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N°478 - Dossier "L’éducation au développement durable : comment faire ?"

En Belgique, des besoins de formation importants

Par Marina Gruslin

Un détour par la Belgique, où la notion d’EDD ne figure pas dans les programmes. Outre la nécessité de prescriptions précises de l’institution, les enseignants ont besoin d’outils et de formation pour ne pas se contenter de déléguer l’éducation au développement durable à des prestataires extérieurs à l’école.

En Communauté française de Belgique, de nombreux enseignants mettent sur pied, dans leur classe, des projets ayant pour ambition d’éduquer les publics scolaires aux comportements responsables pour la planète : connaitre les enjeux climatiques, apprendre à utiliser plus sobrement l’énergie, à consommer mieux et produire moins de déchets, à protéger la biodiversité, entreprendre des démarches d’Agenda 21, décrypter les paysages et l’aménagement des territoires, etc. Mais en Belgique, contrairement à la France, l’EDD n’est pas mentionnée en tant que telle dans les programmes, rédigés plutôt en termes de compétences à acquérir, compétences transversales ou compétences disciplinaires.
Sur le terrain, les pratiques consistent encore souvent en des approches de découverte environnementale (séjours nature et loisirs en classe de dépaysement, découvertes du monde animal et végétal, impact de l’homme sur sa région, ses paysages), vers l’éducation aux valeurs (éducation à la citoyenneté, au respect), vers l’éducation à la santé, qui ne sont pas des démarches neuves en éducation. Pour entrer dans ces démarches, les enseignants délèguent parfois leurs prérogatives à des « spécialistes » provenant du monde de l’animation et l’on voit apparaitre une discrimination sociale : des écoles riches qui peuvent faire appel à ces structures externes d’écologisation et à leurs animations payantes, et des écoles moins favorisées qui ne le peuvent pas [1]… Peu d’initiatives ont été prises pour que se développe structurellement l’EDD et il ne semble pas y avoir à ce jour une politique concertée en provenance de nos pouvoirs organisateurs (ministère de l’Enseignement du fondamental obligatoire et du supérieur).

Une vision souvent limitée

Les enseignants qui perçoivent le concept global du développement durable et disent mettre en place des actions se situent majoritairement dans la dimension environnementale et ont tendance à négliger les autres piliers, l’économique et le social. Ils sont pourtant conscients que le nouvel argument markéting de développement durable des entreprises (même quand elles font un effort pour réduire les impacts sur l’environnement) ne diminue en rien le fonctionnement capitaliste fondé sur la croissance. Il y a ceux qui sont formés, sensibilisés et capables d’établir des liens entre les contenus de leur programme scolaire (notions de météorologie, types d’énergie, monde vivant, écologie) et les thématiques d’actualité (effet de serre, changements climatiques, espèces menacées, solidarités nord-sud, écoconsommation) ; ils sont autonomes construisent eux-mêmes leurs outils, utilisent les portails ressources qu’ils connaissent et essayent des démarches actives de projet en EDD, parfois en partenariat avec les associations.
Et puis il y a ceux qui sont indifférents aux problématiques environnementales, mais y trouvent des facteurs de motivation pour leurs élèves. Ils ne se sentent pas assez compétents dans l’apprentissage des sciences ou la complexité des problèmes à envisager, ils délèguent souvent ces démarches à d’autres, utilisent des dossiers pédagogiques (souvent payants) produits par les associations ou des services qui les proposent.
Pour une intégration de L’EDD dans le cursus éducatif, il faudrait encore travailler dans plusieurs directions.

En formation initiale

En parallèle avec une formation initiale intégrant les possibilités concrètes de pratiquer l’EDD transversalement, les enjeux pédagogiques nouveaux devraient dès que possible apparaitre dans les programmes au niveau des compétences transversales prioritaires à acquérir, et ce dans les différents niveaux. Si aucune directive n’est mentionnée dans les programmes, document de référence des enseignants, il n’y aura pas d’incitation à ces pratiques pour tous.
Depuis 2001, la Haute École Charlemagne de la Communauté française [2] a développé une expertise dans ce domaine et mis en place un programme pilote spécifique. Ce projet résulte d’un travail en réseau européen visant à intégrer l’EDD dans les curriculums de l’enseignement supérieur. En formation continuée, CERISE (Centre d’Éducation Relatif aux Interactions Santé et Environnement, reconnu internationalement)[[Voir : http://www.formation-cerise.be propose des formations innovantes incluant l’apprentissage de la systémique et du complexe, et un bagage complémentaire pour les enseignants ou tout personnel éducatif voulant s’engager vers l’EDD. Nous travaillons dans cinq directions.

  1. Diffuser et faire connaitre les ressources pédagogiques qui innovent dans les démarches : le service de santé publique, sécurité alimentaire et environnement a créé un site portail, à portée éducative et a financé la production d’un dossier pédagogique à l’usage des enseignants « le climat c’est nous » en collaboration avec le WWF. Un autre dossier pédagogique sur la biodiversité, « Bombylius », accompagne une campagne en vue de réduire l’utilisation des pesticides.
  2. Faire connaitre les partenariats possibles avec les associations qui proposent un accompagnement de démarches vers le développement durable, les économies d’énergie suite à des audits environnementaux et ont permis de voir émerger certaines écoles dans des démarches de labellisation aux normes ISO 14001.
  3. Mieux diffuser les initiatives pédagogiques grâce aux sites qui proposent des exemples de projets entrepris dans les écoles. Il serait intéressant d’y soumettre les travaux de fin d’études des départements pédagogiques des Hautes écoles présentant de belles expériences en EDD (l’énergie, l’EDD par le théâtre, enseigner la biodiversité dans l’enseignement primaire, des idées vertes pour l’école). Certains de ces travaux, souvent de qualité, mériteraient d’être valorisés.
  4. Diffuser l’intérêt du travail en réseaux. Les réseaux de partenariat établis au niveau européen, les associations et différents partenaires scolaires (primaire, secondaire, HE) ont permis la création d’un mouvement des écoles en développement durable.
  5. Les supports médias et les matériels didactiques existants sont également des moyens de sensibiliser les enseignants. Il y a pléthore en la matière, à commencer par les films Une vérité qui dérange, Nos enfants nous accuseront, Home pour citer les plus récents, mais aussi toutes les sélections de documents pédagogiques adaptés à chaque niveau scolaire, présents et accessibles dans les collections des médiathèques (les CD, jeux, logiciels ou sites). Utilisés avec esprit critique, ils peuvent aider à la compréhension de concepts complexes et à acquérir une vision systémique des enjeux. Ils sont souvent très accessibles ou téléchargeables

Diverses expériences sont tentées en Communauté française de Belgique à différents niveaux du système éducatif, On peut malheureusement regretter que les initiatives soient trop peu structurelles. Des recherches et des évaluations restent à faire pour qu’elles se développent à chaque niveau du système éducatif et qu’elles deviennent durables.
Notre hypothèse est que l’EDD est un des facteurs de motivation qui permettra d’introduire la transversalité tant prônée en terme de compétences à acquérir. Actuellement notre fonctionnement est trop cloisonné et disciplinaire alors que le bon sens voudrait qu’il se dirige activement vers des savoirs essentiels et transdisciplinaires mentionnés dans « les 7 savoirs essentiels » que propose Edgar Morin sur le site de l’UNESCO dédié à la décennie de l’EDD.

Marina Gruslin, didactique des sciences - Recherche et développement de la HE Charlemagne - Coordinatrice et conceptrice de CERISE.


[1Le même type de discrimination existe dans notre pays pour tous les « extras » scolaires (structures sportives, visites culturelles, voyages…)

[2Enseignement supérieur proposant des bachelors et des masters dans différents départements : pédagogique (formation d’enseignants, d’éducateurs spécialisés), agronomique, économique, paramédical ou technique et également des formations pour adultes telle que CERISE subventionnée grâce au FSE (Fonds Social Européen).


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