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Et pour l’heure ou la journée de la sortie, que faites-vous ?

Des témoignages d’adhérents du CRAP.

24 juin 2005

Pour en finir avec les dernières heures qui s’effilochent, les ambiances léthargiques ou électriques, l’impression qu’on n’a plus rien à faire ensemble, quelques témoignages d’adhérents du Crap. Trop tard sans doute pour cette année, mais juste bien pour l’an prochain !


Le rallye des révisions

Depuis plusieurs années, un rallye est organisé dans mon collège à destination de toutes les classes de sixième. Il s’agit d’une succession d’énigmes que des petits groupes d’élèves doivent résoudre d’une part pour deviner des lieux où se rendre, d’autre part pour accumuler un certain nombre de points. Ça se passe sur un après-midi, ça demande pas mal de préparation, mais c’est toujours une grande réussite tant tous les participants, enseignants et élèves, se prennent au jeu. C’est une occasion de multiplier les petits exercices dans chaque discipline, comme des révisions de fin d’année ; le mélange entre élèves (en gros un de chaque sixième, y compris SEGPA et UPI, dans chaque groupe) et professeurs (un accompagnateur par groupe, plus ceux qui s’occupent des lieux, environ 35 adultes) contribuent à une très bonne ambiance. Même si c’est une activité très ponctuelle, on a envie de croire que ça participe au climat relativement positif du reste de l’année...

P.B., Vénissieux.


L’heure des bilans et du kangourou

Arrivée en septembre dans mon lycée, j’ai vécu ma première fin d’année dans cet établissement, des moments très pénibles : élèves absents, emploi du temps modifié sans en être avertis, batailles d’eau et de farine dans les couloirs, lycée envahi de papier PQ, un élève ivre ... D’autant que le personnel administratif était entièrement mobilisé pour les inscriptions et les examens, qu’aucun prof n’ose dire quoi que ce soit, qu’il n’y a pas de consignes précises et que certains parents cautionnent les débordements de leurs enfants.
Avec mes premières, on a travaillé jusqu’à la dernière heure et terminé sur un bilan individuel et anonyme (qu’est-ce que j’ai appris cette année en mathématiques ?), je leur ai ensuite demandé de me dessiner les mathématiques (très intéressant à étudier).
Avec mes deux classes de seconde, j’ai voulu consacrer les dernières heures à la réalisation de panneaux : trois thèmes au choix qui permettait de réinvestir plusieurs notions abordées dans l’année (pavage du plan par des dessins figuratifs, réalisation des solides de Platon, motifs à partir de figures isométriques), j’ai acheté le matériel, laissé les groupes se faire autour de leurs projets, j’avais des documents (oeuvres d’artistes, livres autour du pavage, documents historiques...) pour donner une idée de l’objectif à atteindre. Les panneaux devaient être affichés dans la cafétéria à l’occasion d’un goûter où les prix du kangourou des maths seraient distribués (l’idée du rituel !).
Dans une classe il y a eu un investissement de tous, bonne ambiance de travail et des discussions intéressantes pendant les travaux, certains ont même demandé à revenir hors cours pour terminer...le bonheur ! Ce travail a été l’occasion de revoir des notions mathématiques abordées tout au long de l’année et j’ai pointé les compétences utilisées. Dans l’autre, rien : "On est venu parce qu’on était obligé" "On n’a pas de crayons, on pensait pas travailler", "Pourquoi on joue pas aux cartes comme dans les autres cours ?" Résultat au goûter, ils ont pris leur cadeau, bu, mangé et sont partis le plus vite possible. Je suis restée avec quelques élèves, désolés pour moi... pas tant que moi !
Comme quoi ce qui peut être très positif dans une classe, peut ne pas fonctionner dans une autre. C’est toute la difficulté de notre métier, s’adapter, composer encore et encore.

S.G., lycée, Nantes.


Quand il manque du collectif

Pour la dernière heure, j’essaie d’avoir un quelque chose de symbolique : re-jouer des scènes d’une pièce étudiée pendant l’année, par exemple, comme un « cadeau » qu’on se fait ensemble à la fin. Cette année, c’était un recueil très artisanal des poèmes de la classe, en 3e (11 élèves ont été volontaires pour “donner” et saisir un ou deux poèmes, sur 22). Le recueil est donné le dernier jour, avec un petit verre à boire, le jour où ils sont tous là parce qu’ils “rendent les livres”. Echange de signatures, lectures par certains de leur poème...
Mais bon, ça c’est individuel et ça ne marche qu’à moitié. Il manque quelque chose de collectif qu’il faudra bien recréer si on veut avoir un peu plus de plaisir à travailler ensemble.

F.C., collège de l’Oise.


Un goûter très professionnel

Dans notre lycée, nous avons réussi à maintenir jusqu’au bout la classe de terminale Bac Pro Secrétariat et, pour se quitter sur une bonne note, elles ont voulu organiser un goûter avec l’ensemble des profs, le Cpe...Vous auriez vu comment elles étaient contentes de mettre en pratique les techniques de secrétariat qu’elles avaient apprises. Elles ont bien rédigé des courriers d’invitation pour les profs, le Cpe et aussi pour l’Administration. Elles en ont même fait un aussi pour le personnel de cuisine, pour garder au frais boissons et autres.
Résultat : tout le monde ( profs, Cpe) avait répondu à leur goûter mais, elles étaient très amères parce que personne de l’administration n’est venu. Quel dommage, elles étaient déçues, allant même jusqu’à dire " que cela ne se serait pas passé de cette façon avec une classe de la section du Général !".
Pour les secondes générales, l’ambiance du dernier samedi a été plus agitée.En effet, certaines faisaient un goûter dans leurs salles de cours et d’autres devaient visionner un film dans l’amphi.Résultat : un débordement total d’élèves qui voulaient sortir de l’amphi pour rejoindre des camardes qui goûtaient et, d’autres qui ont joué aux dessinateurs sur les murs dans le hall du lycée et dans les toilettes...
Mais à côté de cela, grande surprise : des élèves se sont portés volontaires pour aider sur une semaine la documentaliste à ranger les livres.
Comme quoi, on peut tout attendre, le meilleur comme le pire des ces dernières heures.

S., lycée professionnel.


Se dire l’essentiel

Tout au long de l’année, j’ai fait écrire mes élèves (ceux de toutes mes classes) à des moments-clés. Le premier jour à propos d’une citation - par exemple "très loin à l’est, c’est l’ouest" pour les 5ème, et d’une carte un peu particulière - cette année, le monde vu d’Australie. A la fin de chaque trimestre, ils ont fait un bilan sur les apprentissages, les relations dans la classe, leurs joies et déceptions... Je leur rends comme promis tout ce qu’ils avaient écrit à ces occasions. Je leur demande, s’il en ont envie, de relire et d’écrire une dernière fois pour faire le point : ce qui a changé chez moi pendant ces dix mois, ce que je regrette de ne pas avoir appris, mon meilleur souvenir, si c’était à refaire..... Je suis en train de répondre à chacun. Quand je leur aurai rendu cette dernière feuille, jeudi, ce sera fini....et je n’aurai plus ce sentiment diffus d’abandon quand ils partent sans qu’on puisse se dire l’essentiel, c’est-à-dire pour moi l’importance de la rencontre qui a eu lieu...

F.L., collège.


« Tiens tout a changé ce matin, je n’y comprends rien, c’est la fête ... au collège ! »

Mardi 21 Juin, fête de la musique et donc fête du collège.Chants par toutes les classes : les airs étudiés dans l’année, les chansons écrites en IDD dans les ateliers d’écriture qui ont révélé le tube de l’été : « Ah ! que j’aime les biscuits, les biscuits, cuits, cuits, cui, cui, cui ». On peut commander le CD. La chorale a entonné bien sûr l’air tant attendu des « Choristes » puis a essayé d’entraîner l’assistance à la suite d’Alain Souchon, Manu Chao et Michel Fugain. L’UNSS a fait la preuve de son professionnalisme et de son efficacité au service de la santé physique , de la puissance et de la grâce : démonstration de trial, gymnastique et chorégraphies.
Une après-midi qui fut très appréciée de tous, des parents venus très nombreux , des élèves heureux...

N.L., Collège de Boulogne sur Gesse (31).


Et ailleurs ? un écho des USA

Lorsque j’étais dans un lycée français à New York, les habitudes de l’école étaient inspirées de la culture américaine. Nous avions donc une réunion d’accueil très solennelle au début de l’année et, à la fin, une “cérémonie” de clôture. En particulier pour les élèves qui quittaient un cycle, il y avait la “graduation” (à prononcer avec l’accent SVP) où les élèves sont en toge et barrette (le chapeau) avec discours et photos (chacun a vu ça au cinéma...). La fin de l’année était très structurée.
Je ne suis pas en train de dire qu’il faudrait reproduire cela à l’identique. Chaque pays a sa propre culture et doit construire ses propres normes. Mais je crois sincèrement, que les rituels sont structurants et qu’ils contribuent grandement au sentiment d’identité et d’appartenance. L’école française devrait s’interroger sur les moyens de renforcer ce sentiment. Je crois que cela correspond à un réel besoin. J’ai été frappé l’an dernier par la manière dont les élèves se réappropriaient le rituel de la photo de classe : des élèves d’une même classe s’étaient fabriqués tout seul des écussons du lycée, d’autres étaient tous venus avec une cravate...
La dérive, quand cela ne vient pas de l’institution, c’est que ça peut déboucher sur des rituels sauvages et porteurs de valeurs contestables : bizutage, violence gratuite de fin d’année, ...
Je crois vraiment que nous donnons de biens mauvais repères aux jeunes lorsque nous laissons par fatigue ou par démission, se développer des situations anomiques.

P.W., lycée, Essonne.