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Éduquer au numérique  ? Un changement de paradigme

Laurent Tessier, MkF Éditions (les Essais numériques), 2019

1er avril 2020

Dans cet ouvrage, Laurent Tessier présente trois paysages du numérique à l’école en comparant le paradigme des TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement) dans le système français dès les années 2000, et le paradigme anglo-saxon des EdTech (Educational Technology), et en faisant intervenir comme une troisième voie possible les humanités numériques dans les curricula scolaires et universitaires.

Dans le contexte du système éducatif français, l’auteur met en évidence les diverses étapes de l’introduction des TICE dans les programmes, et à travers diverses recommandations centralisées. Dans le rapport aux TICE, dans ce contexte, émerge plutôt un discours très critique, de défiance, qui met au centre des préoccupations, le développement des compétences du citoyen, ce dernier étant responsable mais à la fois critique par rapport aux dangers existants. L’auteur nous rappelle la non évidence des digital natives, ces jeunes qui seraient acquis, voire conquis et surtout compétents dans l’usage des différents moyens par le simple fait de leur immersion dans ce nouveau monde.

L’enjeu de l’éducation a toujours mis l’accent moins sur l’enseignement de l’informatique (former tout un chacun comme un informaticien potentiel), ou encore des technologies spécifiques et leurs manipulations mais surtout dans une vision humaniste, un usage plus intelligent et conscient, une manière « d’apprendre à apprendre », au service donc des objectifs pédagogiques. L’éducation de l’informatique strico sensu va laisser la place à l’éducation multimédia, et c’est dans cet environnement qu’une éducation aux médias critique voire méfiante va se développer. Le rôle et les retombées proprement éducatifs restent controversés.

L’auteur met en exergue le décalage entre les déclarations d’intentions, les recommandations ministérielles et les usages et retombées dans les pratiques éducatives. On trouve souvent des expérimentations éphémères à une échelle locale. Il faut aussi tenir compte des moyens réels dans les établissements scolaires, des compétences des enseignants, de l’équipement rapidement obsolète et des possibilités de maintenance, encore bien problématiques. De plus, l’introduction du numérique est aussi dépendante des pédagogies plus innovantes intégrées ou permises par le type de curriculum (projets, transversalité, interdisciplinarité).

Dans le contexte anglo-saxon, surtout aux Etats-Unis, les initiatives, les impulsions locales ainsi que le lien avec les industries numériques sont à prendre en compte pour comprendre le développement et l’introduction du numérique dans les pratiques scolaires. L’auteur rend compte de plusieurs projets et initiatives, issus des réseaux d’échanges de pratiques (par exemple le festival SXSWedu) comme un lieu de conseils, de diffusion réunissant autant des entreprises privées que de scientifiques intéressés par ce type de développements éducatifs. Dans cet esprit, une certaine idée du curriculum est véhiculée et qui est basée sur l’autonomie, la mise en œuvre de projets, d’expérimentations, de résolutions de problèmes, et souvent de manière pluridisciplinaire. Et cela dans une attitude plus complexée par rapport à la technique, en s’appuyant sur les principes bien connus de John Dewey « learning by doing ». Cette tendance plus décomplexée « EdTech » tente de prendre racine en France.

Laurent Tessier conclut l’ouvrage par une troisième voie, celle des humanités numériques, en gestation encore, mais qui impliquera un changement plus profond de rechercher et d’enseigner, autant pour les enseignants que pour les apprenants. Pour mieux comprendre les humanités numériques à l’école, je vous invite à écouter une émission sur FranceCulture : https://www.franceculture.fr/emissions/rue-des-ecoles/les-humanites-numeriques-lecole

Andreea Capitanescu-Benetti