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Recension parue dans le N°460 de février 2008

Enseigner la Shoah à l’âge démocratique : Quels enjeux ?

Jean-François Bossy, Armand Colin (2007), collection Débats d’école.

5 février 2008

Un cours sur la Shoah n’est jamais, ne peut pas être un cours ordinaire. Ce thème est même fréquemment l’objet d’activités pédagogiques extraordinaires : projection de films, rencontre avec un témoin, visite de mémorials ou même des camps. Comment transmettre ? Et même : que transmettre à nos élèves de cet événement « coupure du temps » du XXe siècle ?
Autrefois dilué dans la dénonciation de la « barbarie nazie », le génocide des juifs occupe aujourd’hui une place singulière dans le débat public et dans les pratiques scolaires, jusqu’à en faire, « devoir de mémoire » oblige, un élément d’une religion civile dont le credo serait : « souvenons-nous pour que plus jamais ça ». La présentation du programme génocidaire nazi est pensée parfois comme censée édifier la jeunesse, lui inculquer des vertus de civisme et de vigilance démocratique par l’électrochoc des images de « Nuit et brouillard » ou par la parole d’outre-tombe d’un témoin. L’indifférence ou le chahut d’élèves devient alors sacrilège, symptômes du retour de la barbarie.
Jean-François Bossy montre qu’au contraire l’école, en remplissant pleinement sa fonction d’apprentissage, doit développer une approche rationnelle et complexe de l’enseignement de la Shoah. En distinguant clairement la contextualisation historique, la compréhension du déroulement événementiel de la transmission mémorielle et de la réflexion civique et philosophique, en n’hésitant pas à prendre de front les représentations des élèves sur les bourreaux nazis, sur les victimes, sur les Juifs, en rendant les élèves actifs par un travail sur des archives ou la préparation d’une rencontre ou d’une visite plutôt que de les cantonner à un rôle de spectateurs d’une cérémonie, l’enseignant peut faire de l’indispensable transmission de l’épreuve génocidaire une occasion d’approcher la compréhension d’un abîme de l’histoire humaine, d’élaborer des choix éthiques.
Jean-François Bossy est lui-même exemplaire de rigueur et de clarté dans la présentation des débats et des pratiques, tout en étant nettement et explicitement engagé sur des positions de principe. Il nous livre ainsi un petit livre dense, roboratif et extrêmement utile sur cet énorme sujet.

Patrice Bride