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Le CRAP en régions - Nord

Et si on faisait dialoguer les disciplines ?

2ème journée régionale des Cahiers Pédagogiques

Brouhaha dans l’amphithéâtre de Polytech Lille, une école d’ingénieurs dont la créativité se perçoit dès l’entrée. Il est 10 heures, les gens s’installent. Une soixantaine de participants, malgré un long week-end de Pâques, se sont déplacés pour la 2ème journée régionale des Cahiers Pédagogiques dans l’Académie de Lille. Ainsi s’ouvre la journée placée sous le signe de l’interdisciplinarité et de l’envie de travailler ensemble, journée que nous rapporte Céline Walkowiak.

La tension monte pour Francis Blanquart et moi-même : nous intervenons les premiers ce matin pour présenter "Réussir l’école du socle", l’ouvrage que nous avons publié il y a à peine un mois chez ESF. C’est une première pour nous, la première fois que l’on prend la parole dans un amphi aussi beau et grand, la première fois que nous présentons un ouvrage (et parfois, nous nous demandons s’il n’est pas aussi complexe de parler d’un livre qu’on a écrit... que de l’écrire), la première fois que nous proposons de débattre avec nous sur ce « dialogue des disciplines » qui nous semble fondamental pour répondre aux nouveaux enjeux de l’école, la première fois que nous sommes assis à côté de Claude Lelièvre, et cela nous intimide un peu.

Les trois interventions de la matinée se succèdent sans redites. Yannick Mével a proposé de nous interviewer, pour que notre intervention soit plus dynamique. Nous abordons les questions de collectif pédagogique, d’entre-deux disciplinaires et de construction de l’autonomie des élèves dans les apprentissages.

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Claude Lelièvre, avec son regard d’historien, revient sur ce qu’a été cette cohabitation des disciplines, et notamment sur le « non-dialogue » qu’elles entretiennent entre elles depuis longtemps. Il explique la hiérarchie des disciplines, la lutte entre disciplines dominantes et disciplines dominées, interroge les constituants d’une discipline, batterie d’exercices et évaluation propres, qui l’empêchent, par essence, de dialoguer avec les autres. Il prend l’exemple d’une discipline comme l’allemand, qui, en incluant dans son enseignement l’étude de la grammaire pour s’aligner sur l’enseignement du latin et du grec, devient une discipline prédominante sur l’anglais dans les cursus d’excellence. Il interroge « l’extraordinaire chaos dans lequel nous sommes », avec les trois logiques d’enseignement actuellement en lutte : la logique des programmes, celle du socle et des compétences et celle des « Education à ». Sans vouloir décourager les expérimentations de terrain qui l’entourent, il s’inquiète de l’influence des innovations, en rappelant que toute tradition a été un jour une innovation, et qu’il faut « avancer dans le bon ordre sans faire de luttes frontales ».

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Cédric Pignel, enseignant de sciences au collège expérimental Clisthène de Bordeaux, présente, lui, des exemples très concrets des semaines interdisciplinaires au collège Clisthène, six programmées dans l’année, sur des thématiques fédérant au minimum deux disciplines. Il explique l’animation pédagogique de ces semaines, et donne à voir les différentes étapes de réflexion des disciplines concernées : Cibler les objectifs pédagogiques de chaque discipline, se concerter pour faire une fiche projet et une fiche élève. Il met en garde contre la fausse interdisciplinarité qui se contente de juxtaposer les disciplines, sans réel dialogue entre les contenus. Son intervention, très concrète et étayée par des productions et paroles d’élèves, ainsi que la limpidité de sa présentation, séduit le public.

Les questions en fin de matinée interpellent tous les intervenants. Par exemple, comment utiliser le plan de formation proposé dans notre livre ? Quid des enseignants qui enseignent avec des bivalences ? Faut-il forcément avoir des affinités avec les collègues pour travailler en interdisciplinarité ? Sur ce point, les intervenants sont unanimes : c’est sur le terrain professionnel qu’il faut replacer le débat, pour faire dialoguer les contenus d’enseignement, plus que les personnes.

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Faire dialoguer des personnes, sur un tel sujet, est l’objectif de cette journée régionale des Cahiers, et le repas, tout comme les ateliers de l’après-midi, sont des moments privilégiés de ces échanges : un enseignant, en rédaction de thèse sur le sujet, est venu de Paris, des chefs d’établissements, des formateurs, des inspecteurs, des enseignants en lycée professionnel, en collège, en lycée, de toutes les disciplines sont là.

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Les cinq ateliers de l’après-midi présentent des pratiques de terrain initiées dans des contextes différents, et ancrent dans la réalité du quotidien ces pratiques interdisciplinaires :

*L’équipe du Collège de Loos-en-Gohelle se compose de 3 enseignants, d’un assistant d’éducation et d’un chef d’établissement, Pascal Thomas, qui ouvre l’atelier en présentant son point de vue fédérateur de Chef d’établissement de ce dialogue des disciplines. Puis, chaque intervenant prend la parole tout à tour au grès du déroulement d’une carte heuristique. Passant en revue une kyrielle d’expérimentations mises en place au collège, ils donnent à ceux qui les écoutent l’envie d’innover à travers ce champs des possibles.

*Angélique Deffontaine, professeur de français et d’histoire-géographie au Lycée du bâtiment Louis Loucheur à Roubaix met en évidence la nécessité de faire le lien avec les matières professionnelles pour montrer l’intérêt des disciplines générales à des élèves marqués par les difficultés voire l’échec scolaire. Elle explique comment faire des projets plus ou moins ambitieux en fonction des années et aller jusqu’au bout pour ne pas décevoir ses élèves devient une dimension incontournable de son métier.

*Sylvain Hannebique, dans un atelier 1er degré, sur la pédagogie Freinet présente des pratiques d’écriture en Pédagogie Freinet multiples, plurielles, entrecroisées et reliées, avant de traiter particulièrement la question du dialogue et de la coopération entre des disciplines.

*Plutôt que d’injecter les moyens horaires dans des dispositifs "hors classes" de type "soutien", le collège Vadez de Calais a mis en place un module hebdomadaire interdisciplinaire en classe de 6e. Chaque classe est alignée avec une autre sur un créneau de deux heures encadré par deux professeurs de mathématiques, un professeur de français et un professeur des écoles. C’est cette expérience qui nous est racontée par Guillaume Caron et Yasmine Vasseur

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La journée se termine avec un mot de Yannick Mével, grand témoin de la journée, qui fait résonner les échanges de la journée avec un article publié en 1958 dans les Cahiers Pédagogiques, par une enseignante d’allemand, qui examine quelle matière pourrait remplacer le latin comme discipline structurante dans la filière moderne.

Christine Vallin, rédactrice en chef des Cahiers Pédagogiques, venue en fin d’après-midi, clôture la journée, en rappelant que des contributions variées, sous des formes diverses, sont toujours les bienvenues aux Cahiers Pédagogiques.

Céline Walkowiak

Réactions des participants :

« Je retiens que des enseignants peuvent se mobiliser un samedi d’un week-end de trois jours, que l’on peut "oser" en pédagogie...même si je le savais déjà ! C’est rafraichissant de rencontrer des personnes d’autres établissement, d’autres catégories, hors postures hiérarchiques et jeux de rôles stériles et qui partagent des valeurs communes. »

« Je suis toujours fan pour entendre de nouvelles découvertes pédago-didactico expérimentales. Le socle étant un basique au collège en ce moment savoir comment des établissement s’en emparent et osent dire ce qu’ils en font c’est toujours intéressants. J’ai aimé l’intervention de l’équipe de Loos sur le fond et la forme aussi bien le matin que l’après-midi. Maintenant il faut creuser plus et en retirer quelques idées pour enseigner. »

« J’ai aimé que le livre de Céline et Francis soit sorti, présenté par les auteurs avec clarté et enthousiasme. J’ai aimé que la journée traite d’un sujet qui me tient à cœur, l’interdisciplinarité et que ce soit si fermement bien expliqué. »

« Claude Lelièvre dispose de repères et d’un recul qui était très intéressant mais ouvrant sur beaucoup de problématiques, difficile d’échanger lorsqu’on ne dispose pas du même recul et repères. Des affirmations dans un laps de temps trop court pour aborder les questions de fond, l’histoire des disciplines, les freins et obstacles, la mise en perspective de l’avenir. »

« J’ai aimé entendre la conférence d’un Claude Lelièvre en pleine forme. »

« L’intervention de Cédric Pignel était très détaillée, descriptive, avec des idées à prendre. Quelle satisfaction de constater que ça existe, que c’est possible, que le dialogue et le travail commun lorsque les uns et les autres le veulent se concrétise. »

Cédric Pignel : « J’ai trouvé cette journée enrichissante car la rencontre avec des collègues motivés, cultivés et curieux sont toujours source d’enrichissement. Même (et surtout si) les points de vue sont différents, ils obligent à la réflexion sur nos pratiques et nous donnent envie d’essayer, de tenter, de proposer. Enrichissante car l’accueil fut parfait et chaleureux.
Ceci ma de nouveau convaincu de l’importance, pour un collège expérimental comme Clisthène, d’échanger non seulement avec les autres établissements expérimentaux (au sein de la FESPI) mais aussi et surtout avec les établissements "classiques" qui innovent malgré des contraintes plus grandes. »

« J’ai aimé l’après-midi échanger avec des collègues du 1er et du 2nd degré qui ne sont pas dans la plainte mais dans l’action, dans les actions pédagogiques. J’ai aimé constater la prise de risque de Yasmine Vasseur, débarquant dans un nouvel établissement et se laissant embarquer par Guillaume Caron dans une aventure fructueuse mais inconnue pour elle. »

« Je ne suis venue que l’après-midi, mais j’ai bien aimé le principe des ateliers qui permettaient un réel échange avec les intervenants mais aussi avec des collègues. Ce dispositif permet de raccrocher les dispositifs pédagogiques présentés à notre pratique, de s’interroger ensemble.
Cela m’a permis aussi de découvrir concrètement en quoi consiste la pédagogie Freinet. »

« Le moment de synthèse avec les quelques mots de Christine Vallin était une bonne idée afin que l’on ne disperse pas sans "fédération" finale avant le départ ! »

« L’accueil était très sympathique. J’ai beaucoup apprécié avoir un dossier avec les documents concernant les cahiers pédagogiques. Cela m’a donné envie d’en lire quelques-uns. Cette journée m’a fait aussi connaître le site internet des Cahiers Pédagogiques. »

Et le mot de la fin revient à Véronique Vanhaesebrouck, organisatrice de la journée et correspondante académique des Cahiers pédagogiques :

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« Organiser une journée comme celle du 30 mars c’est :
L’enthousiasme de lancer un projet avec une petite équipe
La satisfaction de rencontrer des gens qui trouvent le projet intéressant et permettront l’organisation de la journée
L’agacement de toujours devoir relancer les mêmes personnes pour obtenir ce qui a été décidé.
Le doute, cela va-t-il vraiment intéresser les gens ?
La hantise des désistements, vont-ils venir un samedi de WE de Pâques ?
La peur d’oublier quelque chose d’essentiel
Le stress de la veille jusqu’au démarrage
L’effervescence de l’accueil
L’apaisement progressif quand le silence s’installe dans l’amphi pour démarrer
L’intérêt pour la qualité propos des différents intervenants
Ravie par convivialité des échanges autour d’un apéritif et le prolongement au cours du repas.
Emerveillée d’entendre les pratiques collectives des uns et des autres
Etonnée, de constater qu’après 16h30 nous sommes encore plus d’une vingtaine pour clore la journée.
Rassurée par le partage de valeurs communes.
Redynamisée par les enthousiasmes des uns et des autres et les valeurs communes partagées au cours de la journée.
Convaincue de la nécessité d’organiser des moments comme ceux-ci trop rares, voire inexistants au sein de l’institution. »


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