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Biennale internationale de l’éducation nouvelle

Éducation à la citoyenneté : de la théorie aux faits

Conférence de Nathalie Mons

29 octobre 2019

Le formation des futurs citoyens est une préoccupation commune à tous les mouvements de l’éducation nouvelle, qui organisent du 28 au 31 octobre 2019 la deuxième Biennale internationale de l’éducation nouvelle à Poitiers. Nathalie Mons, professeure de sociologie à l’université de Cergy-Pontoise et directrice du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire), est intervenue pour une conférence lors de laquelle elle a mis en évidence un décalage entre les textes officiels concernant l’éducation à la citoyenneté et leur mise en œuvre.


Cette deuxième session de la Biennale de l’éducation nouvelle aura été légèrement acrobatique dans son organisation, du fait d’une grève à la SNCF ayant privé les participants de TGV pour rallier Poitiers. C’est donc finalement par visioconférence que Nathalie Mons s’est exprimée devant les participants de la Biennale, pour présenter quelques constats sur les attitudes civiques des jeunes en France , tirés du volet sur les engagements citoyens des lycéens de l’enquête nationale réalisée par le Cnesco en 2018 sur le thème « École et citoyenneté ».

Nathalie Mons explique que deux attitudes favorisent l’engagement civique : le sentiment de pouvoir agir civiquement et la confiance dans les institutions. Or, les deux sont globalement faibles en France. Ainsi, 37 % des élèves de terminale déclarent dans l’enquête du Cnesco qu’ils ne se sentent pas capables de participer à la vie politique. Les jeunes ont par ailleurs une très faible confiance dans les institutions politiques (partis comme gouvernement), mais une forte confiance dans des institutions comme la police (56%) et l’armée (74%).

En particulier, l’enquête du Cnesco révèle que les élèves « excellents » sont assez éloignés de l’engagement civique, à peu près autant que les élèves « mauvais » ou « pas très bons ». Cette distance interroge, alors que les très bons élèves sont, en quelque sorte, « les futurs premiers de cordée ».

Des programmes très ambitieux

Pourtant, en France, le modèle et les programmes officiels concernant l’éducation civique sont très ambitieux : « Nous avons un modèle unique en Europe d’un enseignement spécifique avec un horaire dédié, sur l’ensemble de la scolarité. » Autre particularité du système scolaire français : l’engagement des élèves dans la vie des établissements, avec les délégués (au conseil de classe, d’administration, de vie lycéenne, etc).

Néanmoins, la France ne se démarque pas des autres pays sur la participation des élèves en classe. Et elle ne se distingue pas non plus des autres pays sur le manque de formation des enseignants sur les questions d’éducation à la citoyenneté, celle-ci étant renvoyée à la formation continue, non obligatoire, etc.

De fait, Nathalie Mons souligne que le très fort investissement en France sur cette éducation à la citoyenneté existe surtout sur le papier : il y a un décalage entre les textes et les heures effectives d’enseignement. De plus, l’accent étant plus mis sur les connaissances civiques, l’éducation à la citoyenneté est très institutionnelle, avec des sorties et des interventions extérieures rares et des pédagogiques actives peu développées.

Et si l’on s’intéresse aux attentes du côté des parents d’élèves et de la société ? Si le rôle central de l’école dans l’éducation à la citoyenneté est aujourd’hui reconnu par les Français, Nathalie Mons rapporte que ceux-ci ont une vision plus large de ce qu’est la citoyenneté et de ce que devrait être son apprentissage en France. Ainsi, ils mettent en avant la lutte contre les discriminations et la solidarité comme des objectifs pour l’éducation à la citoyenneté. Ils souhaitent aussi que l’accent soit mis sur l’apprentissage des valeurs et pas seulement celui des institutions.

Un engagement limité dans les faits

Elle relève une « frilosité » des enseignants à aborder des sujets d’actualité politiques et sociaux, « confondant sans doute participation à un débat et obligation de neutralité ». « En France, il y a un engagement limité de la communauté éducative pour impliquer les élèves dans la vie de la classe et de l’établissement », que la chercheuse explique par le un « manque de temps pour couvrir le programme ».

De fait, les cours d’éducation civique tels que conçus ou menés en France améliorent les connaissances des jeunes, ont des effets positifs sur la confiance à l’égard des institutions et le sentiment d’appartenance national. Mais l’augmentation des connaissances n’a pas d’effet sur les engagements civiques des jeunes ; tout au plus augmente-t-elle le vote.

Tandis que les formes de pédagogie actives ont un effet à la fois sur le développement des connaissances et des attitudes civiques. Ainsi, elle fait valoir que les recherches montrent que « lorsqu’on compare les effets des différentes méthodes pédagogiques, et qu’on intègre leurs effets sur le climat scolaire, on constate qu’un établissement ouvert, avec un climat scolaire positif, où la parole des jeunes est reconnue, est plus efficace pour l’engagement civique des jeunes que tous les cours d’éducation à la citoyenneté ».

Cécile Blanchard


Retrouver la conférence en vidéo sur le blog de la Biennale

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