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Entretien avec Alain Bouvier, membre du Haut conseil de l’éducation

Propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk

8 novembre 2006

Le rapport du HCE sur la formation des enseignants, avis émis à la demande du ministre de l’éducation nationale, vient de paraître (disponible sur le site du HCE).
Nous avons pensé intéressant de demander quelques commentaires à Alain Bouvier, membre du HCE et grand connaisseur de la question, ayant été directeur d’IUFM et président pendant quatre ans de la conférence des directeurs d’IUFM. Il est actuellement chargé de mission à l’Ecole supérieure des cadres de l’EN.
Dans le prochain numéro des Cahiers pédagogiques, une « parole du crap » sur ce rapport et sur les questions de formation.


Pouvez-vous d’abord nous dire comment a été élaboré ce rapport, comment a travaillé le HCE ?
Comme pour le précédent rapport sur le socle commun, nous avons auditionné beaucoup de monde et pris connaissance d’une abondante documentation. Ce sujet n’a pas la nouveauté du précédent et vous savez bien qu’il est source de polémiques. Il fallait passer à travers tous les lobbies, tout en écoutant ce que chacun avait à dire. Nous sommes parvenus à une position commune entre nous, ce qui n’était pas évident au départ. Je soulignerai la qualité d’écoute et de respect au sein du Haut conseil et le fait d’avoir pu mener d’authentiques débats dans nos séances de travail, grâce notamment à l’animation de notre président, Bruno Racine.
Pour ma part, c’est un chantier que je connais bien, puisque dès 1988, je me suis penché dessus, dans la préparation de la loi d’orientation de 1989. Il me semblait à cette époque que le rapprochement avec l’université était inéluctable et nécessaire. Mais le législateur a été sage, à l’époque, de ne pas brûler les étapes. Il s’agissait d’abord de rapprocher des mondes qui s’ignoraient, voire se méprisaient (universités, écoles normales d’instituteurs, ENNA, CPR). Depuis, on a avancé, tant bien que mal et le temps était venu de passer à une seconde étape, après cette solution nécessairement transitoire, proposée à l’époque. S’ouvre donc une seconde période pour les IUFM, qui à mon avis devrait laisser place d’ici une dizaine d’années à une troisième. Il y aura un « effet LMD », diplômes universitaires reconnus internationalement.. La nécessité d’une nouvelle articulation entre les concours de recrutement et les certifications universitaires sera, un jour, nécessaire.

Si vous deviez retenir un ou deux points essentiels dans votre rapport, qu’est-ce que vous mettriez en avant ?
En fait, notre travail a consisté à partir d’une « réponse » (l’intégration de la formation des maîtres à l’université) de nous demander à quels problèmes elle répondait.
Nous avions le choix entre renvoyer à une solution un peu bureaucratique, avec l’élaboration d’un cahier des charges très contraignant en direction des universités, ou de voir les choses plus globalement, en dépassant le cadre de la demande initiale du Ministre.
J’ai été frappé pour ma part de voir la grande diversité des difficultés qu’affrontaient les jeunes enseignants lors des premières années : elles ne se limitent pas aux incivilités puisqu’elles concernent aussi la laïcité, les problèmes d’apprentissage...Face à cela, il nous fallait trouver une réponse en termes à la fois de professionnalisme accru, mais aussi de « trousse de secours », de poursuite de la formation initiale les deux premières années afin de pouvoir trouver des réponses adaptées, pour éviter cette situation que l’on rencontre par exemple dans un pays pourtant exemplaire comme le Québec où 25% des jeunes enseignants démissionnent au bout de leurs premières années.
En tout cas, cette question de la préparation à affronter les difficultés du métier a été au centre de notre réflexion.

Mais cette poursuite de la formation, ainsi que le fait que les jeunes enseignants devront avoir leur premier poste dans l’académie où ils se seront formés, ne se fera pas sans moyens, sans bouleversement du système de nominations, sans aménagements de service.
Ce n’est pas directement notre problème. Mais nous avons quand même posé la question de la faisabilité aux personnes auditionnées. Je crois que c’est possible, mais on verra bien ce que retiendra le ministre, qui va engager des négociations avec les différents partenaires concernés.

Concernant le recrutement, le rapport propose que les épreuves de certification soient déconnectées de l’enseignement. N’est-ce pas un retour en arrière et un abandon de tentatives pour introduire une dimension didactique dans ces épreuves ?
Les avis ont été partagés là-dessus. Mais on se rend compte que depuis une quinzaine d’années, on n’arrive pas à trouver de vraiment bonnes formules pour les concours (et il y a de grandes différences selon le type de concours, entre le CAPES de philo, le concours de professeurs des écoles, de PLP, etc.) De toutes façons, je suppose que le ministre va consulter les présidents de jurys de concours et on arrivera à une position raisonnable.

Il est vrai qu’il ne faut pas voir isolément cette proposition ; la « contrepartie » serait une professionnalisation accrue du « recrutement » proprement dit.
Je constate qu’après une quinzaine d’années de fonctionnement, on a un dispositif d’évaluation finale très lourd en seconde année d’IUFM, consommateur de temps et à la fin, une éviction de personnes pas vraiment aptes à enseigner de l’ordre de 1%. Cela n’est pas normal, et plusieurs des auditionnés nous l’ont fait remarquer. Si on demande aux futurs enseignants d’acquérir des compétences, toutes indispensables et non compensables entre elles, on aura une toute autre configuration de la formation, qui en plus se continuera pendant deux ans.

Et qu’en est-il alors de la formation continue ? Le rapport reste vague tout en suggérant de la rendre obligatoire ?
Elle ne faisait pas partie au départ de la commande, mais nous avons voulu l’intégrer à notre réflexion. C’est revaloriser le métier que de considérer qu’il demande une formation permanente, une mise à jour fréquente, comme tout métier de haute qualification. Sur les modalités, il est possible que nous revenions dessus et fassions des propositions, un jour, pourquoi pas, dans notre rapport annuel. Il faudra bien sûr revoir aussi la question des formateurs. Nous souhaitons en particulier un accroissement de la formation partagée entre le terrain et les IUFM.

À propos du terrain, dans votre rapport, il nous semble que si vous le valorisez, vous ne le sacralisez pas pour autant, contrairement à ce qu’on peut lire dans certains cercles, de manière un peu démagogique.
Il faut trouver un équilibre. Le terrain, l’expérience de certains enseignants, sont indispensables. Mais il faut aussi s’appuyer sur la recherche et l’analyse de pratiques. Faisons confiance à l’université, à partir d’un cahier des charges souple et ouvert.

Sur quels chantiers va travailler maintenant le HCE ?
Plusieurs, dont vous aurez bientôt connaissance. Nous travaillons surtout, en ce moment, sur notre rapport annuel, qui sera publié début 2007, probablement sur le premier degré et l’orientation.


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