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Elite academy, enquête sur la France malade de ses grandes écoles

Peter Gumbel, Denoël, Impacts, 2013, 172 pages

5 octobre 2013

Un ouvrage qui dénonce, avec ironie, le système de fabrication des élites à la française et plaide pour une autre organisation qui permettrait à une plus grande diversité des talents de s’épanouir. Mais qui ne tient pas tout à fait ses promesses, consacrant trop de place à l’anecdotique et valorisant à l’excès les bienfaits d’un système libéral dont est un peu occultée la part d’ombre.


On avait bien aimé le petit livre iconoclaste du savoureux journaliste anglais On achève bien les élèves, on apprécie sa remise en cause de cet élitisme à la française qui va de pair avec une vision négative des élèves dont on a plus tendance à stigmatiser les insuffisances qu’à valoriser les qualités. On retrouve ici ce regard acéré, mais toujours teinté d’humour, sur notre système, sur notre culte du diplôme ou sur la prétention de ceux qui s’autoproclament élites. Il est cependant regrettable qu’une grande partie du livre soit consacrée à l’expérience de Sciences Po (l’auteur en a été le directeur de communication), avec force anecdotes sur le personnage de Richard Descoings qui fait glisser souvent l’ouvrage dans l’anecdotique. Dommage aussi que finalement, Peter Gumbel semble ne pas nous laisser d’autre alternative à la monarchie républicaine qu’un développement d’un libéralisme soutenu, un peu vite paré de vertus en oubliant sa face sombre. Dommage que notre ancien président de la République soit au début du livre présenté comme un révolutionnaire qui aurait voulu bousculer l’élitisme (« défenseur d’une société dont la stratification sociale moins rigide valoriserait tous les talents » !). Cela ne nous empêche pas de tirer profit de quelques pages fortes sur le ridicule d’un certain « petit monde », sur la difficulté des jeunes français, même brillants, à trouver une confiance suffisante pour s’exprimer devant un auditoire, sur la faible valeur accordée au travail en équipe et sur la nécessité de revoir complètement le système des grandes écoles. Et on ne peut que souscrire au vœu d’un nouveau cursus scolaire « qui permettra de briser le cycle de la peur et de l’ennui, de stimuler, de stimuler enfin la curiosité intellectuelle des élèves, leur confiance en eux et leur désir d’apprendre ».

Cependant, malgré quelques bonnes pages, au final, un livre qui ne tient pas vraiment ses promesses d’« enquête implacable sur les atouts et les faiblesses des élites françaises ». Dommage !

Jean-Michel Zakhartchouk