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N° 530 - Former les futurs citoyens

Et si on parlait plutôt d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale ?

Laurence Rigollet

Pourquoi et comment élargir l’éducation à la citoyenneté à celle de la solidarité internationale, tel est le sens de cet article.

Au-delà d’une citoyenneté de statut, il s’agit avant tout d’une citoyenneté de participation et d’engagement ouverte sur le monde. Indissociable de la citoyenneté, la solidarité est comprise dans un esprit de respect et de reconnaissance réciproque entre les différents acteurs de la société décidés à agir ensemble pour mettre un terme aux violations des droits fondamentaux, pour renforcer le vivre-ensemble. Cette solidarité ne s’impose pas, c’est d’abord un choix. Citoyenneté et solidarité sont les deux facettes complémentaires du levier de changement actionné par les acteurs de l’ECSI.

On parlera donc ici davantage d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale que d’éducation à la citoyenneté tout court, considérée comme restrictive par les acteurs associatifs, notamment dans un monde interdépendant, où les actions menées ici ou là-bas ont des conséquences de l’autre côté de la planète.
L’ECSI est présente dans les textes officiels.

L’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (l’ECSI) est présente à la fois dans les bulletins officiels et instructions pédagogiques du Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis 1984, ainsi que dans la Loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale parue en juillet 2014. Dans ces textes officiels, elle apparait comme l’élément «  visant à donner aux élèves des clés de compréhension des grands déséquilibres planétaires et à encourager leur réflexion sur les moyens d’y remédier, en contribuant à la compréhension des interdépendances environnementales, économiques, sociales et culturelles à l’échelle mondiale  ». En tout cas, cette ECSI ne peut laisser personne indifférent, pour peu que l’on s’intéresse au monde qui nous entoure, que cela soit au niveau local, national ou international.

Une ECSI qui met les citoyens au cœur des politiques publiques

Cette ECSI a le formidable objectif de convaincre les citoyens et ce, dès le plus jeune âge, de leur capacité à tous, de comprendre la complexité du monde qui les entoure, les mécanismes d’interdépendance et d’exclusion, les origines des inégalités, d’avoir une opinion personnelle fondée sur les informations et sur les connaissances acquises au cours de leurs recherches, de développer un esprit critique et enfin de favoriser la construction d’un monde solidaire grâce à une démarche citoyenne. L’ECSI constitue un outil idéal pour aborder les grands enjeux du monde présents notamment dans les programmes scolaires, quelles que soient les disciplines enseignées. Elle constitue un vivier illimité pour réfléchir, s’interroger et agir, en partenariat avec d’autres, puisque l’ouverture, notamment aux associations, est encouragée. C’est donc une excellente formation pour la mise en pratique d’activités, présentes ou futures, de citoyens.

Avec l’ECSI, le «  vivre ensemble  » a un sens

Par ailleurs, dans un contexte mondial difficile où la notion du «  vivre ensemble  » doit être renforcée, l’ECSI, par les valeurs qu’elle porte et la démarche qu’elle propose, prend tout son sens. Elle est porteuse d’enjeux forts que les membres de la plate-forme Educasol (plate-forme française d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale) s’étaient déjà donné voilà dix ans maintenant. Avec la volonté de rassembler les acteurs de l’ECSI pour mieux partager expériences, outils, propositions et faire entendre collectivement leur voix pour défendre une ECSI totalement partie prenante des politiques éducatives et de développement, Educasol s’est constituée en association après avoir été plate-forme informelle.

Une charte qui identifie les contours de l’ECSI

Dans le cadre d’un travail mené pendant deux ans sur l’évolution des concepts, une Charte a été adoptée à l’unanimité de ses membres. Cette charte identifie les valeurs défendues par l’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale, précise les démarches par lesquelles cette ECSI peut se diffuser, identifie une vision et enfin, donne des pistes pour que la réflexion aboutisse à des actions concrètes et à un engagement dans la cité, que cela soit ici ou là-bas.

Parce qu’elle bénéficie au plus grand nombre et qu’elle répond aux enjeux du monde actuel, l’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale, sert l’intérêt général. A ce titre, il est important qu’elle soit encouragée et soutenue par les Etats. Elle prône des valeurs de responsabilité, de solidarité, de laïcité et de libre arbitre.

L’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale valorise des alternatives en cours partout dans le monde.

Dans un souci de cohérence mais aussi d’efficacité, l’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale pense les enjeux économiques, environnementaux, culturels et sociaux à l’échelle des différents territoires. De la même façon, Il est nécessaire de prendre en compte tous les niveaux de changement – individuel, collectif et institution.
Elle contribue à la construction personnelle de citoyens informés, capables de faire et d’assumer des choix individuels et collectifs.

La vision de l’éducation à la citoyenneté défendue par Educasol prend en compte tous les niveaux d’interdépendance : local, régional, national, européen et international.
Les changements visés par l’ECSI se déclinent en termes de savoirs – comment fonctionne le monde, de représentations – quels regards sur le monde, d’attitudes – savoir-être, valeurs, postures, de comportements et de savoir-faire – manières d’agir sur le monde.

Les acteurs de l’ECSI qui ont participé à la rédaction de cette Charte se sont rassemblés autour de principes communs comme la participation – les acteurs sont dans les échanges, l’auto-formation, la co-construction ; le partenariat – avec un principe de réciprocité et d’égalité entre acteurs ; la construction d’alliances autour de responsabilités et de valeurs partagées ; le partage d’expériences pour le bénéficie de tous ; l’évaluation – pour mieux savoir si les projets menés contribuent à long terme aux changements souhaités, attendus ou… inattendus.

Les modalités d’actions sont nombreuses et diversifiées : elles vont de l’information/sensibilisation, au montage de groupes d’échanges, de réflexions, de capitalisation, en passant par l’animation, l’organisation de projets pédagogiques, pour aller de plus en plus vers la mobilisation citoyenne et le plaidoyer. De nombreux exemples existent, souvent très novateurs et originaux. Certains membres de la plate-forme en proposent dans ce dossier. Ils donneront un éclairage concret bienvenu et source d’inspirations.

Les partenariats sont encouragés dans ce domaine : établissements scolaires, associations, collectivités territoriales mènent depuis longtemps des actions d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale. Ces partenariats valorisant les complémentarités, les échanges de points de vue, mais aussi les difficultés rencontrées, à travers des outils et des projets pédagogiques, des actions de solidarité, des temps d’échanges et de débats, il est important que ces collaborations se développent dans un seul objectif partagé : celui de la formation d’élèves tolérants, ouverts sur le monde, conscients de ses inégalités et qui souhaitent prendre une part active à la construction d’un monde solidaire et durable.

Laurence Rigollet
Educasol

Sur la librairie

 

Former les futurs citoyens
Mise en place du nouveau socle commun, de l’enseignement moral et civique : l’éducation à la citoyenneté, thème souvent abordé par les Cahiers pédagogiques, revient au cœur des préoccupations. De quelle éducation à la citoyenneté parle-t-on ? Comment ne plus la confondre avec une éducation au civisme et à la civilité ?


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