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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Enseignement agricole : pour les CDI, le réseau fait la force

Natacha Robert

20 avril 2017

Le rôle du professeur documentaliste a été tôt reconnu dans l’enseignement agricole. Il se déploie aujourd’hui en réseau dans des mutualisations de projets, des échanges de pratiques. Natacha Robert, professeure documentaliste au lycée agricole d’Auch et animatrice du réseau des des documentalistes de l’enseignement agricole en Occitanie (Réseau d’Oc) nous raconte cette version aux accents verts et vifs de son métier.


Elle a découvert ce métier par hasard, après des études de lettres puis d’histoire qu’elle qualifie « d’humanités » et qu’elle aurait aimé appliquer en entreprise sans trop savoir comment ce milieu saurait et aurait envie de les intégrer. D’un milieu enseignant, elle songe à devenir professeure à son tour et le CAPES de professeur documentaliste lui semble un moyen de conserver une diversité, « de ne pas être enfermée dans une discipline ». Elle entend parler du CAPESA, spécifique à l’enseignement agricole, et le choisit car elle y découvre un système éducatif qui reconnaît à part entière le rôle d’enseignant des documentalistes. Elle perçoit de l’étonnement, de la condescendance parfois face à ce choix qui d’ordinaire apparaît comme une solution de repli.

Son premier poste sera pour deux années à Montargis puis elle arrive à Auch où elle enseigne toujours. « Ce n’était pas forcément prévu comme cela mais finalement, en faisant différemment, on évolue d’année en année. Faire changer les pratiques demande de voir les choses dans la longueur. » Elle se tourne rapidement vers une mission d’animation régionale, elle qui avait partagé son travail avec la future animatrice du réseau national, Renadoc, dans son lycée précédent. « Le réseau est important car nous sommes souvent isolés dans nos établissements. Nous avons besoin de faire reconnaître nos spécificités, de faire des choses en commun, d’impulser des projets. »

Au début, Renadoc était surtout orienté vers la professionnalisation, pour ceux notamment qui n’avaient pas été formés aux sciences de l’information, et vers l’aide à l’informatisation. Depuis, le réseau a élargi ses actions vers la mutualisation du dépouillement de ressources numériques, et une réflexion autour des usages du CDI.

Complémentarité

Ce dernier axe lui semble aujourd’hui fondamental à l’heure, aux yeux de beaucoup d’usagers, où le numérique rend obsolète un accès aux ressources réfléchi et organisé par les professeurs documentalistes. « C’est compliqué d’être à la fois dans la veille informatisée, la stratégie par rapport à la documentation, sur l’usage de twitter pour les enseignants par exemple, et d’essayer de se mettre à la place de l’usager pour comprendre ses pratiques et ses besoins. » Comment montrer que le portail du CDI est complémentaire d’un moteur de recherche, que le « prof-doc » a trié les ressources pour les mettre en lien avec les thématiques développées en cours ?

Le réseau régional s’est élargi aussi en recouvrant la vaste Occitanie. Elle a hésité à franchir ce pas-là, puis s’est lancée dans une co-animation avec une collègue de Languedoc-Roussillon avec enthousiasme. « C’est un réseau de personnes qui ont envie, qui font des choses, se battent, veulent bien montrer ce qu’elles font, s’entraident. Nous avons une autorité académique [1] bienveillante qui donne une reconnaissance officielle de notre mission et des moyens. » Des temps de rencontres incluant des visites d’établissement et du CDI ont régulièrement lieu pour favoriser les échanges, les liens entre les personnes. Des formations sont prévues sur les usages de veille, communication et pédagogiques des nouveaux médias. Le réseau vit aussi avec des projets communs comme ceux autour des valeurs de la République initiés en collaboration avec un autre réseau, celui des enseignants en éducation socio-culturelle.

Un master, une webradio et un club manga

Elle a exploré ses questionnements professionnels en faisant un Master en sciences de l’information et de la communication, où elle choisit comme thème de mémoire « Comment la notion d’information est enseignée par les enseignants autres que documentalistes ». Elle mène des entretiens de recherche avec des enseignants et constate l’éloignement entre ce qu’elle suppose que son métier peut leur apporter, les services qu’il peut leur rendre, et ce qu’eux perçoivent, parfois à la limite d’un sentiment d’intrusion. « Or, pour moi, un des services les plus utiles est d’aider dans les pratiques, en aidant à la sélection et la création de ressources par exemple. »

Elle tente de réviser ses pratiques en répondant aux demandes plutôt qu’en les anticipant, en organisant sa veille en fonction de ses besoins et de ses progressions pédagogiques. Le temps est trop court pour convaincre un à un enseignants et élèves de la pertinence de ce que le CDI peut leur apporter. Des temps de formation interne sont organisés en fin d’année, les cours dispensés en particulier auprès des BTS permettent de présenter les outils. Elle s’investit ou initie des projets comme une webradio créée cette année en partenariat avec deux radios locales.

Le numérique est un domaine qu’elle aime explorer, alors elle voit dans la créativité du club manga du mercredi après-midi une idée à naître, celle de reportages courts pour parler des mangas et de la culture qui s’y rattache. Elle voit aussi dans ce que le média permet, le travail sur l’écrit et l’oral, le peu de moyens financiers à mobiliser, la liberté de réalisation, un moyen d’inviter de nombreuses disciplines. Il devient le support pour un projet d’éducation à la citoyenneté et à l’information qu’elle porte avec une enseignante d’histoire-géographie et la conseillère principale d’éducation.

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Séance d’enregistrement en studio

Petit à petit, la webradio se construit, dégage une cohérence et trouve un nom : « A BLOC radio ». L’établissement comprend deux sites et chacun investit le projet à sa manière, avec chacun son studio, la radio devient le lien. Émissions de reportage, micro-trottoirs, chroniques, interviews d’experts, les initiatives sont autant de prétextes à la découverte, à l’expression. « La radio est un tel mélange de compétences avec la possibilité de s’exprimer, d’aller voir des gens différents, avec des savoir-être énormes qui émergent. Il faut avoir une démarche journalistique, savoir écouter, respecter la parole. » Natacha Robert participe beaucoup à la création d’un site web dédié, après avoir suivi un Mooc sur l’architecture de l’information.

Les retours des élèves sont bons, ils se retrouvent dans cette présentation de leurs travaux rassemblés. Deux clubs d’activités extra-scolaires et d’autres projets pédagogiques alimenteront bientôt davantage la webradio. Les séances d’accompagnement personnalisé permettent d’associer l’ensemble des classes de seconde dans l’idée qu’au bout de trois ans, tous les élèves auront goûté à l’écriture et à la réalisation d’émissions. Le 20 mars dernier, l’établissement a organisé un printemps de la radio avec des ateliers thématiques et la venue d’un grand témoin. « Nous l’avons vécu comme l’accomplissement d’une aventure collective. »

Diversité du métier

« A BLOC radio » est pour Natacha Robert « très épanouissant, le côté technique est intéressant aussi. Finalement, je fais mon métier comme un technicien, avec plusieurs cordes à mon arc. J’aime beaucoup cette richesse, celle d’être capable de répondre à une question technique et d’aller sur des thèmes culturels. »

Elle retrouve cet aspect technique dans l’animation du réseau de la région Occitanie composée à la fois d’un volet administratif, d’une organisation commune des ressources, de l’animation de réunions et de la mise en liens entre les personnes, entre les projets. Lorsqu’elle parle de technique, elle se réfère aussi à toutes ces disciplines dispensées dans son établissement et qui, pour mieux les connaître, supposent un dialogue constant avec les enseignants.

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Tumblr du réseau des documentalistes

Dans la diversité des missions de son métier, elle retrouve ce qu’elle recherchait au départ, sans savoir comment le qualifier, une ouverture et une évolution constantes, des pratiques professionnelles vivantes dans un système scolaire où technique et culture se tutoient fréquemment. Mais l’ingrédient principal de son enthousiasme renouvelé est sans nul doute le facteur humain, les rencontres et la mise en lien entre des personnes, des projets dans son établissement comme au sein du réseau régional. « J’ai la liberté de me diriger vers un aspect ou un autre de mon métier. Je me suis aperçue avec le temps que tout ce que je développe vient de rencontres. »

Monique Royer

Réseau d’Oc
http://reseaudoclrmp.tumblr.com/

A BLOC radio
http://www.ablocradio.fr/


[1Le Service régional de la formation et du développement au sein de la Direction régionale de l’Agriculture, l’Alimentation et la Forêt.

Sur la librairie

 

Les portraits de Monique Royer
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier.


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