Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Écriture manuelle et écriture sur clavier : un couple inséparable


Finlande

Écriture manuelle et écriture sur clavier : un couple inséparable

Minna Puustinen

2 décembre 2014

Contrairement à ce qui est affirmé dans les médias depuis quelques jours, la Finlande n’abandonnera pas l’enseignement de l’écriture manuelle. Bien au contraire : les médias finlandais ont eux aussi beaucoup publié récemment sur l’intérêt de l’apprentissage de l’écriture manuelle dans le développement du cerveau ! En d’autres termes, la Finlande n’est pas près abandonner la tradition précieuse d’apprentissage de l’écriture à la main.


JPEG - 27.8 ko
Minna Puustinen

Les nouveaux programmes d’enseignement nationaux seront publiés à la fin de l’année 2014 et entraîneront une mutation profonde des écoles élémentaires et collèges finlandais à la rentrée 2016. Certains éléments du curriculum ont d’ores et déjà été rendus publics, par exemple le fait que l’enseignement en attaché ne sera plus obligatoire. A partir de la rentrée 2016, les élèves apprendront deux compétences liées à l’écriture : l’écriture en cursive et l’écriture sur clavier. Les enseignants pourront également continuer à enseigner l’écriture en attaché même si elle ne figurera désormais plus dans les programmes.

Processus d’apprentissages et compétences d’abord

La véritable nouveauté de ce curriculum réside pourtant ailleurs. Il modifiera en effet en profondeur la perspective même de l’apprentissage. Les contenus ne joueront désormais qu’un rôle secondaire, l’accent sera surtout mis sur le processus d’apprentissage et les autres compétences nécessaires dans la société de demain, telles que les compétences interactionnelles, communicatives et participatives, les compétences liées à l’usage des technologies de l’information et de la communication. Le rôle de l’apprenant devient de plus en plus actif, et l’apprentissage se fera selon des objectifs de plus en plus individualisés.

Par exemple, le nouveau curriculum comportera une nouvelle compétence intitulée «  littératie multiple  ». Elle ne concernera pas uniquement l’apprentissage de la langue maternelle mais l’ensemble des matières scolaires, et l’accent sera notamment mis sur la capacité de lecture critique. En effet, il ne suffit plus de savoir lire des livres, il est nécessaire d’être capable de lire à la fois des contenus visuels et numériques et d’interpréter, mais aussi produire, des contenus audiovisuels et numériques. La littératie multiple implique aussi la capacité d’écrire avec d’autres outils que le stylo ou le crayon traditionnels : c’est pourquoi l’apprentissage de l’écriture sur clavier sera inclus dans le nouveau curriculum. Il ne s’agira pas d’apprendre à maîtriser une certaine façon de taper (avec les dix doigts par exemple). Nous ne savons pas encore de quelles façons nous écrirons d’ici quelques années ; peut-être pratiquera-t-on essentiellement l’écriture dictée (nous parlons et l’ordinateur transforme notre parole en écriture) ? En résumé, le nouveau curriculum considère l’écriture manuelle et l’écriture sur clavier comme un «  couple  » inséparable face aux défis de demain. Afin de garantir l’égalité des chances il est primordial d’offrir à chaque élève la possibilité d’apprendre l’écriture manuelle mais aussi l’écriture sur clavier.

Une véritable réforme de l’enseignement primaire et secondaire ne se produira toutefois pas tout simplement en modifiant le curriculum. Une réforme aussi profonde nécessitera la participation de chaque école et surtout de chaque enseignant. Il devient alors particulièrement important d’investir dans la formation continue des enseignants. En fin de compte, ce sont donc les municipalités qui joueront un rôle déterminant en décidant de prioriser (ou pas) le financement de cette réforme.

Minna Puustinen,
professeure de psychologie des apprentissages à l’Institut national supérieur de formation et de recherche pour l’éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INS HEA).

Photo du logo : Philippe Charpentier