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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Education socioculturelle, lorsque la culture rime avec agriculture

Stéphane Janin, enseignant en éducation socioculturelle au lycée agricole Martin Luther King de Narbonne

5 décembre 2013

Education aux médias, éducation artistique, éducation à la citoyenneté, l’éducation socioculturelle est à la fois tout cela. Confinée au sein de l’enseignement agricole, elle en constitue une spécificité introduite dès les années soixante pour former de véritables citoyens. Comment s’enseigne cette matière pas comme les autres ? Quels en sont les contours, quels détours pédagogiques permet-elle ? Stéphane Janin, enseignant en éducation socioculturelle au lycée agricole Martin Luther King de Narbonne, nous dresse le portrait d’une discipline pas comme les autres.


La discipline est peu connue hors de l’enseignement agricole. Stéphane Janin la découvre au gré d’une rencontre dans le milieu artistique nancéen avec une enseignante du lycée agricole de Nancy-Pixéricourt. Après une maitrise en cinéma avec option audiovisuel, il anime des ateliers vidéo en MJC et centre culturel. Il participe comme bénévole à l’organisation de festivals cinéma, réalise des films documentaires et doit compléter son activité par des boulots alimentaires. Quand l’enseignante lui parle de son travail, de ce mélange entre enseignement et animation et lui conseille de tenter le concours, il l’écoute d’une oreille attentive décelant une opportunité de vivre d’un métier à dominante culturelle. A sa première tentative, il intègre l’enseignement agricole et obtient un poste à Mirecourt, dans les Vosges. Il goûte dès le départ la diversité de l’éducation socioculturelle, « le plaisir des sujets que l’on aborde, la culture, les pratiques artistiques, le patrimoine ».

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Atelier avec artistes en résidence

Avec deux tiers de temps consacrés à l’’enseignement, et un tiers à l’animation d’actions et de développement culturels, la fonction est riche et complexe. Elle recèle une mission éducative empreinte d’enjeux forts, ceux de « de former un citoyen qui comprend son environnement, le monde dans lequel il vit, un citoyen tolérant » explique Stéphane Janin. L’éducation socio-culturelle n’est pas la seule matière à investir ce champ. L’histoire-géographie, les sciences économiques contribuent également à cette éducation citoyenne et cette approche pluridisciplinaire implique un travail en équipe attractif. Les thèmes abordés en cours sont variés de la communication interpersonnelle à l’éducation aux médias en passant par le fait alimentaire. Avec les Bac Pro première année, Stéphane Janin vient tout juste d’étudier le schéma de l’information et le rôle de la presse en s’attardant sur l’impact des réseaux sociaux sur ce schéma.

« Les débats sont très riches, le thème parle aux élèves. On étudie les avantages et les inconvénients des réseaux sociaux dans la circulation de l’information. Là, on joue un rôle important » témoigne t-il. En terminale, dans le cadre de la réalisation d’un produit artistique ou de communication, ses élèves doivent produire un reportage photographique accompagné d’une bande-son sous forme de diaporama. Le choix du sujet est libre. L’an passé par exemple, un Dj, une éducatrice spécialisée ont été interviewés. Le travail permet de pratiquer l’écriture d’un entretien, la scénarisation, les techniques du son et de la photographie. Les classes dans lesquelles il intervient sont principalement des Bac Pro en filière services à la personne et aux territoires, et gestion des milieux naturels et de la faune. L’ouverture cette année d’une seconde générale et technologique élargit un peu plus les thématiques abordées.

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Visite de lieux d’art

L’éducation socioculturelle n’est pas une matière ordinaire et l’ouverture qu’elle sous-tend s’apprend aussi pour un public au niveau et aux motivations parfois hétérogènes. Il faut alors recourir à l’imagination pour dépasser les difficultés à s’exprimer, à partager des points de vue, à écouter les autres et à développer un véritable esprit critique. Pour aborder le thème de la communication non verbale, Stéphane Janin a mis en place des séances de mime et d’expression corporelle. Il est également à l’initiative avec le proviseur du lycée, Thierry Force, de la mise en œuvre d’une option « langue des signes française » pour les première et terminale Bac Pro « service aux personnes et aux territoires ». Une formatrice de l’Association des Sourds de l’Aude vient chaque semaine animer des cours d’une heure trente. « Nous voulions faire travailler les élèves sur l’attention, l’écoute, le rapport aux autres. Avec sa dimension communication et relationnelle, l’apprentissage de la LSF fait sens pour des élèves qui travailleront ensuite dans le domaine des services à la personne et aux territoires. » L’option est plébiscitée par les élèves et est même devenue une option reconnue au Bac.

Stéphane Janin exerce un métier qui évolue sans cesse à mesure que les programmes changent et que les pratiques culturelles et sociales se transforment. Après ses trois premières années d’enseignement à Nancy, il a exercé six ans à La Réunion puis est parti en disponibilité pour vivre au Cambodge et aux Etats Unis. De retour dans l’enseignement, il a craint, au début de sa première année à Narbonne, avoir perdu la fibre pédagogique devant un public de la filière services à la personne qu’il ne connaissait guère. L’enseignement agricole accueille des sections fort diverses qui vont au-delà de la production animale et végétale et l’empreinte professionnelle se ressent aussi sur les profils des publics accueillis. Enseigner à de futurs viticulteurs, de futurs commerciaux ou de futurs animateurs territoriaux ou assistants de vie ne se pratique pas de façon uniforme, surtout lorsque l’on aborde les thèmes de la citoyenneté ou de la culture. Mais très rapidement la crainte de Stéphane Janin s’est évanouie face aux multiples projets à mener.

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Rénovation du foyer des élèves

L’évolution du métier se fait particulièrement sentir dans le tiers temps d’animation culturelle, d’autant qu’il s’exerce en fonction du contexte local. Le lycée Martin Luther King se verra doter prochainement d’un nouveau foyer mais en attendant, le foyer actuel est exigu et ne favorise pas toujours le développement des activités de l’Alesa (Association des Lycéens, Étudiants, Stagiaires et Apprentis). L’Alesa est partie prenante de l’animation culturelle dans les établissements d’enseignement agricole avec un fonctionnement associatif régissant l’organisation de clubs et gérant le foyer. « Le volet animation culturelle permet d’avoir des rapports différents avec les élèves en gérant ensemble des projets » précise Stéphane Janin. Si au LPA Martin Luther King les locaux sont exigus, l’environnement culturel est riche et permet de répondre aux demandes des élèves. Des partenariats sont institués avec le Théâtre de Narbonne et le Hangar Musical favorisant ainsi les sorties culturelles mais aussi l’organisation de concerts dans l’enceinte du lycée. En mai prochain le festival Agrozikos, ouvert à tous les établissements d’enseignement agricole publics de la Région, sera organisé dans l’établissement.

L’ouverture culturelle se vit aussi par l’accueil d’artistes en résidence. Pendant trois à six semaines, des plasticiens, des danseurs, des musiciens ou encore des artistes de théâtre qui reçoivent une bourse pour travailler sur un projet et animer des séquences avec les élèves investissent l’établissement. En janvier, le lycée Martin Luther King recevra ainsi un duo de cinéastes d’animation. Chaque fois, les rencontres sont placées dans un cadre pédagogique liant la découverte, le plaisir et l’apprentissage. Ces résidences, soutenues par la Région Languedoc Roussillon, la DRAC et l’autorité académique de l’enseignement agricole, sont organisées au niveau régional par le réseau « Récréa » dans le cadre du dispositif « Nature sensible ». Le réseau « Récréa » est animé par un enseignant d’E.S.C qui pour la moitié de son temps de travail est déchargé pour coordonner cette mission » explique Stéphane Janin. « Nature sensible » fêtera bientôt ses dix ans avec dans sa courte histoire de nombreuses expériences qui ont contribué à l’ouverture culturelle des établissements et des élèves. Et puis ajoute Stéphane Janin, « le réseau permet aux enseignants d’éducation socioculturelle de se rencontrer trois ou quatre fois par an pour élaborer des dossiers mais aussi pour ouvrir nos fenêtres sur ce que font les autres ».

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Pratique artistique avec intervenant

Au fil de l’échange, aux particularités de l’éducation socioculturelle, de cette matière constitutive de l’identité de l’enseignement agricole, font écho les spécificités du métier d’enseignant en éducation socioculturelle. Pour Stéphane Janin « la décharge horaire pour le temps d’animation est essentielle. Nous pouvons faire ce que les autres enseignants ont du mal à faire faute de temps, développer et animer des projets, rencontrer des partenaires et monter des dossiers ». Deux tiers de cours et un tiers d’animation, serait-ce le cocktail pour embrasser plus largement les dimensions de l’éducation et aller au-delà de l’enseignement ?

Monique Royer

Les photos sont de Stéphane Janin.

Le site consacré à l’éducation socioculturelle
http://escales.enfa.fr/
http://www.recrea-lr.fr/