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Ein Praktikum in Deutschland

Maryse Bachet

Un stage en entreprise est bien une forme de sortie scolaire, surtout quand il est effectué à l’étranger et pleinement intégré dans l’apprentissage d’une langue vivante.

Tout jeune professeur de langue, j’ai lancé un échange avec un lycée allemand, et très vite sont venues les premières questions. Certes, l’échange était un moment fort de l’année scolaire, mais comment faire pour que ce qui me demandait tout de même un grand investissement en temps soit plus efficace pour les apprentissages linguistiques des élèves ? Comment l’inscrire dans un projet à plus long terme ? Pouvait-il devenir un des axes principaux de mon travail pédagogique de l’année, et s’intégrer dans le cursus scolaire des élèves ?

C’est à partir de ces questions qu’est né un projet de stage en entreprise. L’élève se retrouve seul Français dans une entreprise allemande et cette immersion favorise au maximum ses progrès linguistiques. Il doit préparer le stage en amont, et à son retour, en faire l’analyse dans un rapport écrit (une dizaine de pages rédigées en allemand). L’élève a un objectif pour s’entrainer à la compréhension de l’oral : dans deux mois, il sera seul dans une entreprise allemande et devra comprendre les consignes de son maitre de stage ! Travailler son expression orale dans des jeux de rôle, en cours et avec l’assistant, devient une nécessité ; il en a envie, car il sait qu’il va devoir se présenter et discuter avec ses collègues de travail.

En France, trouver un stage dépend trop souvent du réseau social de la famille. En Allemagne, c’est l’école qui les propose à partir des vœux des élèves, et chacun peut espérer obtenir ce qu’il désire.

Au fil des ans, je me suis rendu compte qu’il y avait de nombreuses retombées positives. Ce projet aide à former, dès le début de l’année , le groupe classe. Il favorise l’autonomie des élèves dans leur travail scolaire. Par cette expérience de vie, les élèves gagnent en maturité. Avec le stage, ils quittent leur statut d’élève et surtout leur statut d’enfant qu’ils gardent par exemple dans un échange traditionnel avec les cours dans un lycée et l’accueil en famille. Ils rentrent dans le monde adulte à part entière, car ils partagent de réelles responsabilités avec leurs collègues de travail adultes. À leur retour, on découvre souvent des élèves plus responsables qui ont changé de regard sur leur apprentissage scolaire. En fait, ces stages permettent aux élèves d’entrer dans un cercle vertueux de réussite : motivation, plus de travail, meilleurs résultats, confiance accrue, exercice de la responsabilité, plus de plaisir dans le travail ...

Ce projet dure depuis plus de quinze ans : comment peut-on en expliquer la réussite dans la durée ? Probablement parce qu’il est porté par une équipe, inscrit depuis le début dans le projet d’établissement, et soutenu par tous les partenaires : le proviseur, les professeurs, les élèves et les parents. Quatre proviseurs ont accompagné ce projet et chacun a apporté son soutien et sa confiance, en donnant aux élèves le cadre adéquat de travail : limiter le groupe à vingt-cinq élèves maximum, les regrouper dans une même classe pour faciliter leur préparation au stage et permettre aux collègues des autres matières d’adapter leur enseignement aux deux semaines d’absence des élèves. En même temps, le chef d’établissement peut mettre en avant une action gratifiante pour l’image de son établissement et rassurante, car portée par une équipe soudée de professeurs. Les professeurs des autres matières, volontaires pour enseigner dans cette classe, adaptent leur progression pédagogique.

Au niveau des professeurs d’allemand, au fil des mutations, de nouveaux enseignants se sont engagés et le projet a probablement été un facteur d’intégration. Une seule personne ne peut pas tout organiser. Des relais sont indispensables et il faut un enseignant différent en 2de et en 1re pour alléger la gestion des stages. De plus, comme cela concerne les classes européennes, les collègues de DNL [1] nous apportent leur aide dans l’organisation matérielle des stages en France et dans l’encadrement des élèves en Allemagne. Enfin, pour compléter cette équipe élargie, n’oublions pas les collègues allemands de nos deux lycées partenaires sans qui la recherche des stages en Allemagne serait impossible. Sans cette coopération, l’action ne serait pas viable sur la durée.

Les stages aident les élèves à affiner leur projet d’études et parfois même leur ouvrent des voies insoupçonnées. L’adhésion des parents est très importante. Ils sont acteurs à part entière. Ils nous apportent parfois leur concours à la recherche des stages en France pour les élèves allemands. Mais nous avons surtout besoin de leur soutien quant aux règles de discipline que l’enfant devra respecter en Allemagne, car il est plus autonome que dans un échange traditionnel. Pendant le séjour du correspondant, la famille est plus impliquée : c’est en effet sur les parents que repose en grande partie l’organisation quotidienne du stage (trajets, repas de midi, etc.). Le jeune allemand n’est pas tous les jours avec son professeur et ce sont les parents français qui voient s’il s’adapte bien. C’est parce que l’élève se rend compte que parents et professeurs parlent d’une même voix et le soutiennent dans son projet qu’il arrivera à le mener à bien.

Je me suis demandé parfois pourquoi je me suis investie avec autant d’énergie, d’enthousiasme et de confiance dans cette aventure pédagogique. Assurément , cela m’a aidée à faire passer sans difficulté mon enseignement, en créant une relation plus personnalisée avec chaque élève. Je les ai vus sortir grandis de cette expérience, fiers et heureux d’avoir surmonté ce défi de faire un stage, en entreprise, et en plus en Allemagne. Certes, le projet est parfois épuisant, quand il faut par exemple être sure de n’avoir rien oublié dans l’organisation, quand je n’en finis pas de corriger les vingt-cinq rapports de stages. Mais il soutient tellement notre travail pédagogique au quotidien qu’on en accepte les contraintes. Évidemment, ces dernières existent à chaque niveau, proviseur, professeurs, élèves et parents, mais elles ont été acceptées car le projet a contribué à lier les différents membres de la communauté scolaire, à créer un esprit d’établissement et à rendre notre lycée attractif à l’extérieur. Nous sommes néanmoins conscients que l’équilibre est fragile, car si un seul maillon lâche et se désinvestit, le projet n’est plus réalisable, en tout cas, plus sous cette forme-là. Mais il reste pour l’instant source de satisfaction dans le travail de chacun et gratifiant pour tous.

Maryse Bachet
Professeure d’allemand au lycée Paul Langevin de Suresnes (Hauts-de-Seine)


Paroles d’élèves

« Le stage, c’est très fatigant, car il faut beaucoup se concentrer pour comprendre, on ne peut pas faire comme si on avait compris, car on a des choses précises à faire et parfois c’est très important, comme par exemple quand on s’occupe d’enfants. C’est très difficile mais quand on réussit, on est très fier ! » Anna

« Dans un stage, on est obligé d’aller vers les autres, on ne peut pas rester dans son coin et s’isoler ou rêver, on est obligé de comprendre, sinon, on ne peut pas faire ce qu’on attend de nous et on est très mal à l’aise. On est obligé de faire des efforts pour parler allemand. » Nicolas

« C’était une véritable chance pour moi de travailler dans un journal. En France, j’avais essayé et envoyé une cinquantaine de lettres de motivation ; je n’avais reçu que des réponses négatives. C’était donc pour moi la possibilité de voir ce qu’était le travail de journaliste dans la réalité. » Clément

« On découvre un aspect de l’Allemagne qu’on n’aurait pas l’occasion de rencontrer dans un autre contexte (échange traditionnel, voyage culturel ou cours dans un organisme). Pour moi, par exemple, une boulangerie. J’ai par exemple rencontré des apprentis, travaillé et discuté avec eux. » Nicolas

« J’ai pu avoir en Allemagne un stage que je n’avais pas réussi à avoir en France : dans le service d’anesthésie d’un hôpital ; j’ai même pu assister à plusieurs opérations, ça m’a confirmée dans mon choix d’études. Je n’hésite plus. Je sais que c’est ce qui m’intéresse. » Pauline

« C’est agréable d’être pris au sérieux, de voir qu’on nous fait confiance alors qu’on n’a que 16 ans. Moi, par exemple, j’ai déposé de l’argent à la banque pour la pharmacie et j’étais très impressionné qu’on me fasse confiance. » Léo

« C’était la première fois que je travaillais à l’étranger. Il me semble que maintenant, je n’aurais pas peur d’aller six mois en Allemagne pendant mes études ou même, pourquoi pas, de travailler plus tard en Allemagne. » Manon


[1Discipline non linguistique, c’est-à-dire par exemple dans notre lycée la physique ou l’histoire géographie enseignée en allemand


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