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Et maintenant ?

Par Jean-Michel Zakhartchouk

Bilan. Des échanges roboratifs, des conclusions forcément provisoires. Les travaux sont en cours !

À l’issue de ces assises : une satisfaction ? Un regret ?

Une grande satisfaction : le fait d’avoir pu organiser une vraie confrontation d’idées, en échappant à la succession des discours d’intervenants s’écoutant peu les uns les autres. Il y a eu de véritables interactions : des divergences ont pu s’exprimer, par exemple autour du socle commun ; certains ont semblé parfois « réfléchir tout haut », par exemple sur les limites de l’autonomie, sur l’équilibre à trouver entre audace pour mettre en œuvre le changement et pragmatisme vis-à-vis de professionnels échaudés par des réformes régressives et brutales. On peut également souligner que les questions et interventions venant de la salle ont été fort intéressantes. On a eu des témoignages vivants sur ce qui se passe dans des établissements, en écho à ce qu’ont pu dire à la tribune les deux enseignantes et militantes du CRAP, Hélène Eveleigh et Annie di Martino.

Un regret : le trop faible écho médiatique. Certes, la présence de deux journalistes pour animer les tables rondes a été appréciable. Et les assises ont cependant été bien relatées sur France Info, dans l’émission d’Emmanuel Davidenkoff, ou par les dépêches de l’AEF. Un atelier réfléchissait d’ailleurs sur les relations des pédagogues avec les médias, un travail toujours à poursuivre.

Pierre Laurent ou Bernadette Groison ont déploré le manque « d’ambition éducative ». Quels seraient les signes d’une politique ambitieuse après 2012 ?

La formule « manque d’ambition » n’a de sens que si on la concrétise, si on n’en reste pas au slogan. Commençons par mettre en pratique une belle résolution : le devoir qu’a l’école de faire acquérir un vrai socle commun à tous les élèves. L’ambition, c’est aussi former de vrais professionnels, c’est répondre au défi de l’hétérogénéité, alors que l’extinction de la carte scolaire ou le développement de formules de pré-apprentissage au cours du collège conduisent à y renoncer. La réussite de tous, ensemble, nécessite une mobilisation forte, pas seulement de l’école, mais de toute la société, des associations, du monde économique, des parents. Un nouveau gouvernement, en rupture avec la politique actuelle, en sera-t-il capable ? Et serons-nous capables d’aider à aller dans ce sens ?

Du côté des moyens : si on rétablit 60 000 postes, où les affecter en priorité ?

Notons qu’il est très important de parler de « rétablissement » et non de création, et de ne pas se limiter aux seuls enseignants. Sur cette question, un mouvement pédagogique n’a pas à entrer dans le détail du financement. Mais il est vrai qu’il y aura des priorités, à définir :

  • le rétablissement progressif d’une formation initiale authentique, avec diminution de la charge de travail devant des classes, la ou les premières années ;
  • l’amélioration de la formation continue, actuellement sinistrée ;
  • de réelles marges de manœuvre pour les établissements, en particulier pour que ceux qui sont dans des zones populaires puissent avoir une autonomie dans la gestion des moyens affectés, en fonction d’un projet pédagogique, ce qui implique un peu de largesse dans le volant d’heures attribuées.
  • Si on fait porter les efforts sur les milieux populaires et les élèves en difficulté, mais aussi plus globalement l’école primaire, il y aura forcément des choix à assumer. L’obsession de baisser le nombre d’élèves par classe sera une tentation à laquelle il ne faudra pas céder de manière aveugle. On sait, par exemple, que pouvoir disposer de quelques heures de dédoublement compense bien une petite augmentation des effectifs. Il faut pouvoir discuter de tout cela et négocier, mais le pilotage national doit être présent pour arbitrer et impulser la réflexion.

Ajoutons qu’il existe des priorités qui ne coûtent rien sur le plan financier (mais beaucoup sur le plan des changements de mentalité…), par exemple la transformation des modes d’évaluation, et d’abord des modalités d’examens comme le DNB ou le bac. Peut-être même ferait-on au passage des économies à réinvestir ailleurs !

Et maintenant ? L’école semble bien présente dans les débats électoraux, comment le CRAP va-t-il y contribuer au-delà de ces assises ?

Des mesures concrètes ont été élaborées par les ateliers, celles-ci ont été retravaillées au sein du CRAP et elles vont être communiquées, avec les « douze propositions » , aux candidats à l’élection présidentielle, dans des rendez-vous avec des responsables de leurs équipes ; c’est du moins notre souhait. Ce qui nous rend raisonnablement optimistes, c’est l’utilisation fréquente durant ces assises du mot « refondation » pour évoquer le chantier qui nous attend, le vœu qui traversait tables rondes et ateliers qu’on se mette réellement à l’heure de grands changements, non pas de façade, mais réels, structurés, cohérents, et si possible pouvant entrainer les personnels, et, au-delà, les citoyens de notre pays si soucieux de « leur » école…

Jean-Michel Zakhartchouk
membre du bureau du CRAP-Cahiers pédagogiques