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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Éloge de l’interactivité

Frédéric Lheureux

28 avril 2016

Qu’apporte le numérique à l’éducation, à l’enseignement, aux apprentissages ? La question est ouverte du côté des chercheurs et reste entière du côté des enseignants. Le numérique est un outil qui ne vaut que si l’on s’en sert. La pédagogie se révèle alors comme le moteur, l’essence essentielle pour qu’il devienne un support pour enseigner autrement. Rencontre avec Frédéric Lheureux, enseignant en physique-chimie au lycée agricole du Pas-de-Calais, qui constate la douce transformation de sa façon d’enseigner née des usages du TBI.


Le tableau interactif, nous dit-il, il ne pourrait plus s’en passer. Il a commencé à travailler avec il y a cinq ans et depuis, la technologie a fait des progrès avec des logiciels plus souples et du matériel moins imposant. C’est l’idée d’interactivité qui l’a attiré, la possibilité que le cours ne soit pas figé et évolue en fonction des questions, des réactions. « C’est un support évolutif, j’enregistre mon cours car il est modifié à chaque fois, il évolue en live. » Il ne prise guère les diaporamas qui laissent pour lui peu de place à l’échange entre l’enseignant et les élèves. Là, il peut varier les supports en mêlant animations, vidéos et images, pour permettre de visualiser ce qui peut sembler abstrait. « On parle de choses que l’on ne voit pas, comme les molécules. Certains élèves parviennent à conceptualiser mais d’autres ne comprennent pas, car ils n’arrivent pas à visualiser. Avec les animations, on voit les notions. » Il développe une démarche scientifique en demandant aux lycéens de lui expliquer ces notions à partir de l’observation. Les explications peuvent être notées, enregistrées, pour enrichir le cours sous forme de texte, de schéma ou de carte mentale.

« J’essaie de m’adapter aux élèves et j’avais besoin de faire évoluer mes pratiques pédagogiques. » La rencontre entre l’envie et l’outil a été fructueuse sans doute parce qu’elle s’appuie sur la recherche d’une pédagogie adaptée. Entre le CAPES et le CAPESA qu’il avait en poche, l’enseignant n’a pas longtemps hésité, préférant l’enseignement agricole pour la taille humaine de ses établissements et la diversité de ses publics.

Aujourd’hui principalement professeur en filière générale avec quelques cours en complément à la fac, il est intervenu dans des sections de formation par apprentissage, de formation pour adultes et dans la voie professionnelle. Chaque expérience, chaque public lui a donné le goût de transmettre de façon à ce que chacun comprenne, à ce que tous puissent s’emparer des richesses de la physique-chimie. Il intègre le réseau « enseigner autrement » pour apprendre, au sein de groupes d’analyse de pratiques ou lors de stages où les théories s’explorent au regard des réalités professionnelles, des questionnements de chacun. Il en retire un regard enrichi sur la diversité au sein des classes, sur les attentes d’un public qui « a du mal avec l’enseignement traditionnel ». Il a suivi aussi une formation à la classe inversée pour explorer plus loin encore les possibilités d’impliquer, de concerner par l’interactivité.

Ne pas rester statique

Le tableau interactif, nous dit-il, est support de dynamique parce « avec lui, on fait varier les données ». Et puis, « on mobilise plusieurs sens, ce qui permet une compréhension globale, une meilleure mémorisation ». Il prend comme exemple l’exercice fait en cours. Dans une situation classique, il est demandé à un élève de lire l’énoncé puis l’enseignant note au tableau les notions essentielles. Celui qui n’a pas le livre ou celui qui n’a pas bien entendu ne comprendra pas forcément en quoi les notions notées sont essentielles. Dans ses séances, l’énoncé est projeté, les mentions importantes sont trouvées en groupe et surlignées. « Nous vivons dans un monde dynamique et l’enseignement est encore assez statique. Face à la difficulté d’enseigner, il faut utiliser tout ce que l’on peut. »

L’élève qui entend mal, celui qui ne voit pas bien, l’autre encore qui se perd face à l’abstraction, tous ceux pour lesquels le parcours d’apprentissage est semé d’embûches, ce sont ceux-là qu’il souhaite ne pas perdre dans le dédale des cours et des explications. D’un cours à l’autre, d’une année à l’autre, le lien peut se faire pour raviver la mémoire, voir la progression, ce à quoi les notions se rattachent, puisque sa clé USB garde la trace de ce qui a été vu, une trace enrichie par les interventions des élèves. Et si l’un d’eux est absent, il reçoit par mail la séance du jour.

Partager

A la réserve émise par certains enseignants sur l’utilité du TBI, il répond par la nuance en soulignant qu’aujourd’hui ce sont les vidéoprojecteurs interactifs qui sont utilisés, un dispositif moins exclusif que les premières versions du tableau numérique, et complémentaire du tableau classique. « Je ne cherche pas à opposer mais plutôt à construire une autre possibilité, une autre approche avec le numérique. » Il montre et partage lors de formations auprès de collègues dans sa région.

Les stages sont organisés autour de trois phases. Il expose ce qu’il fait avec l’outil, ouvre ensuite la discussion sur les utilisations possibles dans les différentes disciplines puis invite les participants à concevoir une séquence avec le TBI à partir d’un cours qu’ils animent. Les productions partagées chaque fois l’épatent. « Les enseignants s’approprient l’outil et je vois ce dans chaque matière comment on peut le décliner. »
Il s’est prêté volontiers au témoignage filmé pour l’espace « ped@goTICEA, Pédagogie et numérique » du site de l’enseignement agricole, Chlorofil, pour raconter simplement comment il a changé ses pratiques. Car pour lui, il n’existe aucune solution standardisée et les conseils, les injonctions pour utiliser d’autres méthodes, d’autres outils, s’accompagnent rarement d’exemples concrets. Partager sa pratique parmi d’autres témoignages est aussi une façon de contribuer à la diversité des approches. « Il n’y a pas qu’une seule solution pour enseigner, on essaie tous. L’élève est face à plusieurs enseignants, plusieurs pratiques, plusieurs discours et il va construire comme cela son apprentissage. » La biodiversité serait elle une propriété du monde vivant qu’est l’éducation ?

Monique Royer

Le témoignage vidéo de Frédéric Lheureux : http://www.chlorofil.fr/ressources-et-pratiques-educatives/enseigner-eduquer-et-former/valoriser-les-usages-et-les-ressources-numeriques/pedgoticea/utilisation-interactive-du-tbi-pour-animer-un-cours.html

L’espace Ped@goTICEA : http://www.chlorofil.fr/ressources-et-pratiques-educatives/enseigner-eduquer-et-former/valoriser-les-usages-et-les-ressources-numeriques/pedgoticea.html

L’histoire du réseau « enseigner autrement » : « une expérience originale de formation pédagogique » : https://vimeo.com/61548451

Pour contacter Frédéric Lheureux : lheureuxfrederic@gmail.com

Sur la librairie

 

Les portraits de Monique Royer
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier