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Et si l’abstention avait à voir avec la difficulté ?


La conscience de l’importance du vote et de la prise de décision démocratique est inscrite dans le pilier 6 du socle commun portant sur les compétences sociales et civiques. La démobilisation des électeurs lors des élections régionales interroge-t-elle l’école ? Pour répondre à cette question, encore faut-il pouvoir donner du sens à l’abstention. Le désintérêt apparent pour la politique traduit certainement des réalités multiples, entre indifférence et rejet. Les analystes et sondeurs qui s’expriment abondamment dans la presse ne manquent pas de livrer leurs interprétations, liées au contexte politique actuel, à la crise économique ou bien à la montée des individualismes. Cependant on peut penser que le vote ne change pas la vie des gens et que la prise de décision n’est pas toujours aussi démocratique qu’il y parait. De même que la politesse ne garantit en rien les valeurs morales d’un individu, voter ne fait pas forcément le bon citoyen. D’autres formes d’engagements s’expriment ailleurs, à travers le militantisme associatif ou les mouvements sociaux, pour le droit au logement ou contre les expulsions de sans-papiers, et pourquoi pas en faisant la grève des trousses
Il n’en reste pas moins que nous sommes face à une crise du politique dont la source est non seulement à chercher du côté d’une perte de la citoyenneté mais également dans les difficultés sociales et économiques que vivent au quotidien les gens. Leur accumulation contribue à constituer des personnes en difficulté, et faisons l’hypothèse qu’elles ne sont pas si éloignées des élèves en difficulté qui sont dans nos classes.
L’élève en difficulté est donc d’abord une personne en difficulté, la scolarité n’étant qu’un aspect d’une réalité plus profonde. Bien sûr parler de la difficulté en tant que telle a quelque chose de réducteur et finalement d’abstrait. Si l’on s’en tient aux élèves, le dossier que nous venons de sortir (N°480 – Travailler avec les élèves en difficulté) montre combien derrière une expression facile, presque devenue réflexe, les réalités sont complexes, les cas bien différents les uns des autres. Mais pèse sur chacun le poids d’un échec qui risque de durer dans la vie adulte. Celui qui n’a pas trouvé sa place à l’école a peu de chances de la trouver dans la société. Les réponses apportées par l’école comme celles proposées sur le plan social ne parviennent pas à empêcher la relégation. Celle-ci ne fait pas pour autant des individus forcément incapables, mais fatalement maintenus en dehors des critères de la réussite. En cela l’idéologie du mérite, condescendante et dominatrice, rejette davantage qu’elle donne ses chances à chacun. Les incivilités des élèves ou leur absentéisme, comme le refus de voter, peuvent traduire moins une perte de civisme et de valeurs que le sentiment d’être exclu.
L’enseignement des droits et devoirs du bon citoyen, des règles de la vie collective, des institutions et des symboles de la République, tout cela n’a de sens que si chacun ne se sent pas écrasé par un déterminisme scolaire et social.

François Malliet