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Actualité éducative du N° 415 - juin 2003

Face à la guerre : une action mise en place dans une classe

Par Patrice Bride

L’Irak a pendant ces deux derniers mois occupé les écrans, les rues, les consciences.
Il y a eu l’angoisse liée à la chronique d’une guerre annoncée, à ces morts programmées qu’on nous disait inéluctables et nécessaires... Nécessaires !
Il y a eu la réalité de cette guerre qui a, en définitive, pris de court tous ceux qui, jusqu’au bout, ont fait semblant de croire à une autre raison que la raison du plus fort.
Dans nos classes, nos établissements, nous avons été confrontés aux questions de nos élèves, souvent démunis devant les images et les discours d’adultes aux prises avec leurs contradictions.
Quelles réponses apporter ? Quels débats ? Dans quels cadres ?
Patrice Bride rend compte de ce qu’il a pu mettre en place dans le cadre de son enseignement.

Je suis professeur d’histoire au collège Elsa Triolet, situé dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux (69). La quasi-totalité de mes élèves est d’origine immigrée récente, en provenance des cinq continents, avec une forte proportion d’origine du Maghreb. J’ai consacré au moins une heure dans toutes mes classes à travailler sur l’actualité au Proche-Orient, à partir d’une carte de la région construite avec les élèves, d’extraits d’une déclaration de syndicalistes américains contre la guerre et d’un discours de Bush. Et avant ce travail, je leur ai d’abord demandé de faire le point sur leur propre connaissance du sujet :
- 1. Raconte par écrit tout ce que tu sais sur ce qui se passe actuellement entre les États-Unis et l’Irak.
- 2. Comment as-tu appris ce que tu sais sur le sujet ? (radio, T.V., famille, amis...)
- 3. Quelle est ton opinion sur ces événements ? (si tu en as une...)
- 4. Quelles sont les questions que tu te poses à propos de cet événement ?
Les réactions les plus intéressantes sur le fond viennent d’une classe de troisième. La distinction entre les questions 1. et 3. n’allait pas de soi, c’était un premier intérêt de ce travail. Voici quelques extraits de textes d’élèves, qui me semblent représentatives :

Anne-Patricia :
- 3. Mon opinion est que je suis ni pour ni contre la guerre. G. Bush parle souvent du 11 septembre en disant que c’est les Irakiens qui ont fait ceci. Mais ce n’est pas les Irakiens. Mais je veux aussi que S. Hussein parte du pays parce qu’il torture les familles qui ne sont pas de son avis, les gens n’ont pas le droit d’exprimer leur opinion.
- 4. Il y a beaucoup de gens de tous les pays qui manifestent contre cette guerre mais G. Bush n’en tient pas compte. Pourquoi ? Il y a des boucliers humains en Irak, mais G. Bush lance des missiles. Pourquoi ?

Mohamed :
- 3. Mon opinion c’est que c’est injuste pour les Irakiens parce qu’il y a beaucoup de morts, mais pour les gouvernements ce n’est pas injuste parce que Saddam est un dictateur.

Tahar :
- 3. Je pense que cette guerre va aggraver l’opinion des musulmans par rapport aux Américains. Je pense que cette guerre est injuste pour les civils irakiens. Je pense que les Américains font cette guerre pour avoir le pétrole irakien. Par la télé, j’ai vu que cette guerre a provoqué une grande faille entre l’ONU et l’UE.

Patrice Bride, professeur d’histoire au collège Elsa Triolet, Vénissieux (69).