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L’actualité de la recherche - N° 547

Éducation à la citoyenneté : quoi de neuf ?

Claire Ravez


Formation de la personne et du citoyen, enseignement moral et civique (EMC), transmission des valeurs et principes de la République, parcours citoyen : depuis une dizaine d’années, l’éducation à la citoyenneté revient régulièrement dans les discours politiques et les réformes éducatives. Quels éclairages les recherches permettent-elles de porter sur les enjeux et les pratiques qui y sont liés ?

Didacticiens et sociologues français et étrangers se sont penchés sur les modalités de délivrance de cette éducation, qui a la particularité d’être à la fois un objectif général de formation et une quasi-discipline.

Diverses approches se complètent en théorie : enseignement oscillant depuis la fin du XIXe siècle entre instruction civique et éducation morale, pédagogie de projet contribuant à construire le vivre ensemble dans le cadre scolaire, participation volontaire à des dispositifs dits représentatifs liés à la gouvernance des établissements.

Pour quelle citoyenneté ?

Les objectifs sous-jacents à ces différentes entrées sont ceux d’une formation du citoyen mettant aujourd’hui en tension des paradigmes distincts : appartenance à une communauté politique nationale, centration sur les droits et les obligations de l’individu, «  construction d’une citoyenneté critique et d’une compétence à s’engager dans les débats de la démocratie  » [1]. Des chercheurs américains ont, quant à eux, mis en avant des visées liées à la responsabilité individuelle du citoyen, à la volonté et à la capacité de participer à la vie sociale et politique, enfin à une possible orientation vers plus de justice sociale. De la science politique en passant par l’anthropologie, la question même des regards croisés sur la citoyenneté se pose : statut juridique et politique d’un côté, pratiques variées impliquant un rapport plus complexe au politique que la démocratie représentative de l’autre. Le Conseil de l’Europe développe quant à lui une approche de la culture démocratique fondée sur la maitrise d’un ensemble de compétences.

La question des effets sur les élèves de différentes démarches est donc d’autant plus difficile à résoudre [2]. La formation du citoyen est un processus long, à la croisée de différentes sphères, scolaires et extrascolaires (famille, pairs, médias). À l’école, un climat de classe propice à la discussion semble être un critère important, selon différentes enquêtes menées dans plusieurs pays.

Au sein et au-delà du temps d’instruction disciplinaire dédié à l’EMC, diverses pratiques pédagogiques, parfois explicitement préconisées dans les textes officiels, sont mises en œuvre. Les dispositifs fondés sur l’oral collectif, comme les conseils d’élèves issus de la pédagogie institutionnelle ou les discussions à visée démocratique et philosophique (DVDP) ont fait l’objet d’études s’inscrivant dans le champ des sciences du langage et qui montrent la richesse et la complexité des interactions verbales nécessaires pour penser ou décider ensemble ; leur mise en place nécessite par ailleurs une réflexion sur le changement de posture que cela implique pour les enseignants. Le développement de modalités pédagogiques collaboratives permet de mettre en pratique dans le quotidien de la classe les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Quels apprentissages de l’engagement à l’école ?

Souvent mis en avant, les dispositifs préparant à l’exercice des droits du citoyen dans une démocratie représentative sont de plus en plus nombreux : élection des délégués de classe, représentation des élèves au conseil d’administration, conseils de la vie lycéenne et collégienne, participation à des conseils juniors (municipaux, départementaux, régionaux). Si une minorité d’élèves peut ainsi développer des compétences démocratiques liées à une socialisation d’élu, des approches ethnologiques ou sociologiques soulignent cependant la difficulté pour ces élèves à être reconnus par les adultes de la communauté éducative ; en outre, la question de l’institutionnalisation de ces expériences au profit des apprentissages, pour l’élève concerné comme pour ses camarades, se pose.

Dans leur complexité, les différentes facettes de l’éducation à la citoyenneté reflètent peut-être, pour le meilleur ou pour le pire, l’essor des dispositifs que connait l’institution scolaire à l’heure actuelle.

Claire Ravez
Chargée d’études et de recherche, service Veille et analyse de l’Institut français de l’éducation (ENS de Lyon)

Références : Claire Ravez, «  Regards sur la citoyenneté à l’école  », Dossier de veille de l’IFE n° 125, ENS de Lyon, juin 2018, en ligne : https://m-url.eu/r-1pnd


[1Voir Nicole Tutiaux-Guillon, «  Questions socialement vives et recomposition disciplinaire de l’histoire-géographie : entre opportunités et résistances  », in ­François Audigier, Anne Sgard et Nicole Tutiaux-Guillon (dir.), Sciences de la nature et de la société dans une école en mutation. Fragmentations recompositions, nouvelles alliances ?, de Boeck, 2015, p. 139-150.

[2Voir Géraldine Bozec, Éducation à la citoyenneté à l’école : politiques, pratiques scolaires et effets sur les élèves, Cnesco, 2016.

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