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L’école face aux attentats

Et lundi ? Un temps pour tout

Le CRAP-Cahiers pédagogiques

30 octobre 2020

L’assassinat de Samuel Paty a été l’occasion d’une déferlante de commentaires, de prescriptions, d’injonctions parfois contradictoires. Le Crap-Cahiers pédagogiques a d’abord réagi en affichant son indignation et sa condamnation sans nuance. L’annonce d’une journée de commémoration lundi, a provoqué beaucoup de questions et de réflexions que nous partageons dans une série d’articles et de ressources dans les jours qui viennent. Peut-on parler du tout à tout moment ? Une proposition pour organiser le travail à différentes temporalités.


Lundi 2 novembre, nous serons dans un premier moment nécessaire, celui de l’immédiateté, de l’émotion. Il faudra mettre les mots, rassurer, partager et rendre hommage. Ce temps de l’émotion est aussi celui où l’on peut se dire «  je dis, tu dis cela parce que je suis, tu es en colère  », la colère des mots peut avoir son moment, même si celle des autres est souvent très difficile à entendre mais la colère des gestes n’a pas sa place. D’ailleurs la minute de silence est un moment où nous pouvons suspendre tous ensemble nos colères pour qu’elles ne s’additionnent pas, pour qu’elles ne se heurtent pas.

Le deuxième temps est celui des questions, de l’information, de la prévention, celui qui met en garde contre les amalgames et les informations non vérifiées. Pouvons-nous expliquer ce qui s’est passé ? Pouvons-nous dire les causes ? Nous pouvons faire l’inventaire des réponses que nous avons entendues pour en constater la diversité et, avec les plus grands au moins, nommer cette diversité : on a parlé de fanatisme, d’emprise, de sacré, de colère, de terrorisme, de vengeance, de monstruosité, de blessures individuelles ou collective, on a entendu mobiliser des explications psychologiques, religieuses, idéologiques, politiques, sociologiques, identitaires… on a cherché à comprendre l’acte d’un individu et on a cherché à inscrire cet acte dans les actes d’un ou de groupes, on s’est demandé quelle est la part de notre société et quelle est la part de ce qui ne serait pas notre société… Certains ont choisi une réponse unique et définitive, ceux-là ont des comptes à régler et profitent de l’occasion. Notre travail consiste à introduire un peu de complexité et quelques idées simples : les causes sont multiples, il y a une victime et un coupable, il y a eu des paroles et des actes qui ont poussé au crime… Dans les moments où l’on travaille à ces questions, les émotions peuvent revenir et parfois submerger. Mais elles ne sont pas convoquées comme un moyen pour expliquer, elles sont accueillies pour ce qu’elles sont : des manifestations naturelles et réactionnelles à un événement tragique.

Le temps long est celui de la réflexion, celui de l’appropriation des principes et des valeurs, celui de l’éducation aux médias, à la résolution démocratique des conflits, au sens de l’engagement dans la société. Il a, en général, commencé bien avant lundi et il reprend pour longtemps ensuite, il aura peut-être pris un peu plus de sens pour l’enseignant et pour les élèves.

Ces trois temporalités sont théoriques et peuvent se chevaucher. Leurs durées sont plus ou moins longues. La contagion émotionnelle apparaît si le temps de l’émotion n’est pas pris en compte, s’il est mal cadré ou s’il dure trop longtemps. Le temps des questions est plus long, parce qu’il suppose l’examen, l’information et sa vérification, la mise en relation des hypothèses et des informations. Le temps de la réflexion n’aura de sens que s’il fait vivre les concepts, les principes, à travers, par exemple, des discussions à visée philosophique et démocratique (DVDP).


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