peu d’oxygène !  » Benoit Hamon a pris la suite et les espoirs ont été douchés. Puis Najat Vallaud-Belkacem a été nommée, une femme, jeune, qui n’y connaissait rien, pas totalement française ni chrétienne, quelle catastrophe ! Les lazzis les plus bas, racistes, sexistes, ont fusé : cette jeune femme, il parait qu’elle ne va même pas chercher son enfant à l’école ! Bref, la jolie Najat allait mener le système éducatif à sa perte !

Premier obstacle : la mise en place des rythmes scolaires. Un dernier carré de maires, et non des moindres, jouait les tartarins : ils n’obéiraient pas ! La ministre n’a pas élevé le verbe et tranquillement, toujours avec le sourire, a assuré que tout se passerait comme la loi l’avait prévu et que les récalcitrants en rendraient compte devant la justice. Leur nombre a fondu et, cahincaha, la réforme s’est mise en place.

En octobre, elle reçoit les parents au ministère sur le thème de l’engagement des familles et de la démocratie à l’école : pas de grand bureau impressionnant ni de dorures, mais une table basse et une dizaine de parents qui entourent la ministre pour un café des parents, rencontre qu’elle souhaite reconduire régulièrement. Le style est dans la vaisselle : des gobelets de carton coloré et des serviettes en papier. La ministre écoute, prend des notes, se penche vers ses interlocuteurs. «  Ce sont des petits faits qui changent les choses  », déclare un représentant de parents.

Elle lance une consultation nationale sur le socle commun et les programmes de l’école maternelle et se fait interpeler par un député devant l’Assemblée nationale. Toujours une voix douce, pas un mot plus haut que l’autre, pas d’effet de manches : elle soulève le problème des performances du système éducatif, la nécessité de ne pas imposer des directives venues du haut, de faire participer tous les acteurs (enseignants comme Atsem), de permettre aux professionnels de réfléchir ensemble, dans une démarche d’équipe. Elle ne néglige pas pour autant les difficultés rencontrées par les maires et les parents lorsque les établissements sont fermés.

Lorsqu’elle présente la conférence nationale sur l’évaluation des élèves, elle annonce qu’elle ira régulièrement dans les classes pour échanger avec les enseignants sur leurs pratiques. Elle en profite pour préciser l’esprit de cette «  évaluation exigeante  », qui ne provoque pas le découragement et la relégation des élèves, mais les « stimule et les encourage  ».

La démarche est bien engagée : la refondation de l’école est loin d’être enterrée avec le changement de ministre, au contraire, mais les annonces sont effectuées avec modestie, assurance et confiance. L’écoute et le respect sont de mise. Le discours est clair.

Le temps des décisions va venir. Le baptême du feu. C’est là que nous verrons la ministre dans un nouvel exercice, celui du leadeur en butte aux résistances de tous bords, qui doit malgré tout avancer dans le sens qu’il a prévu : un grand classique dans l’Éducation nationale. Souhaitons une belle réussite à madame la ministre Najat Vallaud-Belkacem.

Sur la librairie

 

Enseigner, former : écrire
On n’y consacre guère d’attention. On se laisse bien souvent gagner par les facilités des formules toutes faites, ou encore le jargon du langage administratif. Regardons alors de plus près nos pratiques d’écriture et tentons d’en faire des opportunités de développement professionnel.