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L’école ailleurs, n° 525 - Pédagogie : des utopies à la réalité

Écosse : des changements inscrits dans la durée

Isobel McGregor

Il y a trente ans, l’Écosse a commencé à revoir globalement son système éducatif pour entrer dans une logique curriculaire. Un processus continu, sur le long terme, qui nécessite beaucoup d’accompagnement.

Il y a eu un moment où les enseignants ont eu peur de l’autonomie qui leur était accordée. Il a fallu les rassurer, les aider à quitter l’idée de : «  J’enseigne une discipline  » au profit de : «  J’enseigne aux élèves  ». Cela a été facilité par le fait que notre pays est grand comme une grosse académie en France, et que, chez nous, il y a une continuité dans les réformes, même si les gouvernements changent ! La réforme est un processus itératif, sans fin, fondé sur la diffusion de ce qui réussit et des avancées de la recherche.

Les inspecteurs, vus comme des partenaires, ont beaucoup aidé à la mise en place de ce système. Ils ont suspendu les activités d’évaluation pendant six mois, afin que les enseignants essaient plus librement. Ils viennent à plusieurs en parallèle, pendant cinq jours, dans le même établissement. Avec un personnel de direction, des enseignants volontaires, une personne du territoire, ils discutent des points forts et faibles de l’établissement et conviennent ensemble de ce qu’il faut leur montrer, rencontrent des parents, consultent des élèves puis établissent un rapport, largement diffusé. Un directeur d’un autre établissement est là aussi ainsi que quelqu’un qui n’a rien à voir avec l’école. Les inspecteurs proposent des textes courts pour aider les enseignants, suggèrent des ressources et produisent des documents d’aide à l’autoévaluation, avec par exemple quinze indicateurs de qualité (quand il y en avait 150 avant !). Toute la communauté s’interroge : «  Dans quelle mesure pouvons-nous proposer une amélioration continue ?  »

Aujourd’hui, l’Écosse est entrée dans un curriculum pour l’excellence, qui réaffirme la reconnaissance de l’hétérogénéité des élèves. L’autonomie des élèves est renforcée, l’autoévaluation est centrale, pour les élèves aussi bien que pour les établissements. L’élève doit être actif, le travail en groupe est favorisé, il doit faire des choix, il est responsabilisé.

Dans ce curriculum pour l’excellence, quatre axes sont à travailler : les disciplines, la vie de l’école, l’opportunité que présente cette école pour le développement personnel de chaque élève et les occasions qui sont données à chacun de montrer son expertise, et enfin l’interdisciplinarité et les thèmes transversaux. Par exemple la littératie, la numératie et la santé ou le bienêtre doivent être présents dans chaque discipline.

Pour renforcer la lutte contre les inégalités, le programme Getting It Right For Every Child invite à prendre l’élève dans sa globalité santé, affaires sociales qui sont de la responsabilité de tous. Quatre capacités sont travaillées : à 15 ans, chaque jeune doit être un apprenant en réussite, un individu confiant, un collaborateur efficace et un citoyen responsable. Il doit aussi être capable de faire des choix, d’évaluer les grandes questions technologiques, d’argumenter son point de vue sur de grandes questions éthiques.

Il demeure une tension. Il faut donner une véritable responsabilité aux enseignants, aux directeurs, et en même temps les rassurer. Les enseignants nous disent à la fois : «  Laissez-nous choisir ce qui conviendra pour nos élèves  » et : «  Ne nous abandonnez pas !  ». Ils veulent des ressources et si nous en donnons trop, ils sont noyés : il faut mettre en évidence les priorités.

Isobel McGregor est consultante, après avoir été inspectrice en Ecosse

Propos recueillis par Monique Ferrerons lors du colloque de l’IFE d’octobre 2015 sur le socle commun et les curricula.

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Pédagogie : des utopies à la réalité
Qu’est-ce qui fait qu’un enseignant, un éducateur, sort des sentiers battus et s’avance sur les chemins de l’expérimentation et de l’innovation ? Qu’est-ce qui le met, l’a mis en mouvement ? Quels sont les utopies, les projets, les rêves, les modèles peut-être qui font entrer dans un collectif, un mouvement pédagogique ?