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N° 527 - Neurosciences et pédagogie

Face aux troubles de l’attention

Agathe Marcastel, Nathalie Bedoin

On entend beaucoup parler de l’hyperactivité et des troubles de l’attention. Qu’en disent les travaux scientifiques et qu’en faire à l’école ?

Le Trouble de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par une forte impulsivité, une importante distractibilité et une hyperactivité motrice. Il touche 5 à 10 % des enfants d’âge scolaire dont 2/3 demeurent impulsifs et inattentifs à l’adolescence, 11% le restant au-delà de 26 ans.

L’impulsivité se caractérise par de grandes difficultés à supprimer volontairement des comportements ou des paroles inadaptés à la tâche en cours. Par exemple, en classe, lorsqu’un enfant a tendance à débuter un exercice sans lire la consigne jusqu’au bout (au risque de manquer une information essentielle), lorsqu’il n’attend pas la fin de la question pour répondre ou qu’il a du mal à attendre son tour, il fait preuve d’impulsivité. Ces comportements sont normalement évités grâce à des capacités d’auto-régulation qui sont déficitaires dans le TDAH. Des fautes d’étourderie, une attitude rêveuse, des difficultés à terminer un travail ou à le faire dans les temps parce que d’autres pensées viennent l’interrompre, des retards fréquents, la perte récurrente du matériel, ou l’oubli des consignes dans les exercices ou les jeux sont autant d’indicateurs d’un manque de contrôle de la distractibilité.

L’hyperactivité motrice est quant à elle sous-tendue par un manque de contrôle de l’activité motrice. Elle se traduit sur le plan comportemental par des difficultés à rester en place et à s’empêcher de bouger les mains et les jambes tout en souffrant de cette agitation. Elle n’accompagne pas nécessairement le trouble de l’attention, ce qui peut retarder le diagnostic. Chez l’adulte, l’hyperactivité disparaît souvent pour laisser place à un sentiment d’agitation intérieure.

Evaluation et prise en charge du TDAH

En France, le diagnostic est posé par un neurologue. Il se base sur un entretien avec le patient, qui permet de retracer son histoire de vie et d’évaluer la gêne générée au quotidien par le trouble. Les réponses à des questionnaires contribuent aussi à dépister le TDAH, de même qu’un examen médical et des tests neuropsychologiques ciblant les capacités attentionnelles. Suivant l’âge et le retentissement de la pathologie dans le quotidien, une prise en charge pharmacologique peut être envisagée. Elle consiste en de petites doses de psychostimulant permettant de rééquilibrer la neurotransmission, ce qui exerce un effet calmant propice à une meilleure régulation du comportement et de l’attention. Ce traitement est généralement donné aux enfants et aux adolescents ayant un TDAH modéré ou sévère. Lorsque des contre-indications aux traitements existent ou lorsque la prise de psychotropes n’est pas souhaitée, des thérapies alternatives peuvent être proposées (techniques de relaxation ou de méditation). Des remédiations cognitives sont aussi proposées. Elles entraînent les fonctions cognitives déficitaires comme l’attention soutenue ou la mémoire de travail et sont basées sur un ensemble d’exercices dont le niveau de difficulté est hiérarchisé. L’objectif est de stimuler, dans un premier temps, des processus élémentaires de façon répétée, puis de s’appuyer sur les progrès afin de recruter des processus de plus haut niveau.

Au Laboratoire Dynamique du Langage (DDL), nous développons de nouveaux outils permettant d’affiner le diagnostic et la prise en charge des patients TDAH adolescents et adultes. En effet, les fonctions cognitives perturbées dans le TDAH sont celles dont le développement prend le plus de temps au cours de la vie, et les tests qui existent pour les enfants sont inadaptés pour les patients plus âgés. Aujourd’hui nous disposons d’encore peu d’éléments sur les déficits sous-jacents au TDAH des adolescents et des adultes et nos travaux proposent de compléter ces connaissances. Des épreuves informatisées sont donc créées afin de tester de manière fine deux mécanismes cognitifs spécifiquement déficitaires dans le TDAH : le contrôle de la distractibilité et l’inhibition volontaire de réponse.

Le TDAH au quotidien

L’impulsivité associée au TDAH est un facteur majeur de marginalisation de l’enfant, qui agit trop souvent sans suivre les règles du jeu, interrompt les conversations, intervient à l’école de façon peu pertinente et initie parfois des bagarres. A l’âge adulte, ces difficultés restent très présentes et peuvent retentir négativement sur des décisions aux enjeux plus importants que pendant l’enfance. Cette pathologie est aussi connue pour accroître les risques de comportement addictif par rapport à l’alcool, aux drogues, au jeu. Elle constitue un facteur de risque d’initiation précoce à l’utilisation de substances psychoactives, mais est aussi associée à une durée plus élevée de la dépendance et à une rémission deux fois plus lente. L’entrée dans l’âge adulte, avec l’augmentation des responsabilités et la nécessité d’une plus grande autonomie, pose des problèmes difficiles à dépasser en cas de TDAH.

Focus sur une étude 

Nous avons proposé à huit adultes TDAH de réaliser un bilan attentionnel composé d’épreuves standardisées et de nouvelles épreuves créées au laboratoire afin de caractériser finement le profil de chaque patient. Certains troubles ne se révèlent qu’en situation imposant de fortes demandes cognitives, ce que n’évaluent pas forcément les tests disponibles actuellement. Elles sont complétées par une épreuve réalisée en EEG (électroencéphalographie), permettant de mesurer l’activité cérébrale durant une tâche où il faut appuyer sur une touche à l’écoute d’un certain son et inhiber la réponse si le son est différent. Cette mesure nous permet de comprendre quelle stratégie cognitive est mise en place lors du processus d’inhibition. Celui-ci peut être planifié de manière proactive, c’est-à-dire en amont de la commande motrice, ou de manière réactive, en supprimant au dernier moment les activations motrices. Chez les participants sans pathologie ces processus se réalisent de manière systématique dans chaque situation d’inhibition de réponse. Chez les participants TDAH nous nous sommes rendus compte que certains s’appuient uniquement sur le mode proactif tandis que d’autres privilégient le mode réactif. D’autre part l’activation de ces modes est plus faible que chez les participants sans pathologie. La faible activation d’un seul des deux modes d’inhibition de réponse se traduit sur le plan comportemental par l’impulsivité des participants TDAH.

La remédiation cognitive est une piste prometteuse quant à la réduction des symptômes liés au TDAH chez l’adulte. Il est vraisemblable qu’une répétition de l’entraînement permette de prolonger et d’approfondir les bénéfices. Peu coûteuse, facilement installable sur les ordinateurs personnels, cette prise en charge est par exemple adaptée aux étudiants durant les vacances scolaires. Chez les plus jeunes, en complément ou non d’une prise en charge pharmacologique, l’impact de cette remédiation pourrait être extrêmement positif sur la vie en classe et les apprentissages en permettant un contrôle plus actif du comportement. Un protocole est d’ailleurs mis en place auprès d’adolescents TDAH. Cette recherche est en cours, mais ouvre la voie à des pistes thérapeutiques nouvelles, sans contre-indications médicales, sans effets secondaires et caractérisées par une grande facilité de prise en main.

Agathe Marcastel
Psychologue-Neuropsychologue, laboratoire Dynamique du langage, université Lyon 2

Nathalie Bedoin
Maitre de conférences, laboratoire Dynamique du langage, université Lyon 2

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Neurosciences et pédagogie
Les neurosciences provoquent des polémiques. Pour certains, elles représentent une menace pour une vision humaniste de la pédagogie. Pour d’autres, elles produisent des résultats évaluables qui feraient office de preuves. Est-on condamné à cette logique binaire ?


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