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N°470 - Dossier "Les élèves et la documentation"

École primaire : les BCD en sursis ?

Par Pascaline Perrot

Depuis 1984, date de la publication d’un texte ministériel consacré aux BCD, celles-ci sont souvent devenues les pièces maîtresses de la politique de lecture dans les écoles maternelles et élémentaires. Elles sont un lieu de rencontre, d’échange et, en même temps, un foyer permanent d’animation et d’activités autour de l’écrit.

Un lieu

Lieu naturel d’affichage et d’exposition, la BCD offre des informations diverses trouvant chacune sa place en un endroit précis. Ici, la vie de la commune ; là, la vie de l’école, les animations, les thèmes, les projets ; un peu plus loin, la vie de la classe ; ailleurs, les règles, le fonctionnement, les activités de la BCD, des infos, des articles de journaux, des comptes rendus de visites, etc. Et puis, ce sont les expositions : expositions de productions des élèves, expositions temporaires d’œuvres d’art, expositions de photos régulièrement renouvelées, expositions proposées par la bibliothèque municipale, par des associations culturelles... En réalité, un faisceau d’informations présentées sur des supports d’une grande diversité encadrant le fonds de la bibliothèque et qui amènent les enfants à découvrir toutes sortes d’écrits.
Ce seul dispositif d’affichage a auprès des enfants et des familles, un impact considérable. Prenons l’exemple de la maternelle : pour apprendre à lire, un enfant doit être mis en présence des écrits auxquels, lecteur, il voudrait accéder : ce n’est pas parce qu’il ne sait lire qu’il n’a pas besoin de la lecture. Il faut le confronter à ce qu’il doit acquérir. La BCD est donc un puissant levier de transformation des conditions d’apprentissage de la lecture comme de tous les autres apprentissages.

Des échanges ouverts

D’autre part, leur fréquentation de la BCD, quotidienne associe plus largement les parents à la vie de la l’école, favorise leurs échanges avec tout le petit monde qui la fréquente, et leur compréhension de ce qui s’y fait.
L’enfant, mis face à de « vrais » textes, constate l’utilisation qu’en font ses parents et l’ensemble des lecteurs ; il y est associé et ressent fortement le besoin de lire.
Ces affichages et ces expositions, fréquentés par les familles, contribuent à mettre en place des habitudes culturelles et, pour l’enfant, à inclure dans la pratique ordinaire, le recours à la lecture.
Ouverture est le maître mot de la BCD : elle est intégrée aux équipements du quartier et elle travaille avec eux. Des « personnes étrangères à l’école » y proposent des animations : conteurs, illustrateurs et auteurs de livres pour enfants, etc. Et, parfois, c’est elle qui sert de point de départ pour des actions menées à l’extérieur : à la bibliothèque municipale, au club photo, pour des manifestations locales, des enquêtes dans la commune, pour la préparation d’une classe transplantée...
Outil de l’école dans son entreprise d’enseignement de la lecture, la BCD est aussi un lieu de vie, de jeu, d’apprentissage formel et informel, auquel l’enfant peut avoir accès à tout moment. Un lieu sur lequel il a un pouvoir d’intervention et dans lequel il peut agir, discuter, décider, réaliser.
En présentant des collections de livres, de revues, d’albums répondant à l’âge et aux intérêts des enfants, la BCD est un élément important de motivation. Qu’on ne s’y trompe pas : en dépit de sa souplesse et de la convivialité qui la caractérisent, elle est moins un lieu de prêt et de lecture, de sensibilisation et d’animation, qu’un lieu de formation explicite du lecteur.

Mais l’énergie des équipes enseignantes ne suffit plus à faire vivre de telles structures

Faute de personnel disponible et qualifié et de fonds pour renouveler les ouvrages, les BCD sont aujourd’hui à la peine. L’animation et la gestion, naguère souvent assurées par des aides-éducateurs ou aujourd’hui par de trop rares assistants d’éducation pèsent lourdement sur les épaules des enseignants. Même si ici ou là des bénévoles ou des personnels mis à disposition par les communes viennent prêter main forte, la belle époque semble révolue. Et pourtant, il y aurait matière à créer un métier nouveau, celui d’animateur-gestionnaire de BCD, membre à part entière de l’équipe éducative, recruté en CDI et formé spécifiquement pour exercer ces fonctions. Voilà qui signerait enfin la reconnaissance institutionnelle du rôle important de la BCD dans les pratiques pédagogiques C’est ce que le SE-UNSA réclame depuis fort longtemps. En vain jusqu’à ce jour.
Un danger d’une autre nature menace les BCD : les nouveaux programmes du primaire et la nouvelle organisation de la semaine scolaire. Nul ne sait pour l’heure comment les collègues réagiront mais il y a fort à parier que, sommés de faire plus en moins de temps, ils limiteront le libre accès des élèves à la BCD. Cela aura vraisemblablement pour conséquence de réduire cet espace à un centre de ressources ou à un lieu d’exercice d’application de ce qui s’enseigne en classe. Le pire serait que seuls les meilleurs élèves, les plus rapides aient le temps de fréquenter véritablement la BCD. Voilà qui ne ferait qu’aggraver les inégalités socio-culturelles contre lesquelles les BCD étaient censées lutter. Un beau gâchis en perspective !

Pascaline Perrot, Secteur éducation du Syndicat des Enseignants - UNSA.


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