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Ajustements des programmes scolaires

Entre communication et nostalgie, où est l’école du XXI° siècle ?

CRAP-Cahiers pédagogiques

27 juin 2018

Le Conseil supérieur des programmes vient de publier son projet d’aménagement des programmes de l’école et du collège qui datent de 2015. Ce projet, qui peut évoluer à l’occasion de son passage devant le Conseil supérieur de l’éducation en juillet, conduira, après sa publication au Journal officiel, à une mise en œuvre express, dès la rentrée scolaire, ce qui déjà ne manque pas d’étonner. En l’état actuel du texte, sous couvert de simples ajustements techniques, on croit déceler un changement de conception de ce qui doit être enseigné et surtout de comment cela doit être enseigné.


Dans les ajustements de programme proposés par le CSP (Conseil supérieur des programmes), trois niveaux de réflexion sont à distinguer.

D’abord, celui de la « com ». Les médias mettent en avant, mais la présidente du CSP n’y est pas pour rien, des modifications qui sont en réalité tout à fait secondaires. Que le « prédicat » disparaisse, que l’on réintroduise la conjugaison « à toutes les personnes » du passé simple, quels points de détail par rapport à des exigences tellement plus importantes, comme l’apprentissage du raisonnement, la formation précoce de l’esprit critique et une attention aux points essentiels de l’orthographe française ! On ne voit pas bien d’ailleurs en quoi ces changements répondraient à un prétendu « bon sens » revendiqué par la présidente, ce qui parait étonnant de la part de la doyenne de l’Inspection de philosophie, discipline où l’on cherche plutôt d’habitude à dépasser le « bon sens » pour élever la réflexion.

Dans la communication « à usage du bon peuple », il y a aussi la dictée quotidienne et la Marseillaise, tout sauf des nouveautés, puisque le ministère précédent, sous des formes diversifiées, les revendiquait aussi, de façon, il est vrai, moins injonctive, respectant le professionnalisme des enseignants. Dans les ajustements des programmes d’EMC (Enseignement moral et civique), on trouve aussi ce parfum de la vieille « instruction civique » dans sa pire formulation (apprendre par cœur les institutions, les symboles...), la disparition des dilemmes moraux et de l’expression « discussion à visée philosophique et démocratique ». On peut craindre qu’il ne s’agisse plus d’apprendre à penser par soi-même mais avant tout à obéir et respecter l’autorité.

Le second niveau de réflexion, c’est justement ce côté étroitement prescriptif, en contradiction avec les appels à la confiance et à l’autonomie des acteurs. Si, formellement, l’idée de progressions différenciées des élèves et des classes, incarnée dans l’existence de cycles tout au long de la scolarité obligatoire, n’est pas remise en cause, dans les faits, on revient à une tradition française et au rêve absurde d’uniformité des pratiques, tous les petits français faisant la même chose au même moment. Conception bien dévoyée du « en même temps » ! Pourtant, les programmes de 2015 prévoyaient des « repères de progressivité » qui donnaient de précieuses indications, ils ont disparu au profit de textes annexes encore à venir et qui vont sans doute aller dans le sens d’une uniformisation, qui, dans la réalité du terrain, n’existera pas. Et on aura alors à nouveau ce divorce entre le travail prescrit et le travail fait réellement, qui peut s’avérer catastrophique lorsque la formation n’est pas au rendez-vous.

Mais il faut ajouter un troisième niveau de réflexion, à côté de ces constats très négatifs. Les programmes, qui ont comme référence supérieure le socle commun de connaissances et de compétences, qui renvoient à des compétences en phase avec la citoyenneté d’aujourd’hui et demain, ces programmes dont nous avons salué la nouveauté féconde, restent la règle. Une place centrale pour l’oral, l’importance d’une posture réflexive, le lien indispensable entre lecture, écriture et étude de la langue, les croisements de discipline, l’importance dans l’éducation morale et civique du débat et de l’implication des élèves, tout cela est malgré tout conservé et doit être un point d’appui essentiel pour ceux qui veulent poursuivre la construction d’une école plus juste et plus efficace. Les recommandations ne peuvent prévaloir sur l’esprit de la loi d’orientation qui continue à être la référence supérieure. Sans doute faudra-t-il veiller à rappeler cela, contre tous ceux qui veulent revenir à cette école d’ « Ancien Régime » fustigée en 1880 par Jules Ferry qui, au contraire, encourageait l’administration à « susciter l’énergie des maîtres et mettre partout en jeu leur initiative et leur responsabilité ». Il faut plus que jamais utiliser les marges de manœuvre.

Le CRAP-Cahiers pédagogiques


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