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Enseigner l’histoire des génocides – Peut-on prévenir les crimes contre l’humanité ?

Joël Hubrecht, Assumpta Mugiraneza - CNDP/Hachette Éducation - Collection : Ressouces Formation 2009 - 153 pages

9 mars 2010

Choisir un titre pour un livre est un exercice difficile. En l’occurrence, il mérite au moins d’être interrogé.
Du fait des parcours des auteurs, ce livre propose des entrées tout à fait intéressantes sur les génocides, au pluriel : l’approche comparatiste, avec une large place au génocide des Tutsis, éclaire de façon très intéressante les synthèses proposées sur les défis que pose la compréhension de ces évènements extraordinaires. L’entrée juridique pour explorer la définition de la notion peut être particulièrement utile en classe.
Beaucoup de recours à l’histoire, tant la contextualisation est incontournable pour aborder ces questions, et même à l’histoire de l’histoire, car l’historiographie aide à comprendre les difficultés à traiter le génocide, jusqu’à le nier : les auteurs proposent d’aborder explicitement le négationnisme avec les élèves, pour en démonter les ressorts.
Enseigner : l’objet de ce livre est bien de proposer des ressources aux enseignants, mais les considérations didactiques sont finalement assez brèves, renvoyant, de façon certes complète, à bien d’autres références (dont le précieux Enseigner la Shoah à l’âge démocratique : quels enjeux ? , de Jean-François Bossy). Et on peut regretter que le propos se limite à l’activité de l’enseignant, en particulier aux documents qu’il peut mobiliser, en ne se demandant guère ce qu’il s’agit de faire apprendre aux élèves. La confusion est bien sûr habituelle, mais il semble incontournable de l’approfondir sur ces questions : qu’est-ce que les élèves doivent avoir appris sur le génocide ?
La prévention, enfin. Là, on ne comprend plus. C’est l’aspect le plus nouveau, au point d’être repris dans le sous-titre, et finalement traité le plus rapidement, en un court chapitre final. Il y est surtout question des actions possibles des États, et force est de constater que le bilan est plutôt sinistre, et sans remonter jusqu’aux silences difficiles à interpréter des démocraties durant la Deuxième Guerre mondiale : les auteurs parlent « d’abandon pur et simple » pour le génocide des Tutsis en 1994. Mais est-ce que cette question de la prévention concerne les élèves ? Peut-on se contenter de trois pages assez générales sur la question de l’engagement, qui dépasse très largement l’enseignement des génocides ? Dans sa préface, Antoine Garapon énonce comme une évidence que « la prise de conscience et l’éducation restent les meilleures armes pour prévenir le génocide ». Personnellement, cela me plonge dans un abime de perplexité. Si ce livre remplit tout à fait sa fonction synthétique, on peut regretter qu’il ne fasse qu’effleurer les débats considérables et indispensables ainsi ouverts.

Patrice Bride